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Presque un siècle après

Paris
Théâtre des Champs-Elysées
02/07/2013 -  et 9, 12, 14, 17, 19 février
Gaetano Donizetti : La Favorite
Alice Coote (Léonor), Marc Laho (Fernand), Ludovic Tézier (Alphonse), Carlo Colombara (Balthazar), Loïc Félix (Don Gaspar), Judith Gauthier (Inès)
Chœur de Radio France, Chœur du Théâtre des Champs-Elysées, Orchestre national de France, Paolo Arrivabeni (direction)
Valérie Nègre (mise en scène)


(© Vincent Pontet/WikiSpectacle)


Comme on l’attendait, cette Favorite, que l’Opéra de Paris nous refuse depuis... 1918! Merci donc aux Champs-Elysées de nous l’avoir rendue, dans sa version originelle – Donizetti a composé un opéra français, créé en 1840. Un coup de maître: à partir d’un recyclage d’autres partitions, il conçoit un de ses chefs-d’œuvre, qui a triomphé dans le monde entier, malheureusement à travers sa mouture italienne. Grand opéra historique conforme au goût de l’époque, où une impossible passion, sur fond d’événements réels, se dénoue tragiquement. Ainsi Léonor de Guzman, maîtresse attitrée du roi Alphonse XI de Castille, est-elle éprise de Fernand, qu’elle détourne de sa vocation religieuse. Vainqueur des Maures, comblé d’honneurs par le roi, il apprend le jour de ses noces son passé de favorite. A bout de forces et d’amour, la jeune femme trouvera encore la force de se traîner jusqu’au monastère où son bien-aimé prononce ses vœux, obtenant son pardon avant d’expirer.


L’opéra reste indissociable des quatre chanteurs auxquels il était destiné: la mezzo Rosine Stolz, le ténor Gilbert-Louis Duprez, la basse Nicolas-Prosper Levasseur, vedettes de l’Opéra de Paris d’alors, et le baryton Paul Barroilhet, dont La Favorite allait lancer la carrière. La production du TCE n’a pas vraiment ressuscité leurs fantômes. Il est vrai que le malheur n’a cessé de la poursuivre: des quatre protagonistes, seul Ludovic Tézier s’est maintenu. On a aussi remplacé le metteur en scène. Et Michel Franck a dû annoncer que les deux dames avaient été grippées pendant dix jours, que les répétitions avaient été difficiles... Dont acte. Fallait-il pour autant aller chercher, pour Balthazar, un Carlo Colombara charbonneux, totalement ignorant de la langue et de la prosodie française ? N’avait-on pas repéré sa médiocrité dans l’enregistrement munichois de Marcello Viotti ? A croire qu’il n’y plus de basse profonde dans l’Hexagone – sans compter que le rôle n’est pas des plus difficiles… On ne pouvait savoir, en revanche, que Ludovic Tézier décevrait, qui tombe comme tant d’autres dans le piège tendu par Alphonse, pas encore un baryton Verdi: au lieu d’alléger son émission, il chante Rigoletto, perd en souplesse sans gagner en noblesse, empâte même son articulation, séduisant malgré tout par l’autorité que lui conserve la beauté d’une voix aujourd’hui plus puissante.


Alice Coote, elle, suscite une impression mitigée: on apprécie d’abord ce timbre et cette tessiture homogène de vrai mezzo, ce qu’appelle Léonor - « O mon Fernand », du coup, sonne plein, avant une cabalette très maîtrisée. On apprécie ensuite la sincérité et la force de l’engagement. Mais à partir du deuxième acte, alors que le personnage semble de plus en plus vivant et souffrant, la voix trahit une certaine astringence et des effets d’un vérisme douteux entachent parfois la ligne de chant. C’est ainsi le Fernand de Marc Laho qu’on préfère – distribué quelques semaines avant la première en raison de la défection de Celso Abello! Sans exercer de séduction particulière, la voix est celle du héros, souple et haute d’émission, avec des aigus parfaitement négociés, aussi à l’aise dans la douceur que dans la vaillance – « Un ange, une femme inconnue » ne lui va pas moins que le « Oui, ta voix m’inspire » souvent omis, le scandale du finale du troisième acte, assez tendu, ne le prend pas en défaut. Un chant stylé, d’une exemplaire probité… et le seul dont on perçoive parfaitement toutes les syllabes. On a heureusement choisi les seconds rôles: charmante Inès de Judith Gauthier, Don Gaspar détestablement courtisan de Loïc Felix.


Un plateau imparfait, donc. Mais porté par un excellent Paolo Arrivabeni. Si l’Ouverture pèse un peu, si le National, au début, peine à trouver ses marques et à s’accorder avec la scène, le chef tient ses troupes, respire à l’unisson des chanteurs, allie fermeté et finesse, sensible aux couleurs souvent plus recherchées qu’il n’y paraît de l’orchestre de Donizetti. Le finale du troisième acte, machine infernale broyant tous les protagonistes, est impeccablement maîtrisé et le dernier acte dégage une authentique émotion. Le Chœur de Radio France donne aussi le meilleur de lui-même.


Tout cela suffisait à une version de concert. Ainsi nous aurait-on épargné une des plus mauvaises productions du moment. Assistante des meilleurs, tel Patrice Chéreau, Valérie Nègre, propulsée cette fois en première ligne, a conçu un spectacle affligeant d’indigence, où l’on renoue avec une direction d’acteurs digne de la province des années cinquante: gestes figés ou grandiloquents, personnages vides de substance. Il y a pourtant beaucoup à faire dans La Favorite. Elle est incapable, de surcroît, de diriger les déplacements du chœur. Si bien que, parfois, les situations les plus tragiques virent au vaudeville et font sourire le public, notamment lorsque le roi découvre que Fernand lui demande la main de sa favorite. Quant au second degré ironiquement distancié, avec ces chœurs qu’elle voudrait faire danser dès qu’un rythme sautille, il fait aussitôt long feu tant il sent l’amateurisme. Reste l’idée – très dans le vent - de confier la scénographie à la plasticienne Andrea Blum: bancs et structures métalliques, chaises d’école pour le monastère, cour royale qu’on croirait importée d’Ikea... on a déjà donné et, surtout, cela ne peut prendre de sens dans un spectacle aussi creux.



Didier van Moere

 

 

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