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Le Miroir, la banalité

Madrid
Teatro Real
04/11/2012 -  & 12, 13, 14, 15*, 16, 17, 19, 20, 21, 22 avril 2012
Robert Wilson, Marina Abramovic, Antony, William Basinski: The Life and Death of Marina Abramovic
Willem Dafoe (comédien), Antony (chanteur et direction musicale), Svetlana Spajic (chanteuse)
Robert Wilson (mise en scène, scénographie), A.J. Weissbar (lumières)


(© Javier del real/Teatro Real)


Que le lecteur veuille bien pardonner l’absence de fil conducteur dans ce compte rendu. Avec ce spectacle, c’est la banalité que l’on voudrait ériger en forme d’Art.



Le théâtre post-dramatique: il n’y a plus d’auteur, plus de Shakespeare - encore moins parmi les contemporains («Y a-t-il quelque chose plus fâcheux qu’un contemporain? » se demandait Cioran). Plus de Verdi, plus de Wagner. Wilson est seul et il révèle ici sa faiblesse. Pourtant un formidable metteur en scène(Alceste et Orphée de Gluck au Châtelet; Pelléas et Mélisande, ici, à Madrid), qui donne le meilleur de lui-même pour un compositeur. Sans compositeur et sans auteur il n’existe plus, et c’est le cas dans ce The Life and Death of Marina Abramovic. Pire, Wilson égare le spectateur.



Souvenons-nous de Verlaine qui recommandait, pour écrire un poème, d’éviter ce qui «pèse ou qui pose ». Ici, tout le monde pose, insupportablement, surtout Mme. Abramovic. Et M. Wilson, qui se pose en « grand artiste ». Que cela est pesant! Les petites ficelles des pseudo-avant-gardistes ne sont tolérables que si elles ne durent pas.



Le « système Wilson » est bien connu. Il se répète chaque fois. Mais ici il n’y a pas de poésie parce qu’il manque la musique et la voix. Un opéra ? Ceux qui adhèrent à cette cause voudraient nous le faire croire.



Le caractère expérimental de ce spectacle est plus que douteux. Disons plutôt qu’il s’agit d’une arnaque de luxe, produit typique d’un festival dont une partie (minoritaire) du public adore se faire arnaquer par des entreprises comme celle-ci. Un public plus jeune a été attiré au Teatro Real pour la première fois, et ce sera sans doute la dernière.


Raconter une histoire (banale, même par le truchement de Dafoe), ce n’est pas du théâtre. C’est de la narration déclamée. L’histoire, ici, ce n’est ni plus ni moins que le récit des disputes d’une mère et de sa fille. L’arrière-plan est celui de la Yougoslavie de Tito, dans une famille de ce que Milovan Djilas appelait « la nouvelle classe ». On regrette que la vie de Djilas soit si éloignée du propos. L'idée aurait pu être intéressante, mais cela ne semble pas avoir sa place dans un grand théâtre. On peut se demander si la vie de Madame Abramovic est vraiment si banale que cela. Pas du tout! Un personnage de Ghelderode nous rappelait que « le secret de l’art, de tout art, c’est la cruauté ». Elle est cruelle avec son corps, semble-t-il, mais on dirait qu’elle n’en fait une mauvaise affaire. Vous pensez que le public ingénu de Madrid vous a applaudi à la folie, M. Wislon ? Faux. Les vrais amateurs d’opéra (ces réactionnaires!) ont laissé leur billet à un public plus snob.


On a assisté à l’induction artificielle d’un phénomène culturel réservé à un public peu avisé. Une campagne de presse tapageuse devait nous préparer : on allait voir ce que l’on allait voir! Seuls les philistins et les réactionnaires n’assisteraient pas à ce spectacle. Induire le désir mimétique, voilà l’affaire. Ah, les « faux monnayeurs » !



Dafoe, à quoi bon ? Un grand nom, certes, mais on ne voit pas ce qu’il vient faire ici, sinon servir d’aimant. Seul Antony, belle voix pop, semble tirer son épingle du jeu avec ses quelques ballades populaires dont le son est amplifié… Dafoe déclame, Abramovic pose et déclame (avec des micros). Des beautés juxtaposées, au mieux, rien d’autre, aucune n’étant vraiment dans son emploi.



Santiago Martín Bermúdez

 

 

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