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Alzira sort de l’ombre et la surprise est de taille !

Parma
Teatro Regio
10/01/2026 -  et 8, 17* octobre 2026
Giuseppe Verdi : Alzira
Marta Torbidoni (Alzira), Antonio Poli (Zamoro), Daniel Luis de Vicente (Gusmano), Alessio Cacciamani (Alvaro), Agostino Subacchi (Ataliba), Erica Cortese (Zuma), Long Ning (Otumbo), Federico Bonghi (Ovando)
Coro del Teatro Regio di Parma, Martino Faggiani (préparation), Filarmonica Arturo Toscanini, James Conlon (direction musicale)
Manuel Renga (mise en scène), Aurelio Colombo (décors, costumes), Emanuele Agliati (lumières), Paola Lattanzi (chorégraphie)


(© Roberto Ricci)


Il y a les Verdi que l’on connaît par cœur et ceux qu’on a condamnés aux oubliettes. Alzira appartient résolument à la seconde catégorie. Huitième opéra du compositeur, créé à Naples en 1845, dans le sillage du succès d’Ernani, cet ouvrage rarissime ouvre le Festival Verdi de Parme avec une question en filigrane : et si le Verdi dont on croit tout savoir avait encore quelques belles surprises en réserve ? La réponse est un oui enthousiaste. Certes, Alzira n’est pas un chef‑d’œuvre injustement méconnu. Mais cette résurrection rappelle opportunément que, même dans les années de galère, lorsqu’il enchaînait les commandes et les partitions, le compositeur de Busseto savait faire jaillir l’étincelle.


Alzira s’inspire d’Alzire ou les Américains, tragédie de Voltaire publiée en 1736. L’action se déroule au Pérou, au temps de la conquête espagnole. Alzira, fille du chef inca Ataliba, aime le guerrier Zamoro, que tous croient mort. Prisonnière des rapports de force entre les peuples, elle se voit promise à Gusmano, gouverneur espagnol, dans l’espoir de rétablir la paix. Mais Zamoro revient, la rivalité amoureuse se transforme en affrontement politique et le drame s’emballe. Capturé, le héros inca échappe à la mort lorsque Gusmano le gracie. La paix semble enfin possible. Au cours de la cérémonie nuptiale, pourtant, Zamoro frappe mortellement son rival. Dans un dernier geste de pardon, Gusmano bénit l’union des deux amants.


L’intrigue mêle ainsi amour contrarié, conquête coloniale, rivalités de pouvoir et réconciliation chrétienne. Une combinaison qui, aujourd’hui, soulève quelques questions, notamment la conversion finale, aussi soudaine que providentielle. Musicalement, en revanche, il y a de quoi se réjouir. Les airs et les duos sont traversés par cette impétuosité qui caractérise le jeune Verdi : lignes vocales tendues vers l’aigu, accents incisifs, rythmes nerveux, confrontations qui s’embrasent en quelques mesures. L’écriture privilégie l’efficacité dramatique plutôt que les raffinements psychologiques des œuvres de maturité. Mais quelle énergie ! Pourquoi, alors, cette longue éclipse ? D’abord parce que Verdi lui‑même ne semblait guère tenir son ouvrage en haute estime. Un jugement sévère, attribué au compositeur, l’aurait même réduit à une formule lapidaire : « E proprio brutta » (« franchement mauvaise »). Il faut aussi reconnaître les limites de la partition. Certains passages restent conventionnels, les personnages ne bénéficient pas tous d’une véritable épaisseur et le drame paraît précipité.


Pour cette résurrection, le metteur en scène Manuel Renga a cherché à dépasser le simple exotisme d’une histoire de conquistadors et d’Incas. Derrière le choc des civilisations se dessine une lutte universelle pour la possession des terres, des richesses, des croyances et des corps. L’or devient le fil rouge de la production, symbole de la cupidité des conquérants, tandis que la terre ravagée rappelle le prix de leur entreprise. La mise en scène s’intéresse aussi à Alzira, femme prise en étau entre deux hommes et instrumentalisée au nom de la paix. Les éclairages sculptent des atmosphères évocatrices ; les costumes jouent avec les époques sans s’enfermer dans la reconstitution historique. Quelques tableaux possèdent une réelle force, notamment lorsque les doubles des protagonistes évoluent sous un voile rouge ou lorsque paraît Alzira, vêtue de noir et d’or, dans une image qui évoque une Madone douloureuse.


La distribution vocale est enthousiasmante, parfaitement à la hauteur de cette redécouverte. Marta Torbidoni affronte avec tempérament le rôle exigeant d’Alzira, partagé entre virtuosité, élans lyriques et détresse dramatique. Son interprétation mêle avec brio sensualité et énergie. Dans le rôle de Zamoro, Antonio Poli se distingue par son émission franche, ses aigus éclatants et son engagement héroïque. Son personnage possède l’ardeur juvénile et la fougue guerrière requises, sans se réduire à une succession de démonstrations vocales. Une incarnation particulièrement convaincante, qui fait de lui le grand gagnant de la soirée. Pour incarner Gusmano, le baryton Daniel Luis de Vicente dispose d’une voix ample, sonore et solidement projetée. Dans le rôle du père d’Alzira, la basse Alessio Cacciamani apporte une assise vocale sombre et une autorité bienvenue. Les seconds rôles complètent efficacement l’ensemble, alors que le Chœur du Teatro Regio se montre chaleureux, précis et engagé.


Dans la fosse, James Conlon est le véritable artisan de cette redécouverte. Pour son dix‑huitième opéra de Verdi, le chef américain ne cherche ni à maquiller les faiblesses de la partition ni à transformer Alzira en chef‑d’œuvre. Il en défend avec intelligence les qualités réelles : le nerf dramatique, l’élan mélodique, les contrastes et les brusques déferlements de passion. Sa direction, attentive aux chanteurs, préserve la tension sans brutaliser les voix. Les rythmes ont du mordant, les couleurs orchestrales sont soigneusement travaillées et les ensembles respirent. La Filarmonica Arturo Toscanini répond avec enthousiasme, donnant à cette musique de jeunesse une vitalité qui balaie bien des préjugés. Bref, une rareté qui mérite de sortir de son purgatoire !



Claudio Poloni

 

 

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