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Le triomphe de Bernard Haitink

Paris
Salle Pleyel
01/18/2011 -  et 12 janvier 2011 (Amsterdam)
Ludwig van Beethoven : Fidelio: Ouverture, opus 72 – Symphonies n° 8 en fa majeur, opus 93, et n° 5 en ut mineur, opus 67

Chamber Orchestra of Europe, Bernard Haitink (direction)


B. Haitink


Evidemment, la Salle Pleyel ne dispose plus d’aucune place libre, le public en occupant les moindres recoins. Il faut dire que la venue de Bernard Haitink, plus que jamais un monstre sacré de la direction d’orchestre, était attendue pour ne pas dire inespérée. Lors de ses dernières visites parisiennes, en septembre 2009, où il avait dirigé l’Orchestre symphonique de Chicago (voir ici et ici), il était en effet apparu fatigué, devant même tenir la main du premier violon solo à sa descente du podium, visiblement épuisé par l’effort que lui avait coûté l’exécution de la Jupiter. Quelques concerts filmés à Amsterdam ont depuis corroboré cette impression, le chef devant même parfois gagner son estrade à l’aide d’une canne. Aussi est-ce avec joie et soulagement que, ce soir, on le voit fendre l’orchestre d’un pas alerte comme si le seul fait de diriger un ensemble de jeunes musiciens (encore que quelques-uns d’entre eux arborent des cheveux grisonnants) suffisait à lui procurer une certaine cure de jouvence. Le fait est, d’ailleurs, que leur partenariat sera fructueux au cours de l’année 2011 puisque Bernard Haitink les dirigera notamment à Lucerne au cours de quatre concerts exclusivement dédiés à l’œuvre de Johannes Brahms.


Le premier concert de cette brève visite parisienne était pour sa part exclusivement dédié à Ludwig van Beethoven (1770-1827), Bernard Haitink et l’Orchestre de chambre d’Europe entamant là une intégrale des Symphonies qui se terminera en mars 2012. Autant dire que le chef néerlandais est ici en terrain connu, lui qui a encore récemment gravé une intégrale de très haut niveau à la tête de l’Orchestre symphonique de Londres (voir ici): autant dire que, ce soir, il le démontre encore une fois au cours d’une prestation en tous points admirable.


Signe de celui qui n’a plus rien à prouver, Haitink lance son orchestre dans une très belle Ouverture de Fidelio (1814) avec une grande économie de gestes, ne relançant la dynamique que lorsque cela s’avère nécessaire, veillant par exemple à pousser les forte sans que cela n’écrase pour autant l’ensemble. A l’évidence, on constate que le courant passe parfaitement avec les musiciens parmi lesquels se distingue dès à présent une petite harmonie superlative. Cela se confirme avec la Huitième symphonie qui fut, dès sa création, éclipsée par la Septième, sa grande sœur, créée lors du même concert le 27 février 1814. Pourtant, on ne se lasse pas de cette légèreté, de ces timbres subtils et de cette énergie débordante. Autant de caractéristiques que Bernard Haitink fait magnifiquement ressortir: la fin du premier mouvement provoque des frissons dans le dos des spectateurs avant que ceux-ci ne se laissent emporter par les accents patauds du deuxième mouvement. Le troisième donne l’occasion d’admirer les vents où brillent notamment les français Romain Guyot (clarinette) et François Leleux (hautbois), sans oublier les cors et les bassons. En outre, il s’agit certainement du passage où l’on peut le mieux savourer la subtile direction de Haitink, la main droite tenant une baguette qui sait être directive sans être brutale pour autant, la main gauche invitant pour sa part les musiciens à entrer en scène en même temps qu’elle semble les couver et les protéger. L’Allegro vivace final se conclut par des salves d’applaudissements qui confirment les affinités de Bernard Haitink avec cette symphonie, qu’il avait déjà particulièrement réussie dans son intégrale gravée en 2005 et 2006 avec l’Orchestre symphonique de Londres.


La seconde partie du concert était consacrée à la Cinquième symphonie. Là encore, l’interprétation ne peut qu’être saluée tant l’orchestre fut idéal et la conception de Haitink pleine d’intelligence, délivrant ainsi une vision riche et naturelle à la fois d’une œuvre où même les meilleurs, comme ce fut le cas il y a quelques semaines pour le Philharmonique de Vienne, peuvent se casser les dents (voir ici). Tout en puissance (même si l’on peut regretter que le tempo soit un peu trop retenu), l’Allegro con brio bénéficie là encore d’un François Leleux au sommet, exemple parmi d’autres de musiciens dans un très grand soir. Le deuxième mouvement est peut-être le plus réussi, servi par une cohésion de cordes absolument souveraine, dirigé sans alanguissement par un Bernard Haitink toujours aussi impressionnant. Les deux derniers mouvements auraient peut-être mérité d’être pris un peu plus rapidement mais ils n’en furent pas moins superbes, la verve des cuivres répondant à l’incroyable élan des cordes.


Dès le deuxième rappel, c’est donc une Salle Pleyel enthousiaste et visiblement émue qui se leva pour saluer en Bernard Haitink (souriant et ne semblant pas éprouver la moindre fatigue) un des plus grands représentants actuels de l’art de diriger un orchestre. Ces moments-là sont précieux: chacun sait donc ce qui lui reste à faire en mars 2012...


Le site de l’Orchestre de chambre d’Europe



Sébastien Gauthier

 

 

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