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Une Mer au bulldozer

Vienna
Konzerthaus
10/22/2026 -  et 15, 16 (Hamburg), 21 (Budapest) octobre 2026
Johannes Brahms : Concerto pour piano n° 2, opus 83
Claude Debussy : La Mer
Maurice Ravel : Daphnis et Chloé : Suite d’orchestre n° 2

Leif Ove Andsnes (piano)
NDR Elbphilharmonie Orchester, Alan Gilbert (direction)


L. O. Andsnes (© Helge Hansen)


Et si la star de la soirée, dont le nom bruissait dans les rangs du public, était le nouveau Steinway D‑274, numéro 532, que le pianiste Leif Ove Andsnes s’apprêtait à inaugurer ? Un véritable test pour affronter l’orchestre dans ce Second Concerto de Brahms, Alan Gilbert sollicitant de sa formation une lecture massive, au ton péremptoire, rauque, parfois martial, portée par des basses charnelles. De fait, aucun problème d’équilibre à déplorer : le soliste lutte à armes égales avec l’orchestre en termes de volume et d’intégration, son agogique reposant davantage sur la précision de l’articulation et le raffinement de l’accentuation que sur la variété des coloris. Si les problèmes de balance sont inexistants, la vision pesante et complaisante que le chef américain imprime à la partition suscite en revanche des réserves. Pourquoi pas, certes, une opposition entre un piano plutôt clair, dégraissé, et un orchestre ronflant, où s’impose le poids de chaque pupitre ? Le manque d’élan peine cependant à rassembler des éléments disparates, chaque phrase semblant interrompre ce qu’avait amorcé la précédente. Une succession de moments magiques (la transition qui amène la réexposition du premier mouvement) et de passages au goût douteux (les solos orchestraux larmoyants de l’Andante) ne suffit guère à composer une interprétation satisfaisante. Les quelques minutes de bis que le pianiste consacre à un rare Impromptu de Sibelius contiennent finalement davantage de subtilités musicales que les quarante‑cinq minutes du concerto qui précède.


La musique française de la seconde partie s’inscrit dans une veine similaire. Dans Debussy, une pâte orchestrale aux colorations très travaillées et particulièrement sonores évoque, dans ses meilleurs moments, Stravinsky et, dans les moins convaincants, Gustav Holst. Les qualités analytiques d’Alan Gilbert permettent certes de maintenir une parfaite lisibilité, malgré une hiérarchisation peu conventionnelle des plans sonores, l’œuvre se transformant occasionnellement en concerto pour harpes et jeux de timbres. En fin de compte, voici une Mer qui manque de profondeur, bien plus terrienne que fluide, plus hollywoodienne qu’évocatrice. Ravel s’accommode généralement mieux de cette approche : la dimension de conte merveilleux de Daphnis et Chloé bénéficie du fourmillement des cordes et du brame des vents. Mais les musiciens se laissent hélas rapidement emporter par la tentation de fortissimos spectaculaires et pachydermiques. Dommage, car cette évidente maîtrise des timbres et des textures aurait pu servir une tout autre vision musicale.



Dimitri Finker

 

 

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