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Un concert symbolique

Berlin
Waldbühne
08/10/2025 -  et 12 (Lübeck), 13 (Wiesbaden), 15 (Salzburg), 17 (Luzern) août 2025
Richard Wagner : Siegfried-Idyll, WWV 103
Felix Mendelssohn : Concerto pour piano n° 1 en sol mineur, opus 25
Ludwig van Beethoven : Symphonie n° 3 « Eroica » en mi bémol majeur, opus 55

Lang Lang (piano)
West-Eastern Divan Orchestra, Daniel Barenboim (direction)


L. Lang, D. Barenboim (© Peter Adamik)


Les supporters du match de football qui opposait Hertha Berlin et Karlsruhe (match nul : 0‑0) devaient se trouver bien seuls dans les S‑Bahn (équivalents de nos RER franciliens) qui, remplis à ras bord, ne cessaient de déverser à la station Pichelsberg des centaines de spectateurs allant assister au concert de l’Orchestre du divan occidental-oriental, à la Waldbühne de Berlin. Comme les années précédentes (voir ici et ici), c’est une foule extrêmement diversifiée (on vient en solo, en couple, en famille, toutes générations et tous styles confondus) qui vient là, sous un soleil radieux de fin d’après‑midi, pour ce concert qui relance tout doucement la saison musicale berlinoise plus ou moins en arrêt depuis le tout début du mois de juillet. On reconnaît les habitués (nombreux sont ceux qui ont apporté avec eux un coussin pour assurer une assise un tant soit peu confortable : rond, carré, moelleux, raide, uni, bigarré... il y en a pour tous les goûts), les gourmands (impossible de ne pas céder à une saucisse arrosée de ketchup et de l’accompagner, au minimum, d’un litre de bière), les néophytes (généralement des touristes mais le fait est que le public est très majoritairement allemand et même, sans doute, berlinois).


Après un premier concert donné la veille à la Musikfest de Brême, l’Orchestre du divan occidental-oriental poursuit là une petite tournée qui va ensuite l’emmener au Festival de musique du Schleswig-Holstein, puis à ceux de Rheingau, Salzbourg et Lucerne. En attendant que les presque 19 000 spectateurs s’installent dans la Waldbühne et que les musiciens arrivent, deux écrans géant diffusent un bref reportage (le même que les années précédentes), sur l’histoire de cet orchestre, trait d’union créé en 1999 entre de jeunes musiciens israéliens et d’autres venus de tous les pays du Proche‑Orient, nous rappelant que ce dialogue est fondamental, sans doute encore plus aujourd’hui qu’hier alors que le Premier ministre israélien vient d’annoncer son intention de prendre totalement le contrôle de la bande de Gaza, suscitant une légitime indignation internationale. De fait, et comme les années précédentes, surtout dans un cadre de plein air, l’intérêt du concert n’est pas fondamentalement dans son exécution proprement dite ; elle est également et peut‑être même surtout dans sa survenance même.


Programme copieux cette année avec, pour débuter, Siegfried‑Idyll, page orchestrale que Wagner composa pour la Noël 1870, cadeau offert à Cosima avec laquelle il venait de se marier quelques mois plus tôt. Sous la houlette du Konzertmeister Michael Barenboim (doublement attentif à l’égard de l’orchestre et de son chef de père, affaibli par d’importants problèmes de santé), les jeunes musiciens du Divan en livrèrent une version plus qu’honnête. On aurait pu apprécier trilles plus fluides de la part de la flûte et des violons avant la reprise du thème principal vers le milieu de la pièce mais le pupitre de clarinettes fut excellent et l’ensemble reposa sur de très belles basses, notamment un pupitre de violoncelles de tout premier ordre. Wagnérien accompli, Daniel Barenboim, arrivé à petits pas sur scène mais dirigeant cette œuvre debout, n’a pas besoin de faire grand‑chose : l’orchestre tourne assez bien tout seul et les quelques mouvements de bras ou les indications données par sa baguette suffisent largement à mobiliser l’ensemble.


