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Une bougie supplémentaire pour un anniversaire inaperçu

Paris
Théâtre des Champs-Elysées
10/11/2010 -  et 13 (Venezia), 15 (Roma) octobre 2010
Luigi Cherubini : Lodoïska

Nathalie Manfrino (Lodoïska), Hjördis Thébault (Lysinka), Sébastien Guèze (Floreski), Philippe Do (Titzikan), Armando Noguera (Varbel), Pierre-Yves Pruvot (Dourlinski), Alain Buet (Altamar), Pierre Virly (un Tartare, premier émissaire), Antonio Guirao (deuxième émissaire), Cyrille Gautreau (un Tartare, troisième émissaire)
Les Éléments, Joël Suhubiette (directeur artistique), Le Cercle de l’Harmonie, Julien Chauvin (premier violon), Jérémie Rhorer (direction)


J. Rhorer (© Alix Laveau)



Lodoïska: oui, mais laquelle En effet, si celle de Luigi Cherubini (1760-1842) a été créée le 18 juillet 1791 au Théâtre Feydeau, inauguré en janvier de la même année (lieu également connu sous le nom de Théâtre de la rue Feydeau, qui succédait ainsi au Théâtre de Monsieur), une autre Lodoïska fut donnée quinze jours plus tard, composition de Rodolphe Kreutzer (1766-1831) cette fois-ci. Cette dernière œuvre ne connut aucune suite, un journal de l’époque ayant même reproché à Kreutzer de n’avoir fait que «du bruit quand il faut peindre les passions»; celle de Cherubini fut au contraire un grand succès au point que l’ouvrage fut représenté à plus de deux cents reprises dans les années qui suivirent. L’opéra tomba néanmoins dans un relatif oubli jusqu’à ce que Riccardo Muti, ardent défenseur de Cherubini, n’enregistre l’œuvre en concert pour les micros de Sony avec les forces de La Scala, en février 1991. Par la suite, le public parisien put seulement apprécier l’ouverture de l’opéra, là encore dirigée par Muti à la tête de l’Orchestre national de France en janvier 2004, au Théâtre des Champs-Elysées. Mais point d’intégrale pour autant sur les scènes de la capitale!


Il est vrai que l’intrigue peut prêter à sourire, mêlant héroïsme et scènes de cœur, loufoquerie et drame véritable. Construit sur un livret de Claude-François Fillette-Loreaux, qui a ainsi adapté le roman picaresque Les Amours du chevalier de Faublas d’un certain Jean-Baptiste Louvert de Couvray, cette comédie héroïque en trois actes est la première incursion de Luigi Cherubini dans l’opéra comique où les parties chantées alternent avec les dialogues parlés et non les habituels récitatifs accompagnés d’une basse continue. Alors que des Tartares conduits par Titzikan souhaitent renverser le baron Dourlinski, seigneur sanguinaire qui a dévasté leur pays, le jeune comte Floreski, accompagné de son fidèle écuyer Varbel, approche également de la demeure de Dourlinski alors qu’il est à la recherche de sa bien aimée Lodoïska. Après s’être trouvés nez à nez et avoir échangé quelques coups d’épée, Floreski et Titzikan décident de s’allier contre le tyran; fruit du hasard, Floreski reçoit une pierre, lancée d’une des tours du château, à laquelle est attaché un message, message naturellement signé «Lodoïska». Le baron Dourlinski qui, subjugué par sa beauté, souhaite épouser Lodoïska, fait entrer Floreski et Varbel dans son château: les deux compagnons, mentant sur leur véritable motivation, demandent l’hospitalité pour la nuit. Après avoir failli être empoisonnés par les sbires du tyran, Floreski et Varbel finissent par révéler leur identité et leur dessein à Dourlinski, qui les emprisonne et s’empresse de faire connaître cette arrestation à Lodoïska. Prise au piège, la jeune femme accepte d’épouser Dourlinski en échange de la liberté de Floreski mais elle planifie secrètement de se suicider par la suite. Alors que les jeunes amants se lamentent sur le sort qui les attend, les Tartares, conduits par Titzikan, prennent d’assaut le château de Dourlinski, le tuent et, fin heureuse, permettent ainsi à Lodoïska de vivre pleinement son amour avec Floreski.


