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Translocation Paris Théâtre des Champs-Elysées 10/16/2026 - et 27 novembre 2025 (Berlin), 21 avril (Paris), 14 août (Névache), 11 septembre (Sceaux), 13 octobre (Strasbourg) 2026, 12 mars 2027 (Gent) Franz Schubert : Winterreise, D. 911 Samuel Hasselhorn (baryton), Ammiel Bushakevitz (piano, vielle)
 A. Bushakevitz, S. Hasselhorn (© Olivier Brunel)
Après l’avoir interprété plusieurs fois en France au cours des festivals de l’été, notamment à Gerberoy et au Festival du Périgord noir, et plus récemment à l’Opéra du Rhin à Strasbourg, et avant de l’enregistrer en 2028 pour le bicentenaire de la naissance du compositeur, le baryton allemand Samuel Hasselhorn est revenu à Paris avec Le Voyage d’hiver de Schubert.
Samuel Hasselhorn a, au cours des saisons précédentes (voir ici et ici), progressivement rempli la petite salle Cortot, donnant à chaque fois de merveilleux récitals organisés par son éditeur phonographique Harmonia Mundi, concerts coïncidant avec la sortie d’enregistrements, notamment un projet « Schubert 2028 » figurant chaque année une anthologie de lieder de ses dernières années, qui devrait culminer en 2028 avec celui de ce Voyage d’hiver. Pour donner avec le pianiste israélien Ammiel Bushakevitz son interprétation de ce cycle, chef d’œuvre du lied allemand, ils sont passés de la salle Cortot, petite mais d’excellente acoustique, au Théâtre des Champs-Elysées, plus vaste et pas idéal pour cet exercice si particulier, malgré sa réputation acoustique. On n’est pas sûr que cela ait été pour le mieux, à la fois pour des raisons acoustiques mais aussi commerciales car la location a longtemps stagné et seul l’orchestre a affiché presque complet grâce au recours à une braderie des places au dernier moment sur des sites de déstockage. Le temps est loin quand, dans les années 1980 et plus, la génération ayant succédé à Dietrich Fischer‑Dieskau et Hermann Prey (Thomas Hampson, Robert Holl, Thomas Hampson, Mathias Goerne...) remplissait les grandes salles parisiennes ; contrairement à celui de la musique de chambre, le public des récitals de lied allemand et même de mélodie française semble totalement marginalisé.
Pour la partie purement acoustique et musicale, on n’a certainement pas gagné à cette translocation. Si la voix de Samuel Hasselhorn, qui n’a pas un volume énorme, conservait la possibilité de faire entendre les prodigieuses nuances dont cet interprète est capable, la beauté de son timbre se trouvait un peu affadie et l’équilibre avec le piano pas toujours parfait. Cependant, l’extrême perfection de la diction et du style reste incontestable.
Cependant, la dynamique de ce cycle n’ayant pas la même exigence que pour une anthologie de lieder, le déroulement de ce voyage dans les profondeurs de l’âme du personnage créé par le poète Wilhelm Müller, aussi hivernales que les paysages traversés, n’est pas aussi poignant et émouvant quand chacune de ses vingt quatre stations est traitée comme une vignette volontairement trop mise en relief par rapport à la précédente et à la suivante. On a l’impression que l’interprète cherche à provoquer l’émotion qui devrait naitre naturellement au fil du déroulement du voyage. Certaines resteront toutefois en mémoire, comme le « Frühlingstraum » ou « Die Nebensonnen ».
Ammiel Bushakevitz, l’accompagnateur de prédilection du baryton, est un interprète exceptionnel pour Schubert, qu’il joue aussi en soliste au concert et au disque. Dans ce cycle, un peu trop de personnalité peut également nuire à l’ensemble. Dans son compte rendu sur le récital strasbourgeois, Laurent Barthel s’est longuement exprimé sur les très nombreuses interprétations « perverses » possibles de ce cycle et nous avons aussi ici même rendu compte de quelques‑unes d’entre elles. Et ceci car Ammiel Bushakevitz a ajouté à son jeu pianistique l’introduction d’une authentique (et magnifique) vielle, jouant quelques notes dans le noir avant le « Gute Nacht » initial et en guise d’accompagnement pour « Der Leiermann » (« Le Joueur de vielle »), le dernier lied. L’effet est saisissant et va dans le sens du texte du lied mais à notre avis pas autant que quand un pianiste réussit par son jeu au piano à créer l’illusion de la vielle.
Cela n’a pas empêché le public de réserver un très bel accueil aux interprètes à leur réapparition après un effet final de salle éteinte.
Olivier Brunel
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