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Une hirondelle ne fait pas le printemps

Paris
Salle Pleyel
09/12/2007 -  et 13 septembre 2007
Ludwig van Beethoven : Fantaisie pour piano, chœur et orchestre, opus 80 – Concerto pour piano n° 1, opus 15
Piotr Ilyitch Tchaïkovski : Symphonie n° 4, opus 36

Lang Lang (piano)
Chœur de l’Orchestre de Paris, Didier Bouture et Geoffroy Jourdain (chefs de chœur), Orchestre de Paris, Christoph Eschenbach (direction)


La rentrée de l’Orchestre de Paris a débuté… par un long solo de piano, celui qui ouvre la Fantaisie chorale (1808) de Beethoven. Car, comme en 2005 (voir ici), Lang Lang, adoubé de longue date par le directeur musical, Christoph Eschenbach, était la vedette de ce premier concert, honneur d’autant plus insigne qu’il inaugurait ainsi la saison du quarantième anniversaire de la formation fondée par Charles Münch (et le cent quatre-vingtième de son prédécesseur, la Société des concerts du Conservatoire), qui sera célébré par une journée exceptionnelle, le 20 décembre prochain.


Comme de coutume, grands chefs (Belohlavek, A. Davis, Gergiev, Janowski, Tate, …) et solistes (Barenboim, Freire, Gutman, Ma, Mattila, Repin, Tetzlaff, …) se succéderont d’ici le 28 mai, pour l’essentiel à Pleyel, où l’orchestre est en résidence. La programmation s’articule autour de deux axes principaux: les Slaves, tout spécialement les Russes, y compris au travers d’un cycle de cinq sessions de musique de chambre au Musée d’Orsay et à la Sorbonne au premier trimestre 2008, puis d’une soirée proposée par le Chœur en juin; la musique contemporaine, principalement avec quatre concerts autour de Boulez, mais aussi une «carte blanche» accordée à Dutilleux et un programme Saariaho.


Pour le reste, le répertoire traditionnel dominera, mais quelques moment plus rares doivent être signalés, s’agissant tant des compositeurs – Gerald Hugh Tyrwhitt-Wilson, alias Lord Berners (1883-1950), avec son ballet Le Triomphe de Neptune, et l’Estonien Eduard Tubin (1905-1982), dont ce sera (enfin) l’occasion d’entendre dans la capitale l’une des onze Symphonies (la Cinquième) – que des œuvres: deux très belles symphonies en mi bémol – celle de Mahler, la Huitième, dont les «mille» exécutants seront rassemblés au Palais omnisports de Bercy, mais aussi celle de Hindemith – et le Concertino pour piano de Szpilmann, dont la tragique destinée inspira le roman et le film Le Pianiste. Enfin, les musiciens descendront dans la fosse à deux reprises, d’abord à Favart pour Roméo et Juliette de Dusapin, puis au Théâtre des Champs-Elysées pour Falstaff.


En attendant ces diverses réjouissances, il fallait en passer par Lang Lang, d’abord dans une Fantaisie chorale pas toujours subtile, et même trop souvent martelée – mais au moins une Fantaisie sied-elle à ses sautes d’humeur et à ses caprices. Et le trublion laisse même s’exprimer avec simplicité les instants de poésie précédant les fanfares préalables à l’entrée du chœur, qui, quant à lui, chante en tutti les parties habituellement confiées à un quatuor soliste… et reste dans les tribunes pour écouter le Premier concerto (1796).


Le jeune Chinois vient de l’enregistrer avec Eschenbach, un disque qui marque en même temps le retour de l’Orchestre de Paris chez Deutsche Grammophon et qui comporte par ailleurs le Quatrième concerto, dont le pianiste avait donné une interprétation calamiteuse voici trois ans à Mogador (voir ici). Le Premier, quant à lui, est cher au cœur d’Eschenbach, qui l’a gravé avec Karajan en 1966, l’a joué avec l’Orchestre de Paris dès 1971 et, remplaçant Martha Argerich, l’a dirigé du clavier en mai 2001.


Malgré toutes les craintes que pouvait inspirer sa venue, Lang Lang surprend, une fois n’est pas coutume, par une prestation d’excellent aloi, pas tant d’un point de vue technique que dans l’esprit. Il vaut certes mieux l’écouter les yeux fermés, car il confirme sa capacité à assurer le spectacle à lui seul, chantant avec les choristes dans la Fantaisie, faisant mine de conduire l’orchestre dans les tutti, commentant d’une main le phrasé délivré par l’autre et se livrant à des mimiques horripilantes. Cela étant, il donne l’impression d’avoir canalisé certains débordements qui défiguraient son jeu, de telle sorte qu’il est réconfortant de constater que sa virtuosité est désormais utilisée à bon escient: son jeu a acquis en profondeur, en couleur, en mise en valeur des différentes voix, sans pour autant brider sa manière bien à lui de faire des étincelles. Nonobstant quelques foucades contestables, en particulier dans le Rondo final, force est de reconnaître qu’on ne l’attendait pas nécessairement à un tel niveau de concentration et d’inspiration, comme dans le Largo central.


Maturation d’un artiste qui a fêté ses vingt-cinq ans en juin dernier? Hélas, une hirondelle ne fait pas le printemps, car il offre en bis un aberrant Troisième nocturne (1850) de Liszt: rien d’un Rêve d’amour, mais un cauchemar qui vient tout gâcher, sans cesse au bord de la pâmoison, accumulant les libertés avec le texte et les inflexions de mauvais goût.


En seconde partie, la Quatrième symphonie (1877) de Tchaïkovski vient rappeler que la saison sera notamment placée sous le signe de la musique slave. Pas sous son meilleur jour dans Beethoven, l’orchestre retrouve sa cohésion et sa précision coutumières: Eschenbach peut ainsi se contenter de diriger par des mouvements de la tête et des épaules la reprise du périlleux Pizzicato ostinato. Mais ses tempi globalement lents, souvent fluctuants, et son approche monumentale, voire massive, ne convainquent pas. Les bois par quatre y sont peut-être pour quelque chose, encore que tous les chefs de pupitres ainsi réunis font plaisir à voir, mais même si Tchaïkovski s’était rendu l’année précédente aux premières représentations de Bayreuth, ces textures parfois wagnériennes, pas nécessairement dans le bon sens du terme, surprennent, d’autant que s’y joint, dans un mélange assez curieux, une touche de préciosité.


Le site de l’Orchestre de Paris
Le site de Christoph Eschenbach
Le site de Lang Lang



Simon Corley

 

 

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