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Un Berlioz shakespearien

Paris
Philharmonie
10/21/2026 -  et 22* octobre 2026
Hector Berlioz : Roméo et Juliette, opus 17
Marianne Crebassa (mezzo-soprano), Julien Henric (ténor), Christopher Maltman (basse)
Chœur de l’Orchestre de Paris, Richard Wilberforce (chef de chœur), Orchestre de Paris, Klaus Mäkelä (direction)


(© William Beaucardet)


D’emblée saisissent la violence cinglante des « Combats », la rapidité du tempo aussi, impression ressentie de nouveau quand viendra « Roméo au tombeau ». Klaus Mäkelä pousse la musique de Berlioz dans les derniers retranchements de ses délires : c’est le romantisme des extrêmes, qui ressuscite la puissance du drame shakespearien. Lecture implacable de ce Roméo et Juliette, aux couleurs fortes, où la passion est mise à nu avec une absolue transparence des lignes et des plans. Aucune sécheresse pour autant : « Roméo seul » conserve sa nostalgie, de la « Scène d’amour » surgit l’émotion. Le chef a bien compris, aussi, l’esprit de la « symphonie dramatique », offrant une interprétation très narrative de la partition, dont certains, plus apolliniens, plus exclusivement plastiques, ne retiennent que « symphonie ». Pas de hiatus, du coup, entre les derniers soubresauts de l’Invocation de « Roméo au tombeau » et les pompes du « Final » dignes d’un grand opéra. L’orchestre est virtuose, flamboyant dans la « Grande Fête chez les Capulet », mais subtilement irisé dans « La Reine Mab », où le Finlandais, loin d’estomper les contours, maintient une mobilité facétieuse. Son plus grand mérite, néanmoins, est peut-être de diriger l’œuvre en rythmicien, de quoi donner un éclat particulier à la « Grande fête », un relief singulier à la « Scène d’amour » - on privilégie souvent, chez Berlioz, la couleur plutôt que le rythme, alors qu’il contribue, dès le fugato des premières mesures, à la richesse de l’écheveau polyphonique.


Le concert est le premier des cinquante ans du Chœur de l’Orchestre de Paris, fondé en 1976 par Arthur Oldham. Préparé par Richard Wilberforce, il donne le meilleur de lui-même, d’une remarquable homogénéité, qu’il soit « petit chœur » pour le « Prologue en récitatif choral » ou au complet pour le « Final », grandiose, où il conserve, malgré le nombre, cette exemplaire clarté de ligne qui faisait le prix du recto tono du « Convoi funèbre de Juliette ». Tout s’achève ainsi sur les sommets, notamment grâce au Père Laurence de Christopher Maltman, le Wotan du « Festival Ring » à venir à Bastille, remplaçant au pied levé Jean Teitgen malade. Plus en forme que dans l’enregistrement de John Nelson, le baryton anglais y déploie une noblesse impérieuse, majestueuse presque, vraie voix de l’au-delà, avec une totale maîtrise des canons du style français. Il n’a ainsi rien à envier à Marianne Crebassa, dont le timbre opulent, le grave profond, le phrasé d’école rehaussent les « Strophes », ni à Julien Henric, certes moins gâté par Berlioz, qui plie une voix plus corsée que de coutume aux légèretés mutines du « Scherzetto » de la reine Mab.



Didier van Moere

 

 

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