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Kaléidoscope

Paris
Théâtre des Champs-Elysées
01/06/2004 -  
Serge Kaufmann : Intrada «Parade Klezmer» (création)
Charles Gounod : Petite symphonie pour instruments à vent
Piotr Ilyich Tchaïkovski : Variations sur un thème rococo, opus 33 – Sérénade pour cordes, opus 48
Chan Hin-Yang : Madame Cadavre

Marina Chiche (violon), Alexandre Kniazev (violoncelle)
Ensemble orchestral de Paris, John Nelson (direction)


Dans un Théâtre des Champs-Elysées hélas trop peu rempli en ces lendemains de fêtes, l’Ensemble orchestral de Paris et son directeur musical, John Nelson, proposaient un programme que l’on pouvait difficilement qualifier autrement que de kaléidoscopique: si les œuvres paraissaient en effet dépourvues de liens entre elles (sinon éventuellement la référence baroque dans celles de Tchaïkovski), cela ne les a nullement empêché pour autant de briller l’une après l’autre au fur et à mesure du déroulement de la soirée.


Comme de coutume au cours de cette saison de l’Ensemble orchestral, une brève Intrada avait été commandée par Musique nouvelle en liberté pour ouvrir le concert: sous-titrée Parade klezmer, la pièce de Serge Kaufmann (né en 1930) fait appel à une petite formation (bois, cors et trompettes par deux, contrebasse et percussion) et met l’accent, de manière à la fois plaisante et immédiatement reconnaissable, sur l’esprit de moquerie, voire d’autodérision qui est le propre de cette musique juive d’Europe centrale et orientale.


Composée pour un effectif comparable (une flûte, autres bois et cors par deux), la Petite symphonie pour instruments à vent (1888) de Gounod manque de rebond dans les mouvements extrêmes, mais jamais d’esprit, les meilleurs moments étant l’Andante cantabile, servi par l’admirable flûtiste qu’est Clara Novakova, puis le Scherzo, mordant à souhait.


Annoncé dans le Premier concerto de Chostakovitch, Alexander Kniazev s’est finalement contenté des Variations sur un thème rococo (1876) de Tchaïkovski. Fort de moyens techniques évidents ainsi que d’une sonorité puissante et chaude, même s’il est un peu malheureux dans ses harmoniques, le violoncelliste russe aborde cette partition virtuose de façon résolument spectaculaire, avec d’importants contrastes de nuances et une tendance à transformer en glissando le portamento, voire le legato. Le propos justifie sans doute un tel parti pris extérieur – accompagné de grommellements, ahanements et soupirs divers – d’autant que l’interprétation n’est pas toujours dépourvue d’intériorité: le soliste montre qu’il sait aussi installer un climat expressif, que ce soit dans l’ultime variation lente ou, en bis, dans l’Andante cantabile du Premier quatuor, dans l’arrangement pour violoncelle et orchestre à cordes qu’en publia le compositeur lui-même.


Donné dans le cadre de l’année de la Chine en France, Madame Cadavre (2001) de Chan Hing-Yan (né en 1963) trouve sa source (et son titre énigmatique) dans un long roman chinois du XVIe siècle, dont le personnage principal rencontre, au détour d’une pérégrination picaresque, Madame Cadavre, un être qui prend tour à tour la forme d’une jeune fille, d’une vieille femme et d’un vieillard. Le compositeur retrace cet épisode dans cinq courts morceaux (enchaînés) pour violon et petit orchestre, d’une durée d’un quart d’heure et formant une structure en arche: les trois parties impaires correspondent aux incarnations successives de Madame Cadavre, tandis que les deux parties paires intercalées s’attachent à deux autres figures du roman (un singe fantastique et un porc glouton). A l’image de l’action qu’elle entend évoquer, la musique est instable, changeante, ludique, précieuse et distanciée. Habile, pleine d’effets orchestraux, délibérément fragmentaire et refusant tout développement, cette manière finirait peut-être par lasser si la partie soliste n’était pas défendue avec une indéniable autorité par la jeune Marina Chiche (vingt-deux ans).


John Nelson conclut en dirigeant la Sérénade pour cordes (1880) de Tchaïkovski: de haute tenue, toujours convaincante, servie par un orchestre en bonne forme, son approche se veut mobile, expansive et directe, sans excès de pathos, vigoureuse et même rustique dans l’Allegro con spirito final. L’enthousiasme compense en grande partie l’impossibilité, avec un effectif de trente cordes, de rendre justice au souhait du compositeur de disposer du plus grand nombre possible d’instrumentistes.



Simon Corley

 

 

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