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La Renarde prend la Bastille

Paris
Opéra Bastille
10/13/2008 -  et les 18, 19, 23, 26 octobre, 4, 7, 9 & 12 novembre
Leos Janácek : La Petite Renarde rusée
Jukka Rasilainen (le Garde-chasse), Michèle Lagrange (Sa femme/la Chouette), David Kuebler (l’Instituteur), Roland Bracht (le Prêtre), Paul Gay (Harašta), Ellena Tsallagova (la Renarde), Hannah Esther Minutillo (le Renard), Nicolas Marie (l’Aubergiste)
Orchestre, Chœurs, Atelier lyrique, Chœur d’enfants de l’Opéra National de Paris, Maîtrise des Hauts-de-Seine, Dennis Russell Davies (direction)
André Engel (mise en scène)


(© B. Uhlig/Opéra national de Paris)


Perdue à Bastille, la Petite Renarde ? Oui, les voix ont peine à passer, mais seul l’Opéra Bastille peut techniquement assurer des changements de décors rapides. Cela dit, la production n’est nouvelle que dans la mesure où l’on n’a jamais fait à la Renarde les honneurs de l’Opéra de Paris. En réalité, André Engel l’a inaugurée à l’Opéra de Lyon en avril 2000, avant de la présenter deux ans plus tard au Théâtre des Champs-Elysées. Elle n’a en tout cas rien perdu de sa fraîcheur et de son humour colorés, notamment avec ces poules qui sont de vraies « poules » et un coq qui est un vrai maquereau. Le metteur en scène excelle à faire osciller la frontière entre les animaux et les hommes, comme si le Garde-chasse formait plus un couple avec la Renarde qu’avec sa mégère de femme. Manquent toujours un peu le panthéisme, le mystère de la nature et de la forêt, malgré ce champ de tournesols, antithèse de la ferme bétonnée du Garde-chasse. Il est vrai que cette nature subit des violences, comme en témoignent le rail et les deux poteaux télégraphiques. Mais si la Renarde meurt dans la neige de l’hiver, dans une nature morte, celle-ci renaîtra et tout le monde disparaîtra, à la fin, dans le champ de tournesols. Le lien n’est donc pas totalement rompu. La réussite du spectacle tient aussi à la direction d’acteurs, qui, s’agissant du monde animal, restitue avec finesse une certaine naïveté sans tomber dans le ridicule.


Dennis Russell Davies imprime un rythme à la représentation, là où guette la tentation du décousu, comme toujours chez Janácek – on vérifie ici l’intérêt de changements de décors rapides. La direction est à la fois acérée, analytique, et d’un lyrisme opulent – il y a parfois un côté Richard Strauss chez Janácek. On sent aussi que l’Orchestre de l’Opéra, depuis l’arrivée de Gérard Mortier, a régulièrement fréquenté le compositeur tchèque : il trouve mieux ses couleurs que celles de Smetana. La distribution se signale surtout par son homogénéité, chacun semblant s’efforcer de se fondre dans l’ensemble plus que de se distinguer, au risque de se montrer presque timide dans la caractérisation : on a connu David Kuebler ou Roland Bracht plus présents. Mais Jukka Rasilainen, à la fin, ne manque pas de noblesse, Hannah Esther Minutillo, plus à l’aise que certains rôles moins aigus, a de la présence en Renard. Elena Tsallagova, cependant, les domine tous, Renarde bondissante, petite peste délurée et rebelle, tendre et sensuelle aussi, au timbre rond et fruité, que Janáček aurait certainement aimée.


L’occasion aussi de savourer le texte de Rudolf Tésnohlídek, d’où le compositeur a tiré son livret, publié par Fayard en 2006 dans une excellente traduction illustrée. Et de le faire savourer à vos enfants, que vous pouvez, s’ils ont moins de quatorze ans, emmener gratuitement à Bastille les 26 et 29 octobre, ou le 4 novembre, jour où le spectacle est retransmis en direct sur Internet.



Didier van Moere

 

 

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