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Saint-Céré

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Noirceur

Saint-Céré
Prudhomat (Château de Castelnau-Bretenoux)
07/31/2011 -  et 26 juillet (Aurillac), 3, 6*, 9, 14 août (Prudhomat) 2011
Giuseppe Verdi: Rigoletto

Carlo Guido (Le duc de Mantoue), Christophe Lacassagne (Rigoletto), Isabelle Philippe (Gilda), Jean-Claude Sarragosse (Sparafucile), Hermine Huguenel (Giovanna, Maddalena), Matthieu Toulouse (Le comte Ceprano), Béatrice Burley (La comtesse Ceprano), Eric Demarteau (Le comte Monterone), Samuel Oddos (Matteo Borsa), Julien Fantou (Le chevalier Marullo), Anne-Sophie Domergue (La fille de Monterone)
Chœur et Orchestre du festival de Saint-Céré, Dominique Trottein (direction musicale)
Michel Fau (mise en scène), David Belugau (décors et costumes)




Toujours sous la direction artistique d’Olivier Desbordes, le festival de Saint-Céré entame sa quatrième décennie dans l’élan des trois précédentes: la trente-et-unième édition, du 25 juillet au 14 août, continue de proposer, dans la petite cité du Haut-Quercy, dans ses alentours immédiats, dans tout le département du Lot et même au-delà en Corrèze ou dans le Cantal, opéras, spectacles musicaux (Méditerranée, Bohème, Orient, Apollinaire/Poulenc, Aragon, Anna Magdalena Bach par Marie-Christine Barrault) et concerts (Liszt, Mozart/Brahms, le Requiem de Fauré préparé par les participants au traditionnel stage de chant choral), sans oublier un «off» comportant notamment des répétitions ouvertes au public. La présence au programme de Britannicus peut surprendre, mais elle constitue une première illustration du rapprochement avec le festival de théâtre de Figeac, dont la onzième édition se tient quant à elle du 19 juillet au 2 août, avec l’insertion croisée de certaines productions dans les programmes respectifs des deux festivals.


Codirecteur artistique à Figeac, c’est précisément Michel Fau qui met en scène cette reprise de Rigoletto (1851) de Verdi, l’un des trois spectacles lyriques du millésime 2011. Le Lot n’étant pas épargné par les aléas inhérents à cet été décidément pluvieux, mais le festival disposant heureusement d’une solution de repli pour tous ses spectacles, c’est à la Halle des sports de Saint-Céré, et non au château de Castelnau-Bretenoux, qu’est donnée la deuxième des cinq représentations lotoises. La magie du lieu est certes moindre, et il y règne une chaleur étouffante, mais le dispositif demeure inchangé – orchestre en formation restreinte côté jardin, de plain-pied avec la scène.


David Belugau a conçu un décor sobre, à peine enrichi de quelques meubles et accessoires: un plateau légèrement incliné, constitué de grands carreaux représentant alternativement aigles et agneaux, qui se prolonge en trompe-l’œil dans la toile de fond, monstrueuse gueule béante surmontée de l’ombre fantastique d’un château médiéval tel ceux que dessinait Hugo, l’inspirateur du livret de Piave. Il signe également les costumes: si les longs manteaux et hautes bottes passe-partout ou même le blanc candide de Gilda sont pour le moins prévisibles, tel n’est pas le cas de la robe à vertugadin, de la fraise et de la perruque rouges de Rigoletto, dignes d’une infante d’Espagne, et de la toge romaine du comte Monterone, instrument de vengeance divine évoquant quelque commandeur mozartien, dont on découvre au moment des rappels que la haute stature tient pour partie à d’impressionnantes plateformes de drag queen.



I. Philippe (© Nelly Blaya)


Se fondant sur une direction d’acteurs riche et expressive, Michel Fau fait ressortir, sous les visages blanchis, la noirceur du propos: violence des rapports humains, brutalité des instincts et dégradation de la femme. Un Rigoletto intransigeant, dur et, sans doute aussi, dérangeant, dont le rôle-titre trouve une incarnation puissante grâce à Christophe Lacassagne, habitué du festival se révélant ici dans une composition vocale et dramatique particulièrement saisissante. Portés par la direction subtile de Dominique Trottein, à la tête d’un effectif orchestral modeste (une petite dizaine de cordes, bois et cuivres réduits), les autres protagonistes sont également bien connus des fidèles de Saint-Céré, à commencer par Isabelle Philippe, Mimi dans La Bohème en 2010, dont le colorature résiste aux épreuves. Mais le public apprécie tout autant le beau timbre de Carlo Guido, qui était Don José dans la «Carmen arabo-andalouse» présentée l’an passé, Jean-Claude Sarragosse en Sparafucile inquiétant et bien chantant, et Hermine Huguenel, qui a assez de tempérament pour se transformer – sur scène, au demeurant – de duègne en Maddalena... guère plus équivoque, à vrai dire.


Le site du festival de Saint-Céré
Le site d’Isabelle Philippe



Simon Corley

 

 

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