Le 13 mars 2001, le tout jeune Lang Lang faisait ses débuts à Paris au Théâtre des Champs‑Elysées avec les deux Concertos pour piano de Mendelssohn. En presque vingt‑cinq ans, le prodige chinois est devenu une star planétaire dont le style, le goût prononcé pour les pièces brillantes et virtuoses, les mimiques, les poses peuvent continuer d’irriter mais le résultat est là : quel pianiste ! Tout de noir vêtu, il se lance dans le premier mouvement du Premier Concerto (1831) de Mendelssohn avec une fougue à laquelle répond l’orchestre du tac au tac. Aucune mièvrerie, aucune sucrerie dans cette interprétation du Molto allegro con fuoco mais bien la volonté de foncer droit devant, dans un style parfois galant, souvent virevoltant, que l’on retrouve à l’identique dans le jeu millimétré de la petite harmonie. L’affectation qui se manifeste physiquement chez Lang Lang dans l’Andante ne se retrouve nullement dans son jeu où l’on admire la délicatesse du toucher, des aigus extraordinaires à la limite de l’audible tant tout cela est fait avec soin, le dialogue entre le soliste et les pupitres d’altos et de violoncelles (dont les sonorités ne sont pas sans rappeler celles du mouvement lent du futur Second Concerto de Brahms) laissant chaque spectateur rêveur. Mais les réflexes ont la vie dure et l’on suppose que le pianiste chinois a dû bien ronger son frein durant cet Adagio : heureusement pour lui, le Presto - Molto allegro e vivace arrive et avec lui toute la frénésie, tout le brillant dont le soliste est capable. C’est ébouriffant : les facilités techniques sont tellement évidentes qu’on a l’impression d’assister à un simple exercice d’échauffement des doigts, le panache de Lang Lang donnant lieu à une démonstration très extérieure, dans laquelle l’orchestre suit mais sans qu’aucun véritable dialogue ne s’instaure. Triomphe évidemment qui vaudra au public d’entendre un bis tiré de la bande‑son du Roi Lion, « Can you feel the love tonight ».


Après un entracte d’une demi-heure permettant notamment aux spectateurs de se sustenter et d’annoncer sur les écrans le concert que l’Orchestre du divan occidental-oriental donnera à la Walbühne en 2026 (ce sera le jeudi 13 août et le soliste invité sera le violoncelliste Yo‑Yo Ma), l’orchestre revient sur scène pour la Symphonie « Héroïque » (1801‑1802) de Beethoven. Créée le 7 avril 1805 à Vienne, on fête donc cette année les 220 ans de ce monument symphonique dont Daniel Barenboim (dirigeant assis, comme pour le concerto précédant) livra une version très classique : dramatisme à fond, pas de reprise dans le premier mouvement, appui marqué sur les basses, une durée globale de 55 minutes... Le premier mouvement (Allegro con brio) est très beau : certes, on décèle quelques problèmes de mise en place dans certains départs (notamment chez les cordes) et le tempo aura pu nous sembler trop mesuré mais l’ensemble ne manque pas de noblesse. Avec une durée de 23 minutes, la Marche funèbre est également prise lentement, alla Furtwängler pourrait‑on dire, mais la sérénité, la grandeur, le drame sont totalement présents ; dirigeant de façon minimaliste, Daniel Barenboim emmène ses musiciens là où il veut, quand bien même certains (à l’image du hautbois solo) nous auront paru quelque peu tétanisés face à cette partition. Le troisième mouvement est moins réussi, pénalisé par un manque de frivolité chez les bois, leur jeu n’étant pas assez facétieux, le pupitre des trois cors manquant au surplus de cohésion dans le trio central. Peut‑être en raison d’une certaine fatigue, le dernier mouvement s’avère assez lourd et souffre d’un manque évident de finition, plusieurs passages demandant à être travaillés avant les concerts à suivre, certains moments souffrant pour leur part de décalages et de flottements assez perceptibles ; heureusement que Daniel Barenboim, profitant d’un bon coup de timbale et d’un tutti salvateur, remet tout le monde d’équerre et permet ainsi au concert de s’achever sous les applaudissements chaleureux d’une foule qui, comme les années précédentes, salue les artistes par la lumière de ses téléphones portables. Rendez‑vous donc en 2026 !


Le site de Daniel Barenboim
Le site de Lang Lang
Le site de l’Orchestre du divan occidental-oriental



Sébastien Gauthier

 

 

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