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Les deux sœurs au sommet

Paris
Palais Garnier
01/25/2014 -  et 27*, 30 janvier, 2, 5, 7, 9, 12 février 2014
Georg Friedrich Haendel : Alcina, HWV 34

Myrtò Papatanasiu (Alcina), Anna Goryachova (Ruggiero), Sandrine Piau (Morgana), Patricia Bardon (Bradamante), Cyrille Dubois (Oronte), Michal Partyka (Melisso)
Chœurs de l’Opéra national de Paris, Alessandro Di Stefano (chef de chœur), Les Talens Lyriques, Christophe Rousset (direction musicale)
Robert Carsen (mise en scène), Tobias Hoheisel (décors et costumes), Jean Kalman (lumières), Philippe Giraudeau (mouvements chorégraphiques), Ian Burton (dramaturgie)


M. Papatanasiu (© Opéra national de Paris/Jean-Marc Lisse)


Depuis 1999 (voir ici, ici et ici), la production est devenue un classique et l’on revoit toujours cette Alcina avec plaisir, tant Robert Carsen a réussi sa lecture très stylée, où le tragique se teinte d’humour, dont la fin baigne dans une mélancolie douce-amère – les deux fiancés, que la défaite – ici la mort - de la magicienne devrait réunir, partent chacun de leur côté dans la nuit noire. Les interprètes changent mais évoluent avec le même bonheur dans ces grands salons vides ouvrant sur un bois d’amour, dont les feuilles jaunissent lorsque la magicienne connaît les douleurs incurables de l’abandon.


Très remarquée dans la reprise de Così fan tutte, Myrtò Papatanasiu est remarquable, vraiment – on passe même sur une virtuosité un peu timide dans l’air de vengeance « Ma quando tornerai ». L’angoisse, le tourment d’Alcina s’incarnent à merveille dans ces couleurs subtilement variées, ce chant sur le souffle, ces registres jamais distendus, ce legato d’archet : a-t-on souvent entendu tel « Ah ! moi cor ! », dont la lenteur ne la gêne en rien ? A ce sommet la rejoint une Sandrine Piau superbe d’aisance en Morgana fofolle très portée sur la chose, voix de cristal impeccablement conduite, à l’émission toute en souplesse et agilité, style belcantiste exemplaire, qui nous vaut le plus délicieux des « Tornami a vagheggiar » – parfois volé par Alcina. Les reprises des airs des deux sœurs, comme il se doit, placent les variantes vocalisées dans l’aigu ou le suraigu : elles y montrent la même aisance.


Le Ruggiero d’Anna Goryachova reste un peu en-deçà, moins par le style ou la technique que par la relative modestie des moyens : comme tous les rôles de primo uomo dévolus alors à des castrats, celui-ci exige de la vaillance – celle du guerrier comme celle de l’amant – et un registre grave plus corsé. Au deuxième acte, le cantabile de « Verdi prati, selve amene » lui réussit évidemment mieux que la flamboyance de « Sta nell’Ircana pietrosa tana » ». Une trachéite gêne Patricia Bardon, mais sa Bradamante fait belle figure, assez bien assortie à son Ruggiero. Des deux jeunes anciens de l’Atelier lyrique, l’Oronte de Cyrille Dubois l’emporte sur le Melisso de Michal Partyka : son ténor aigu et souple entretient sans doute plus d’affinités avec ce répertoire que le baryton mordant du Polonais.


Christophe Rousset, plus à l’aise que dans la Médée de Cherubini, dirige des Talens lyriques aux sonorités homogènes et fondues, avec de beaux solos dans les airs concertants, certes plus sensuellement poétique que fiévreusement théâtral, mais très heureux dans cette approche assez intimiste où les passions se subliment dans la beauté de la musique et du chant.



Didier van Moere

 

 

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