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A la Scala, La Traviata prend ses aises

Milano
Teatro alla Scala
09/19/2026 -  et 23, 26, 28, 30 septembre, 2, 3, 6, 8, 10, 12, 15* octobre 2026
Giuseppe Verdi : La traviata
Nadine Sierra*/Francesca Pia Vitale (Violetta Valéry), Piero Pretti*/Iván Ayón Rivas (Alfredo Germont), Boris Pinkhasovich*/Amartuvshin Enkhbat (Giorgio Germont), Carlotta Vichi (Flora Bervoix), Mariapaola Di Carlo/Saori Sugiyama* (Annina), Francesco Pittari (Gastone), Fabrizio Beggi (Baron Douphol), Gianluca Failla (Marquis d’Obigny), Xhieldo Hyseni (Docteur Grenvil), Aldo Sartori (Giuseppe), Gabriele Valsecchi/Guillermo Esteban Bussolini* (Domestico di Flora), Zhibin Zhang (Commissionario), Corpo di Ballo del Teatro alla Scala
Coro del Teatro alla Scala, Alberto Malazzi (préparation), Orchestra del Teatro alla Scala, Michele Gamba (direction musicale)
Liliana Cavani (mise en scène), Marina Bianchi (collaboration à la mise en scène), Dante Ferretti (décors), Gabriella Pescucci (costumes), Andrea Giretti (lumières), Micha Van Hoecke (chorégraphie), Lara Montanaro (reprise de la chorégraphie)


(© Brescia e Amisano)


La production historique de La Traviata, conçue en 1990 par la célèbre cinéaste Liliana Cavani, revient à la Scala pour une nouvelle série de représentations. Pas de concept tarabiscoté ni de transposition intempestive, la mise en scène revendique un classicisme sans complexe, avec ses immenses décors, ses costumes d’époque et son goût assumé pour la grande tradition. A l’époque de sa création, Riccardo Muti veillait au grain, car avec lui, pas question de faire de Verdi le prétexte à des fantaisies. Cette production a également contribué à lancer la carrière internationale de Roberto Alagna. Depuis, elle a traversé les décennies, régulièrement reprise comme en 2007 (elle totalise désormais cent représentations), jusqu’à devenir le spectacle emblématique de l’institution. Au bout du compte, cette Traviata milanaise ressemble à la Scala elle‑même : prestigieuse, imposante, attachée à ses traditions et consciente de son histoire. Et elle a beau déployer ses fastes, elle impose aussi une endurance peu commune, avec trois interruptions et trois heures et demie de spectacle, un record pour le chef‑d’œuvre de Verdi. Le drame y gagne en ampleur ce qu’il perd en tension.


Sur le plan vocal, la Violetta de Nadine Sierra impressionne d’abord par la splendeur de ses moyens. Les vocalises fusent avec une précision redoutable, les pianissimi frôlent l’impossible et la voix possède une majesté qui ne laisse guère de doute sur les ressources de la soprano américaine. Une Violetta techniquement souveraine, mais dont l’incarnation peine à atteindre la même intensité. La virtuosité est bien là ; l’émotion, elle, se fait attendre et on reste trop souvent à distance de cette femme condamnée à aimer et à mourir.


Dans le rôle d’Alfredo, Piero Pretti – dont le timbre, un peu serré, ne séduit pas immédiatement – convainc surtout par son intelligence musicale. Le style est irréprochable, le phrasé soigné et la ligne vocale témoigne d’un véritable sens de Verdi. Sans disposer de la séduction sonore la plus évidente, le ténor défend son personnage avec une élégance qui mérite d’être saluée.


La palme revient à Boris Pinkhasovich en Germont père. Legato somptueux, phrasé impeccable, expression généreuse, le baryton réunit les qualités qui donnent au personnage sa complexité, entre autorité bourgeoise, rigidité morale et émotion finalement irrépressible. Sa prestation apporte à la soirée une densité dramatique qui fait parfois défaut ailleurs.


Dans la fosse, Michele Gamba, jeune chef encore en devenir, ne parvient pas toujours à trouver le juste équilibre entre énergie et raffinement. Sa direction, parfois brutale, manque de cette souplesse et de cette élégance qui devraient laisser respirer les chanteurs. A plusieurs reprises, l’orchestre les couvre. La fougue ne saurait tenir lieu de finesse, surtout dans une œuvre où les silences, les nuances et les inflexions comptent autant que les grands élans.



Claudio Poloni

 

 

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