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La guerre et le pardon

Paris
Opéra Bastille
04/03/2006 -  et 7, 10, 12, 15, 18 avril 2006
Kaija Saariaho : Adriana Mater
Patricia Bardon (Adriana), Solveig Kringelborn (Refka), Stephen Milling (Tsargo), Gordon Gietz (Yonas)
Orchestre et Choeurs de l’Opéra national de Paris, Esa-Pekka Salonen (direction)
Peter Sellars (mise en scène)


Après une première collaboration en 2000 avec L’Amour de loin, la compositrice finlandaise Kaija Saariaho (née en 1952) et l’écrivain libanais Amin Maalouf (né en 1949) sont de nouveau réunis pour une création lyrique, Adriana Mater. Initiateur de leur rencontre lors du Festival de Salzbourg, Gérard Mortier retrouve une équipe qui confirme tout son talent pour une création qui fera date.


Sachant à la fois aborder des thèmes nouveaux et maintenir une constante tension dramatique, le livret (en français) d’Amin Maalouf constitue une incontestable réussite. Dans un pays en guerre civile, une femme, Adriana, se fait violer, par un homme de son propre camp. Sa sœur lui conseille d’avorter, Adriana hésite : son enfant sera-t-il celui de la haine (le fils de son père, un combattant sans foi ni loi) ou celui de l’amour ? Elle décide de le garder. Retour dix-huit ans plus tard dans la deuxième partie, le fils, Yonas, apprend qu’il est l’enfant d’un viol et veut tuer son père. Face à lui, finalement, il abandonne et s’enfuit. Revenant vers sa mère, il lui dit qu’il est un lâche, elle le rassure : s’il l’avait tué, il se serait comporté comme son père, comme un meurtrier, «nous ne sommes pas vengés, mais nous sommes sauvés», l’amour a triomphé de la mort, le pardon de la vengeance. Une thématique contemporaine qui parle de la maternité, défend une femme qui refuse l’avortement, fait intervenir le viol et la guerre civile comme moteur de l’action, pour une fin basée sur les valeurs de l’amour et du pardon. Un message universel.


L’orchestre de Kaija Saariaho ne ressemble à nul autre : atmosphère versatile de timbres, nappes sonores transpercées d’événements sonores, flux musical ininterrompu tour à tour dense ou éthéré, approche spectrale mêlée d’éléments thématiques récurrents, ce son enveloppant, maternel pourrait-on dire, fascine. L’écriture vocale, de l’ordre de la déclamation lyrique, s’accorde avec celle de l’orchestre plus en terme de climat que de forme. Par rapport à L’Amour de loin, récemment redonné au Théâtre du Châtelet (lire ici), l’écriture se révèle plus audacieuse, plus riche, moins prévisible, Kaija Saariaho semble avoir trouvé une plénitude et une assurance qui témoignent d’une vraie maturité.


Egalement présent pour L’Amour de loin, le metteur en scène américain Peter Sellars réalise un travail très attentionné, où chaque mouvement est pensé mais semble parfaitement naturel. Village meurtri et grisâtre, le décor de George Tsypin devient par moment lumineux, éclairé de l’intérieur, pour figurer des climats émotionnels ; une idée simple et remarquablement intelligente.


D’une grande proximité artistique avec sa compatriote Kaija Saariaho, Esa-Pekka Salonen sait donner à sa musique la densité et l’aération qu’elle nécessite. La distribution est très correcte, mais elle manque néanmoins d’un peu de puissance de projection pour passer par-dessus un orchestre très fourni, tandis que sa prononciation du français pourrait faire quelques progrès.


La seule fausse note sera finalement venue de l’incompréhensible annulation au dernier moment de la première du jeudi 30 mars, rejetant sur le pavé le public et des dizaines de journalistes se déplaçant parfois de fort loin. Pour une soi-disant «grève en soutien au mouvement des intermittents du spectacle», une poignée d’imbéciles dénués de toute conscience professionnelle - il n’y a pas d’autres mots - aura gâché cet événement. L’enthousiasme unanime du public lors de cette première soirée rachète cependant cette amertume, allez voir Adriana Mater, vous ne le regretterez pas !





Philippe Herlin

 

 

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