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Mahler en technicolor

Berlin
Philharmonie
05/21/2026 -  et 22, 23 mai 2026
Gustav Mahler : Symphonie n° 3 en ré mineur
Joyce DiDonato (mezzo-soprano)
Damen des Rundfunkchors Berlin, Simon Halsey (chef de chœur), Knaben des Staats- und Domchors Berlin, Kai‑Uwe Jirka (chef de chœur), Berliner Philharmoniker, Yannick Nézet‑Séguin (direction)


Y. Nézet‑Séguin (© Monika Rittershaus)


La Troisième Symphonie (1895-1896) de Gustav Mahler fait sans doute partie de ses œuvres les plus ambitieuses, non seulement par sa durée (une heure quarante en moyenne) mais aussi par le programme qu’elle dessine au fil de ses six mouvements (qui, à l’origine, devaient même être complétés par un septième, qui est d’ailleurs devenu le dernier mouvement de la Quatrième Symphonie). Ainsi, après un très long premier mouvement où domine le caractère d’une grande marche, Mahler nous laisse ainsi entendre successivement « Ce que me content les fleurs des champs », « Ce que me content les animaux de la forêt », « Ce que me conte la nuit (l’Homme)  », « Ce que le content les cloches du matin (les Anges) » et « Ce que me conte l’Amour », sans doute une des plus belles pages jamais composées par Mahler. Pour interpréter une telle œuvre, le compositeur exige un orchestre pléthorique (bois et cuivres par quatre, le nombre de cors étant même porté à huit, une cinquantaine de cordes, deux harpes, pléthore de percussionnistes dont deux timbaliers...), un chœur d’enfants, un chœur exclusivement féminin et une mezzo‑soprano.


Autant dire qu’il fallait bien une scène aussi vaste que celle de la Philharmonie de Berlin pour accueillir tout ce monde. Assez étrangement, Joyce DiDonato entra en même temps que l’orchestre (une grande partie du public ne l’ayant d’ailleurs pas immédiatement remarquée et donc applaudie) pour s’asseoir sur la gauche de la scène, derrière les derniers violons, se rendant ainsi invisible à une partie des blocs B et C de la Philharmonie ; assez étrangement là aussi, les deux chœurs n’entrèrent seulement qu’après le premier mouvement, offrant ainsi il est vrai une pause assez salvatrice à l’orchestre (et au public) après plus d’une demi‑heure de musique.


Après une rapide entrée sur scène, Yannick Nézet‑Séguin lança les Berliner dans le premier mouvement (Kräftig. Entschieden) avec, d’emblée, une ampleur assez impressionnante imposée par un pupitre de cors souverains. Pour autant, l’impression générale laissée par cette entrée en matière s’avéra quelque peu mitigée. Certes, on succombe à la crâne assurance du trombone solo tenu ce soir par Jonathon Ramsay, on se pâme devant les trémolos des violoncelles et des contrebasses, on reste impressionné par l’explosion sonore de la fin du mouvement ; mais l’ensemble laisse parfois une impression brouillonne. Nézet‑Séguin exacerbe les contrastes avec conviction (aidé par une direction parfois inutilement, à notre sens, spectaculaire) mais n’évite pas certaines baisses de tension, l’orchestre connaissant par ailleurs quelques anicroches ici ou là. Les deux mouvements qui suivent témoignèrent à leur tour de certaines imperfections, notamment de certains décalages (entre les cordes et les vents, notamment les cuivres au début du Tempo di Menuetto. Sehr mässig) et flottements (dans le Comodo (Scherzando). Ohne Hast), sans compter quelques nouvelles imperfections instrumentales, même si certains solos ne purent que bluffer un public pourtant habitué aux performances d’un des meilleurs orchestres du monde (excellent Jérôme Jehl au cor de postillon dans le troisième mouvement, génial Matic Kuder à la petite clarinette et ce tout au long du concert).


Yannick Nézet‑Séguin aborde le deuxième mouvement avec toute l’innocence voulue par le compositeur, engageant l’orchestre dans un troisième mouvement où, de nouveau, son attention portée aux contrastes fit merveille ; on pourra parfois lui reprocher une vision un peu trop grandiloquente mais difficile de ne pas être pris. Dans le quatrième mouvement, le chef opta pour une vision très recueillie, mais aussi pleine de tension ; Joyce DiDonato appréhende son rôle au diapason du climat souhaité par Nézet‑Séguin, jouant à la fois sur l’intensité et la retenue, la diction parfaite de la chanteuse méritant d’être soulignée. Implication équivalente de la part de Joyce DiDonato dans le cinquième mouvement, où la joie et la légèreté nous manquèrent tout de même assez cruellement, les deux chœurs (femmes et enfants) restant trop précautionneux dans leurs interventions. Dans le dernier mouvement, Nézet‑Séguin nous aura fortement impressionné. Alors qu’on pouvait craindre quelques effets faciles, voire sirupeux (que l’on a parfois eus dans le deuxième mouvement), il nous entraîne dans ce vaste mouvement a contraire avec un geste très aérien, puisant dans les irrésistibles cordes berlinoises toute l’intensité, toute la profondeur de cette page où le climat des cinq premières minutes fut à peine troublé par l’entrée tout en finesse du hautbois de Jonathan Kelly. La fin du mouvement fut de nouveau superlative, la scansion des deux timbaliers n’y étant évidemment pas étrangère.


Ovation du public et rappel habituel du chef seul sur scène pour un très beau concert mais qui, à notre sens, aura néanmoins nécessité quelques ajustements pour les concerts du vendredi et du samedi qui suivent.


Le site de Yannick Nézet‑Séguin
Le site de Joyce DiDonato
Le site de l’Orchestre philharmonique de Berlin



Sébastien Gauthier

 

 

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