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En contrepoint de Parsifal

Lyon
Opéra et Théâtre de la Croix-Rousse
03/10/2012 -  et 13, 15, 18, 21* mars 2012
Jérôme Combier : Terre et cendres (création)

Julian Negulesco (Le Conteur/Mirza Qadir), HamidReza Javdan (Dastaguir), Juan Carlos Benitez (Le Gardien), Louis Gourbeix (Yassin), Chœur: Christophe Baska, Philippe Bergère, Sarah Breton (Mahro), Cécile Dibon-Lafarge, Olivier Hernandez (Mourad), Ariana Vafadari (Zaynab)
Ensemble choral et instrumental de l’Opéra national de Lyon, Philippe Forget (direction musicale)
Yoshi Oida (mise en scène), Tom Schenk (décors), Richard Hudson (costumes), Christophe Chaupin (lumières)


Richard Wagner : Rienzi, der letzte der Tribunen: Ouverture – Götterdämmerung: Lever du jour et Voyage de Siegfried sur le Rhin, Marche funèbre de Siegfried et Immolation de Brünnhilde – Siegfried-Idyll – Tannhäuser und der Sängerkrieg auf dem Wartburg: Ouverture et Bacchanale – Die Meistersinger von Nürnberg: Prélude de l’acte I
Ann Petersen (soprano)
Orchestre de l’Opéra national de Lyon, Kazushi Ono (direction musicale)


K. Ono (© Eisuke Miyoshi)


En parallèle au retour attendu de Parsifal sur la scène lyonnaise, Kazushi Ono donnait le 16 mars un concert Wagner, dédié à la mémoire des victimes du tsunami du 11 mars 2011. C’est à un panorama de la production de l’échanson de Bayreuth que s’est livré le directeur musical de l’Orchestre de l’Opéra. On ne cachera pas notre plaisir à entendre l’ouverture de Rienzi, rescapée de l’oubli un peu injuste où est tombé cet ouvrage de jeunesse, faisant largement allégeance à l’esthétique du grand opéra. La conception plutôt analytique de la battue retient la motoricité de la partition, pour dessiner une progression dramatique appréciable, qui pèche seulement par une trop grande retenue. C’est en revanche le chatoiement des couleurs qui frappe dans le «Voyage de Siegfried sur le Rhin» tandis que les accents funèbres de la «Marche» évitent toute grandiloquence – trait sans doute caractéristique de la conception que le chef japonais a de Wagner. Une telle douceur met particulièrement en valeur les modulations harmoniques de Siegfried-Idyll, dans une sorte de suspension de la temporalité. On sera cependant plus circonspect sur le sort réservé au Prélude des Maîtres chanteurs. Certes, cela a l’avantage de contenir l’énergie de la page et de la distiller au fur et à mesure, mais il faut bien admettre que la tonitruance de l’accord inaugural en do majeur attend un tout autre traitement, et une plénitude sonore bien plus immédiate – vis-à-vis de laquelle les moments plus lyriques se détachent justement. La frustration est cependant moins marquée dans l’Ouverture et Bacchanale de Tannhäuser qui précède – même si la sensualité des cordes pourrait se faire plus sirupeuse à l’occasion.


On a également pu admirer la performance d’Ann Petersen dans l’«Immolation de Brünnhilde». Dans un allemand absolument honnête, elle incarne les derniers moments de l’héroïne où elle démontre un engagement remarquable. La ligne se révèle solide, l’émission vaillante, même si la vérité d’un Crépuscule des dieux entier semble être prématurée pour l’Isolde lyonnaise de la saison passée. Dans un souci de vraisemblance, on a même eu droit à la réplique de Hagen amplifiée des coulisses. Mais retenons surtout de cette scène finale qu’elle a sans doute cristallisé l’émotion de la soirée.


Hors les murs, c’est au Théâtre de la Croix Rousse qu’est donnée la création commandée à Jérôme Combier, sur un livret de l’écrivain afghan, Atiq Rahimi. Terre et cendres adapte le roman éponyme de ce dernier, pour lui donner, selon les mots de l’auteur, une portée plus universelle. Nous sommes dans un pays en guerre. A cause des bombardements, Yassin est devenu sourd. Son grand-père, Dastaguir, ne lui a pas révélé l’immolation de sa mère, et attend son fils, Mourad, qui doit revenir de la mine. Nous sommes d’emblée dans une atmosphère d’attente – c’est le titre de la première partie. Il n’y a pas de progression dramatique à proprement parler, mais plutôt une fascinante suspension de tout déroulement temporel, comme si la guerre avait tout annihilé. On est dans un monde littéralement abasourdi. Le texte réserve d’ailleurs de beaux moments de poésie qui tiennent de l’univers du conte – ainsi du petit garçon qui demande «Les tanks sont-ils venus prendre les voix de tout le monde?», croyant que le monde est devenu muet. Il n’est sans doute pas anodin que ce soit une figure de conteur qui relie les personnages de l’opéra.


Jérôme Combier tisse sur cette sorte de no man’s land dramaturgique une musique aussi raréfiée que l’air étouffant d’un Afghanistan déchiré par les conflits, et où dominent les percussions – avec nombre d’instruments d’origine asiatique. La sécheresse des sonorités de la partition évoque la poussière qui balaye les lieux du drame. Placée sur scène, la formation orchestrale, de dimension chambriste, exhale des souffles inouïs, placée sous la direction attentive de Philippe Forget. Prenant le contre-pied de l’exhibitionnisme opératique, la partie vocale confine à une sorte de déclamation à peine chantée, et le chœur à six voix possède une blanche transparence bouleversante. Opéra lyophilisé, Terre et cendres déroute autant qu’il séduit, et l’impatience égale parfois la fascination qu’il suscite.



Gilles Charlassier

 

 

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