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Emmanuelle Haïm cultive son Mozart

Lille
Opéra
03/17/2014 -  et 20, 22, 25, 27, 30* mars (Lille), 9, 11 avril (Dijon) 2014
Wolfgang Amadeus Mozart: La finta giardiniera, K. 196
Carlo Allemano (Don Anchise), Erin Morley (Sandrina/Violante), Enea Scala (Comte Belfiore), Marie-Adeline Henry (Arminda), Marie-Claude Chappuis (Ramiro), Maria Savastano (Serpetta), Nikolay Borchev (Nardo/Roberto)
Le Concert d’Astrée, Emmanuelle Haïm (direction)
David Lescot (mise en scène), Alwyne de Dardel (scénographie), Sylvette Dequest (costumes), Paul Beaureilles (lumières)


(© Frédéric Iovino)


Le Rake’s Progress que l’Opéra de Lille a représenté en 2011 incitait à suivre David Lescot sur le terrain lyrique. Le metteur en scène remporte le même succès dans La finta giardiniera (1775) : ce spectacle drôle et poétique révèle une mécanique théâtrale bien huilée ainsi qu’une conception d’ensemble limpide qui le portent au même niveau que celui, de référence, de Karl-Ernst et Ursel Herrmann que la Monnaie a repris il y a trois ans. Alwyne de Dardel, qui a également réalisé la scénographie de l’opéra de Stravinski, imagine cette fois un ravissant dispositif en deux temps : d’abord un entrepôt dans lequel des jardiniers, lors d’incessants va-et-vient, apportent tout de sorte de plantes en pot, ensuite un sous-bois marécageux, sous un ciel étoilé puis à l’aube. Les costumes blancs de Sylvette Dequest, qui chausse Serpetta de pimpantes bottines roses, s’intègrent à merveille dans ce décor enchanteur où il se produit sans cesse quelque chose grâce à une direction d’acteur fluide et pleine de vivacité – le livret et la musique de cet opéra de jeunesse de Mozart prennent ainsi corps de belle façon. Que l’Opéra de Lille, et d’autres institutions lyriques, d’ailleurs, pensent à David Lescot pour les prochaines saisons.


La distribution ne comporte que des éléments parfaitement entraînés qui, tous, adoptent le style mozartien avec naturel et jouent la comédie avec conviction. Les chanteurs excellent dans leurs airs tandis que les innombrables échanges, particulièrement bien affûtés, dévoilent la parfaite complémentarité de leur timbre. Carlo Allemano, qui incarne un Don Anchise à la fois élégant et comique, emploie correctement une voix de ténor retentissante qui revêt de belles teintes graves. Erin Morley confère de la délicatesse, de la fraicheur et de la tendresse au personnage adorable de Sandrina. La soprano met en valeur un timbre aussi pur que coloré et surveille l’émission qui s’avère constamment nette. Enea Scala, qui possède une voix de ténor carnassière, incarne brillamment un Belfiore charmeur et enjoué. Marie-Adeline Henry déploie un soprano majestueux et profus dans le rôle d’Arminda, jeune femme altière et impétueuse qui décapite des tournesols d’un coup d’épée lors de ses excès de colère.


Marie-Claude Chappuis compose un Ramiro sensible mais la physionomie s’avère plus féminine qu’androgyne pour convaincre entièrement dans ce rôle de travesti, sa belle voix de mezzo-soprano manquant en outre d’accents masculins. Nikolay Borchev livre pour sa part une prestation au point, tant théâtralement que vocalement, mais son Nardo évolue dans l’ombre de la pétulante et pulpeuse Serpetta que Maria Savastano interprète énergiquement. Cette servante malicieuse et polissonne constitue à elle seule un véritable délice, aussi bien à voir qu’à entendre. Discipliné et étincelant, Le Concert d’Astrée développe une sonorité d’ensemble exquise, Emmanuelle Haïm restant fidèle à son style de direction, ferme, élaborée, inspirante. Défendu avec tant de conviction, La finta giardiniera stimule autant l’esprit qu’un opéra plus tardif de Mozart: les deux représentations programmées en avril à l’Opéra de Dijon suffiront-elles à satisfaire le public bourguignon?



Sébastien Foucart

 

 

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