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Un plaisir de gourmet

Paris
Opéra-Comique
03/15/2010 -  et 17, 19, 21 mars 2010
André Ernest Modeste Grétry : L’Amant jaloux ou les Fausses Apparences
Magali Léger (Léonore), Daphné Touchais (Isabelle), Maryline Fallot (Jacinte), Brad Cooper (Don Alonze), Frédéric Antoun (Florival), Vincent Billier (Don Lopez)
Le Cercle de l’Harmonie, Jérémie Rhorer/Atsushi Sakaï* (direction)
Pierre-Emmanuel Rousseau (mise en scène)


(© Pierre Grosbois)


Andromaque ressuscité par Hervé Niquet, La Fausse Magie exhumé par Jérôme Corréas, L’Amant jaloux réhabilité par Jérémie Rhorer : Grétry (1741-1813) revient en force, sans même que l’année prête à commémoration. Aussi prisé de Marie-Antoinette que de Napoléon, il incarna l’opéra-comique français, ouvrant la voie à Boieldieu et à Auber, passant à la postérité grâce à ce Richard Cœur-de-Lion : un air en revient même aux lèvres de la Comtesse de La Dame de pique lorsqu’elle évoque ses souvenirs français. La gloire du musicien liégeois franchit les frontières de l’Europe et l’on ne peut s’abstenir de penser, à voir L’Amant jaloux salle Favart, que Mozart s’en souvint un peu dans Les Noces de Figaro. Cette élégance dans la mélodie, cette finesse dans la caractérisation, ce libre usage des codes de l’époque, cet art des couleurs… Sans compter que cette histoire de jalousie s’achève - de façon heureuse, évidemment - dans le pavillon d’un jardin où l’on prend une femme pour une autre… De quoi justifier - mutatis mutandis - son surnom de « Mozart français », même si le Salzbourgeois, au moment de la création à Versailles, en novembre 1778, de la « comédie mêlée d’ariettes », avait quitté Paris depuis deux mois.


Coproduit avec le Centre baroque de Versailles, d’abord présenté au Théâtre royal en novembre, cet Amant jaloux procure un plaisir de gourmet. Non qu’on y entende des voix d’exception - L’Amant jaloux ne les appelle pas. Maryline Fallot attend d’avoir chanté son air d’entrée pour trouver ses marques en soubrette complice. On pourrait juger un peu timide l’Isabelle de Daphné Touchais. Facétieuse et sensible Léonore, la délicieuse Magali Léger, si elle vocalise bien, peine un peu lorsque la tessiture se tend. Mais Frédéric Antoun est parfait, avec son joli timbre et sa ligne raffinée, notamment dans la sérénade du deuxième acte. Brad Cooper fait oublier son accent par un style élégant et Vincent Billier ne force pas le trait en Don Lopez, dont il possède naturellement les graves. Ils forment surtout un ensemble homogène, dirigé avec autant de finesse que de verve par Atsushi Sakaï, l’assistant de Jérémie Rhorer, à la tête d’un Cercle de l’Harmonie aux timbres frais. Pierre-Emmanuel Rousseau fait évoluer son petit monde, qui joue fort bien, dans un décor XVIIIe de Thibaut Welchlin, où le jardin a un côté Watteau. Fidèle à l’esprit de la musique et du temps, le metteur en scène ne fait pas dire aux notes et aux mots ce qu’ils ne disent pas, ne revisitant pas la fête galante à la lumière mélancolique de Verlaine : jouant plutôt, sans appuyer, sur le registre de la gaité badine, il vise plutôt à ressusciter un monde qu’engloutira la tourmente révolutionnaire.


Il n’en fallait pas plus pour oublier le ratage de Béatrice et Bénédict.



Didier van Moere

 

 

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