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Classique munichois

München
Nationaltheater
10/16/2026 -  et 12, 19, 23 octobre 2026
Richard Strauss : Ariadne auf Naxos, opus 60
Kurt Rydl (Der Haushofmeister), Martin Gantner (Ein Musiklehrer), Irene Roberts (Der Komponist), Brian Jagde (Der Tenor, Bacchus), Zipei Zheng (Ein Offizier), Tansel Akzeybek (Ein Tanzmeister), Hector Bloggs (Ein Perückenmacher), Christian Rieger (Ein Lakai), Sabine Devieilhe (Zerbinetta), Anja Kampe (Primadonna, Ariadne), Konstantin Krimmel (Harlekin), Joel Williams (Scaramuccio), Paweł Horodyski (Truffaldin), Lucas van Lierop (Brighella), Sarah Dufresne (Najade), Emily Sierra (Dryade), Eirin Rognerud (Echo)
Bayerisches Staatsorchester, Robin Ticciati (direction musicale)
Robert Carsen (mise en scène), Peter Pabst (décors), Falk Bauer (costumes), Manfred Voss (lumières), Marco Santi (chorégraphie), Ingrid Zellner (dramaturgie)


K. Krimmel, S. Devieilhe (© Geoffroy Schied)

Créée en juillet 2008 au Prinzregententheater dans le cadre du festival d’opéra, puis transférée au Nationaltheater dès septembre 2009, l’Ariane à Naxos de Robert Carsen fait désormais partie des piliers du répertoire munichois. Le metteur en scène canadien, l’un des plus prolifiques de sa génération, n’a pourtant que rarement travaillé avec le Bayerische Staatsoper, mais dix‑huit ans après sa création, cette reprise confirme qu’il s’agit là d’une de ses plus belles réussites.


La première qualité de ce travail tient à son économie de moyens. Aucun décor démesuré : le Prologue repose sur une utilisation intelligente d’un jeu de miroirs, tandis que l’opéra se joue sur une scène presque vide, aux parois noires, qui évoque l’épure d’une tragédie grecque. Les éclairages de Manfred Voss sont d’une grande subtilité, notamment lors de l’hymne du Compositeur, « Musik ist eine heilige Kunst ».


Carsen construit son spectacle autour d’un motif récurrent, celui de deux groupes qui se font face : deux équipes de danseurs auditionnant dès le début devant l’homme le plus riche de Vienne et son Majordome, la troupe de l’opera seria et les comédiens italiens de Zerbinette, danseurs et danseuses, jusqu’à ce que le duo d’Ariane et de Bacchus se retrouvant tous deux, fasse soudain basculer le fond de scène dans un blanc éclatant. Surtout, les deux troupes sont ici véritablement réunies, et non simplement superposées comme cela est souvent le cas dans cet ouvrage.


Comme dans toute Ariane, quelques blagues font sourire : le Ténor jette sa perruque dans la fosse, le Majordome remue le sucre dans la tasse de son patron, et il y a quelques clins d’œil un peu aguicheurs qui ponctuent la soirée. Mais il n’y a jamais de vulgarité (à l’inverse de la production présentée cet été à Salzbourg). La mise en scène respecte également la musique : les trois Nymphes chantent le plus souvent côte à côte, ce qui fait ressortir la richesse des harmonies voulues par le compositeur, là où à Salzbourg, encore, elles étaient dispersées aux quatre coins du plateau. Et, comme le montre l’image finale, le véritable triomphateur de l’œuvre reste le Compositeur.


La direction d’acteurs est d’une grande qualité, et les ensembles sont réglés avec la précision de numéros de Broadway. C’est l’une des forces de Munich que de savoir entretenir une troupe dont les membres reprennent, saison après saison, les petits rôles avec la même exigence : c’est aussi à cela que se reconnaît une grande maison d’opéra. C’est le cas ici avec des membres de la troupe de danseurs.


Le niveau musical est très élevé. Les trois Nymphes de Sarah Dufresne, Emily Sierra et Eirin Rognerud sont superbes, le plaisir est réel de retrouver le vétéran Kurt Rydl, même dans le rôle parlé du Majordome. Konstantin Krimmel en Arlequin relève du casting de luxe. Récemment Sieglinde dans La Walkyrie de Tobias Kratzer, Irene Roberts campe un Compositeur un peu raide dans les passages proches du parlé, mais tout de suite à son aise dès que la ligne devient lyrique et avec de beaux aigus. La voix de Sabine Devieilhe est un peu petite pour les quelque deux mille places du Nationaltheater, mais les notes sont là. C’est surtout une superbe actrice et sa Zerbinette dégage une joie de vivre contagieuse.


Dans la partie si délicate de Bacchus, Brian Jagde séduit par la qualité de son phrasé et la sûreté de ses aigus. Anja Kampe montre ce qu’apporte à Ariane une chanteuse qui a chanté Isolde : le volume et le sens du drame servent ici la ligne straussienne si exigeante. Le duo final est équilibré et, a‑t‑on le droit de le dire, ne paraît pas aussi long qu’avec d’autres interprètes.


Robin Ticciati fait ses débuts dans la fosse munichoise (en présence, dit‑on, de Sir Simon Rattle lors de la première de la série). La partition ne lui est pas étrangère : il la dirigeait cet été encore à Glyndebourne, dans la nouvelle production de Laurent Pelly. Sa direction frappe par sa précision et son assurance. Certains passages plus théâtraux pourraient gagner en souplesse, mais le chef est véritablement présent chaque fois que la musique devient lyrique. C’est une grande réussite.


Munich possède des classiques que le public revoit avec régularité : La Cenerentola de Jean‑Pierre Ponnelle, La Flûte enchantée d’August Everding, Turandot de La Fura dels Baus, Wozzeck d’Andreas Kriegenburg. Cette Ariane réjouissante et intelligente se situe au même niveau.



Antoine Lévy-Leboyer

 

 

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