Représenté en version de concert, Lodoïska fut, ce soir, servi par une équipe de jeunes chanteurs, mis à part Alain Buet qui n’a pas pour autant atteint un âge canonique... Indéniablement, Lodoïska est avant tout un opéra d’hommes! Il faut en effet attendre plus de trois quarts d’heure pour que la voix de l’héroïne, première femme à apparaître, se fasse enfin entendre. En outre, les ressorts de l’action relèvent essentiellement de l’héroïsme et du registre guerrier. Si Sébastien Guèze campe un très bon Floreski (notamment dans le magnifique quatuor du premier acte «Etrangers, n’ayez point d’alarmes» ou dans son air héroïque «Rien n’égale sa barbarie», à l’acte II), Armando Noguera un honnête Varbel (on retiendra, parmi ses rares interventions, son duo avec Floreski «Qu’un tendron à ma guise, Qu’amour me conduise», à l’acte I), on retiendra surtout les trois autres voix masculines. Alain Buet sait donner la théâtralité nécessaire à ses interventions (là aussi relativement rares) lorsqu’il incarne le cruel Altamar, bras droit et serviteur zélé du tyran Dourlinski. Ce dernier est incarné par Pierre-Yves Pruvot: autant dire qu’il est excellent! Ombrageux, sanguinaire dans les propos et les attitudes, Pruvot chante avec une incroyable facilité, servi par une voix puissante et colorée: la verve avec laquelle il entame le quatuor «Non, non, perdez cette espérance» à l’acte II est parfaitement illustrative d’un chanteur qui connaît parfaitement ce répertoire (voir ici). Enfin, Philippe Do montre de nouveau qu’il est un excellent ténor, chantant avec générosité même si l’on peut regretter un certain manque de puissance, sa voix se voyant parfois couverte par l’orchestre (notamment dans un de ses premiers airs de l’acte I, «Triomphons avec noblesse»).




Quant aux voix féminines, il faut hélas passer rapidement sur celle de Hjördis Thébault, le personnage de Lysinka ne chantant qu’à deux reprises, au surplus au sein d’ensembles vocaux. Nathalie Manfrino incarne une belle et fragile Lodoïska; si sa voix manque de projection, rendant ainsi son propos parfois délicat à comprendre, elle interprète tout de même avec une grande beauté ses airs, à commencer par les magnifiques «Hélas! Dans ce cruel asile!» (acte II) et «Tournez sur moi cette colère» (acte III). Les interventions des seuls membres masculins des Eléments, encore une fois très bien préparés par Joël Suhubiette, sont au diapason de l’atmosphère de l’œuvre. Soulignons également la belle participation de trois de ses solistes, Pierre Virly, Antonio Guirao et Cyrille Gautreau, également invités à saluer le public à la fin de la représentation.


Au XIXe siècle, un critique, Auguste Thurner, avait pu écrire que Lodoïska était une œuvre au style «plutôt instrumental que vocal (…) Cherubini est déjà tout entier dans certaines pages de cette partition; ce style châtié, ce partage égal (…) entre chaque partie de l’orchestre, cette pureté suprême de la phrase, cette exquise pondération, si l’on peut s’exprimer ainsi, entre la mélodie et l’accompagnement, qui ont placé ce maître si haut. Toutes ces qualités foisonnent dans sa Lodoïska» (Les Transformations de l’Opéra-comique, 1865). Il est vrai que la partition orchestrale est de très haut niveau, enfiévrée comme elle doit l’être, alternant moments de bravoure et douce musique propre à exalter les sentiments. Les musiciens du Cercle de l’Harmonie (avec un Julien Chauvin plus impliqué que jamais!) sont superbes et ce ne seront pas quelques rares anicroches (au début du quatuor final «Floreski! Floreski!» à l’acte I) qui effaceront cette impression d’ensemble. Les bois, d’une dextérité à toute épreuve, secondent parfaitement de très belles cordes, rehaussées en outre par des cuivres triomphants (quatre cors, deux trompettes et un trombone, ce dernier requis pour la fin de l’œuvre). Très à son affaire, Jérémie Rhorer conduit l’ensemble avec une passion, une énergie et une attention infaillibles: il est sans nul doute le principal artisan d’une très belle soirée qui aura permis de fêter à son tour le deux cent cinquantième anniversaire de la naissance de Luigi Cherubini, malheureusement trop discret.


Le site de Nathalie Manfrino
Le site de Hjördis Thébault
Le site de Sébastien Guèze
Le site de Philippe Do
Le site de Pierre-Yves Pruvot
Le site de l’ensemble Les Eléments
Le site du Cercle de l’Harmonie



Sébastien Gauthier

 

 

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