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Sous le signe de l’apaisement Berlin Waldbühne 08/13/2026 - et 15 (Kiel), 17 (Luzern) août 2026 Antonín Dvorák : Concerto pour violoncelle n° 2 en si mineur, opus 104, B. 191
Robert Schumann : Symphonie n° 3 en mi bémol majeur, opus 97 Yo-Yo Ma (violoncelle)
West-Eastern Divan Orchestra, Daniel Barenboim (direction)
 D. Barenboim, Y.‑Y. Ma (© Jakob Tillmann)
On annonce une canicule les jours prochains à Berlin mais celle‑ci, les températures ne devant guère dépasser les 35 degrés, ne devrait pas avoir grand‑chose à voir avec celle qui frappe l’ouest de l’Europe, notamment la France, depuis le mois de juin. Pour autant, c’est sous un soleil particulièrement chaud que des dizaines (bientôt des centaines et même des milliers) de spectateurs descendent de chaque rame de S‑Bahn qui s’arrête à la station Pichelsberg, près de l’Olympiastadion, pour assister au désormais ritualisé concert donné par l’Orchestre du divan occidental-oriental, sous la direction de son fondateur et mentor Daniel Barenboim. Comme lors des précédentes années (voir ici, ici et ici), ce concert se veut à la fois un hommage à l’initiative de Daniel Barenboim et d’Edward W. Said, prise voilà vingt‑cinq ans, de constituer un orchestre réunissant des jeunes venus d’Israël et de la plupart de pays du Proche‑Orient, et un rendez‑vous festif où sont données certaines grandes pages du répertoire, accessibles de fait à tout public. Cette fois‑ci encore, on croise donc les groupes d’amis, les familles, le troisième âge, les femmes habillées quasiment en robe de soirée, les spectateurs aux tatouages et piercings multiples, les habitués charriant leur coussin estampillé « Waldbühne » et les néophytes, tous heureux d’assister à un concert de haute tenue avec rien moins que Yo‑Yo Ma en soliste. Il faut dire que tant l’affiche que les prix pratiqués dans le cadre des deux concerts à venir au fil de cette mini‑tournée (jusqu’à 228 euros la place pour le concert donné à Kiel !) avaient de quoi amadouer les mélomanes berlinois en cette belle soirée aoûtienne.
En première partie, un des chefs‑d’œuvre de la littérature pour le violoncelle avec le Second Concerto d’Antonín Dvorák, composé en 1894‑1895 et créé à Londres le 19 mars 1896. Ce concerto n’a évidemment rien pour impressionner Yo-Yo Ma, qui l’a interprété des dizaines de fois et l’a enregistré notamment sous la baguette de Lorin Maazel et de Kurt Masur. Même si le pas reste fragile, Daniel Barenboim, aux bras du soliste, nous aura semblé en meilleure forme que l’année dernière même si l’âge (84 ans en novembre prochain) et la maladie (il a officiellement annoncé en février 2025 qu’il était atteint de la maladie de Parkinson) ne nous permettrons plus de retrouver le chef à la gestique flamboyante, voire grandiloquente comme on a pu le connaître par le passé. Le concerto est interprété dans un tempo relativement lent (près de 45 minutes en tout) mais sans être lourd pour autant (bien que Daniel Barenboim ait eu tendance, à notre sens, à « wagnériser » un peu trop la fin de l’Allegro). L’orchestre nous montre ici qu’il est bien plus qu’un assemblage de jeunes musiciens aux destins politiques contrariés, voire antagonistes : c’est avant tout une phalange des plus solides où les individualités (mentionnons tout particulièrement les différents chefs de pupitres au sein de la petite harmonie) n’éclipsent nullement la cohésion d’un ensemble dont le niveau, à l’évidence, impressionne. Membre honoraire de l’orchestre et complice de longue date du chef, Yo‑Yo Ma aura délivré une version tout en finesse, qui aura parfois pu paraître quelque peu distanciée, voire trop retenue (à cet égard le dernier mouvement aurait pu être largement plus conquérant mais le tempo imposé par le chef l’aura empêché). On n’en admire pas moins la palette extraordinaire des nuances dont le soliste sait faire preuve (quel jeu dans l’Adagio ma non troppo, notamment dans les registres grave et médium !) ainsi que la justesse des intentions, tout en non‑dits et sous‑entendus, témoignant d’une entente parfaite avec les choix de Daniel Barenboim. Si le dernier mouvement aura manqué de fougue (on était loin du côté slave que certains interprètes historiques ont pu donner de ce concerto), la réussite globale n’en fut pas moins patente, Yo‑Yo Ma revenant sur scène pour embrasser Barenboim fils (Michael, violon solo de l’orchestre), après avoir raccompagné en coulisses Barenboim père.
L’entracte d’une demi-heure ayant notamment permis aux spectateurs de se sustenter, c’est un public ragaillardi et, pour une large part, désormais couvert de petites laines (les températures au cœur de la forêt où se trouve la Waldbühne étant il est vrai particulièrement fraîches à la tombée de la nuit) qui accueillit avec chaleur Daniel Barenboim pour entendre la Troisième Symphonie (1850‑1851) de Robert Schumann. Usant d’une gestique des plus parcimonieuses désormais, Daniel Barenboim nous aura livré une très bonne version de la Rhénane, ne succombant pas comme parfois à l’emphase qu’appelle trop souvent chez lui, ces dernières années, la musique romantique et postromantique allemande. Si l’Allegro initial fut trop lent, sans jamais tomber dans la pesanteur pour autant, le Scherzo fut une totale réussite grâce aux élans de cordes superlatives (les violoncelles !) et à une petite harmonie scintillante. Déception d’autant plus grande, de fait, à l’écoute de l’Intermezzo, victime d’un alanguissement assez évident et d’un léger manque de finition chez les cordes. Mais Daniel Barenboim et son orchestre se rattrapèrent ô combien dans un Andante aux couleurs des plus sombres, l’orchestre bénéficiant d’un soubassement de cordes (contrebasses et violoncelles en premier lieu) d’une puissance indéniable au charme communicatif ; dommage que le Finale ait quelque peu manqué de frivolité, de légèreté du moins, ce qui aurait conclu la symphonie en toute beauté.
Le public n’en ovationna pas moins l’orchestre et son chef, qui revint sur scène à quatre reprises pour les saluts, éclairés comme de coutume par les lampes des téléphones portables que des milliers de spectateurs brandirent dans un ciel devenu quasiment noir. Alors que, d’habitude, le soliste du concert de l’année suivante donné par l’Orchestre du divan occidental-oriental nous est annoncé sur les deux écrans géants disposés de part et d’autre de la scène, rien cette fois‑ci : on n’en espère pas moins retrouver l’orchestre et son chef ici même, sans doute donc vers la mi‑août 2027.
Le site de l’Orchestre du divan occidental-oriental
Le site de Daniel Barenboim
Le site de Yo-Yo Ma
Sébastien Gauthier
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