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Musiques d’Europe centrale München Herkulessaal 10/15/2026 - et 16 octobre 2026 Antonín Dvorák : Scherzo capriccioso, opus 66, B. 131
Alban Berg : Concerto pour violon « Dem Andenken eines Engels »
Franz Schubert : Symphonie n° 9 en ut majeur, D. 944
Isabelle Faust (violon)
Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks, Sir Simon Rattle (direction)  I. Faust, S. Rattle (© Bayerischer Rundfkunk/Michael Hopf)
Depuis son arrivée à Munich à l’automne 2023, Simon Rattle revient régulièrement sur des œuvres qu’il a longuement pratiquées avec ses orchestres précédents, et la comparaison est souvent instructive. Le programme précédent en donnait déjà un exemple : Le Sacre du printemps donné il y a quelques semaines était plus sauvage probablement moins « lisse » que les versions dirigées naguère à Berlin. Le même constat s’impose avec la « grande » Symphonie en ut de Schubert qui clôt ce concert, précédée d’une rareté de Dvorák et du Concerto pour violon de Berg avec Isabelle Faust.
Le Scherzo capriccioso reste une rareté au concert, y compris à Munich : l’orchestre ne l’avait abordé jusqu’ici, semble‑t‑il, que pour un enregistrement radiophonique avec Bernard Haitink en 1981. C’est la découverte d’une œuvre d’une élégance suprême. Rattle en souligne la dynamique des ensembles et le foisonnement d’une orchestration dont la couleur n’appartient qu’à Dvorák. Le solo de clarinette basse de Heinrich Treydte est très musical et la cadence finale de harpe, confiée à Magdalena Hoffmann, est lumineuse. Le lien avec la tradition d’Europe centrale établi par Rafael Kubelík, chef principal de l’orchestre de 1961 à 1979, souvent évoqué par Rattle, reste ici bien vivant.
Isabelle Faust aborde le Concerto « A la mémoire d’un ange » avec beaucoup d’intériorité, en particulier dans un premier mouvement très habité. La conception est chambriste, servie par un orchestre très attentif aux détails, et de belles couleurs. Seule réserve, le violon manque un peu de présence et de volume au début du second mouvement, là où le drame éclate. Très applaudie par un public attentif, la violoniste allemande donne en bis une pièce de Tartini, d’un jeu transparent, presque diaphane.
La « Grande » symphonie a été enregistrée par Sir Simon Rattle avec son ancien orchestre à Berlin. Ce n’est pas une réussite complète. Le deuxième mouvement, en particulier, souffre d’un tempo trop lent qui en éteint le cantabile et le rend statique.
A Munich, les tempi, tout en restant mesurés, sont bien plus convaincants. Le sens de l’architecture est constant, les bois sont d’une grande finesse et Stefan Schilli signe un superbe solo de hautbois. L’introduction aux cors, si exposée, est donnée par Carsten Duffin et Thomas Ruh avec musicalité et autorité. Les cordes ne sont pas en reste : le pupitre de contrebasses commence avec des couleurs sombres à la Furtwängler, puis démontre plus loin sa capacité à faire chanter les instruments dans un style que l’on associerait plutôt à la tradition viennoise. Les passages saisissants abondent, où cordes et bois déroulent de longues lignes homogènes et des pianissimos d’une rare qualité. Les grands crescendos, le soin apporté à la ligne musicale et la dynamique des tutti complètent le tableau. Le deuxième mouvement est superbe, porté par un sentiment d’intériorité presque religieux. Le finale s’ouvre dans une légèreté presque digne de Mendelssohn, créateur de l’œuvre au Gewandhaus de Leipzig en 1839, mais le développement et la coda rapprochent Schubert de l’esprit de Bruckner. L’exécution dure cinq minutes de moins que l’enregistrement berlinois et convainc beaucoup plus.
C’est avec une grande joie que musiciens et public ont appris la prolongation du mandat de Simon Rattle à Munich jusqu’en 2033. L’entente entre le chef, les musiciens et le public munichois est aujourd’hui aussi rare que manifeste, et laisse espérer encore de grands moments de musique.
Antoine Lévy-Leboyer
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