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Carte blanche à George Benjamin Paris Cité de la musique 10/23/2026 - Julian Anderson : Eden (Hommage à Brancusi)
Dieter Ammann : Concerto pour alto « no templates »
Unsuk Chin : Concerto pour piano et orchestre
George Benjamin : Concerto pour orchestre John Stulz (alto), Chisato Taniguchi (piano)
Ensemble intercontemporain, Orchestre du Conservatoire de Paris, NEXT, Sir George Benjamin (direction)
 G. Benjamin (© Chris Christodoulou)
A la tête des jeunes talents de l’Ensemble NEXT et du Conservatoire de Paris encadrés par des membres de l’Ensemble intercontemporain, George Benjamin (né en 1960) a conçu lui‑même le programme de ce très beau concert.
Avec ses seize minutes de musique, le Concerto pour orchestre (2021), créé dans le cadre des Prom’s, est plus long que celui de Paul Hindemith (l’un des premiers du genre) mais plus court que celui d’Elliott Carter, dont feu Oliver Knussen (à qui Benjamin a dédié sa partition) a su comme personne (Boulez ?) magnifier les structures complexes. Pour foisonnante qu’elle soit, l’œuvre – soumise presqu’intégralement à un tempo unique – évite cependant l’exubérance. Des passages d’un étonnant statisme, entrecoupés de césures plus ou moins marquées, laissent place ailleurs à d’ondoyantes combinaisons instrumentales et solos (tuba très présent) sans que les textures ne perdent en lisibilité. On admire la mise en place impeccable du chef‑compositeur, lequel avait à l’oreille la virtuosité de l’Orchestre de chambre Mahler.
Auprès d’une musique aussi tenue, « no templates » (« Sans modèle ») de Dieter Ammann (né en 1962) semble suivre une trame plus sibylline, quitte à se perdre en digressions. On ne saurait pourtant soupçonner le Suisse d’avoir troussé son vaste (plus d’une demi‑heure) concerto pour alto trop vite – le travail de composition s’étendit de 2020 à 2024. Des zones tonales sujettes à « divers états d’(in)stabilités », associées à tout un réseau de liens avec l’instrument soliste, façonnent une dramaturgie chargée de tensions internes. On songe à certaines œuvres de Wolfgang Rihm, où des moments d’euphonie se voient abruptement défigurés par d’âpres dissonances. John Stulz nous bouleverse par son art de la cantilène susurrée (cadence évoquant Schubert), sa faculté à se fondre dans la masse tout en préservant son individualité. En dépit des velléités d’animer le discours par des pulsations minimalistes (percussions), le ton général demeure davantage élégiaque que conflictuel. Les « accords [...], similaires dans leur structure, s’inscrivent dans le cadre du tempérament égal », précise Ammann.
Julian Anderson (né en 1967), quant à lui, recourt « à un système d’accord d’un nouveau genre » fondé « sur des partiels non‑tempérés – le septième, le onzième et le treizième – de la série harmonique ». Afin de préserver une forme de pureté dans l’impureté, les cordes jouent sans vibrato, prenant progressivement possession de l’espace selon la technique du hoquet (plébiscitée en son temps par Ligeti). S’ensuit un continuum fascinant et au rayonnement d’autant plus océanique que les percussions résonantes (cloches) en prolongent les effets. Partie pour s’inscrire dans le temps long, cette pièce ambitieuse dans ses prédicats harmoniques s’évanouira au bout de sept petites minutes. Un état suspensif qu’on rapprochera de la célèbre Colonne sans fin de Brancusi, artiste auquel Eden (2005) entend se référer.
Le Concerto pour piano (1996-1997) d’Unsuk Chin (née en 1961) adjoint vingt‑quatre instruments à percussion. Associées au célesta, à la harpe, à la mandoline et au piano solo, ces percussions définissent une sonorité fondamentale qui varie d’un mouvement à l’autre. Secondé par un George Benjamin entièrement maître de la partition, la japonaise Chisato Taniguchi navigue de manière ludique à travers ces mixtures de timbres, flirtant même avec le jazz au cours de la cadence quasi improvisée du Finale. Une séquence mémorable le précède, où une pédale de fa enfouie dans les graves va servir de fondement à l’édifice musical. Auparavant, un « patchwork sonore » (troisième mouvement), avec ces éclaboussures de clusters que balisent deux accords récurrents en tutti, « piliers structurels qui assurent la cohésion du tout », aura donné l’opportunité à l’ensemble des musiciens de faire valoir leur brio et leur parfaite cohésion.
Jérémie Bigorie
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