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Politique Paris Philharmonie 10/10/2026 - et 16, 17, 18, 19 septembre (New York), 12 (Barcelona), 13 (Madrid), 19 (Hamburg), 22 (Wien) octobre 2026 Zosha Di Castri : Invisible House
John Adams : On the Transmigration of Souls
Serge Prokofiev : Symphonie n° 5 en si bémol majeur, opus 100 Orfeó Català, Xavier Puig (chef de chœur), Chœur de jeunes filles de l’Orfeó Català, Montserrat Meneses (cheffe de chœur), Chœur d’enfants de l’Orfeó Català, Glória Coma i Pedrals (cheffe de chœur), Mark Grey (conception sonore), New York Philharmonic, Gustavo Dudamel (direction)
 G. Dudamel (© Jason Bell)
Le programme du deuxième concert d’une tournée européenne, la première qui inaugure l’ère Dudamel au Philharmonique de New York, était à l’évidence politique. En ces temps troublés, difficile de faire plus symbolique que l’orchestre new‑yorkais interprétant une œuvre d’une compositrice canadienne dont le grand‑père était ukrainien, puis une pièce de John Adams liée au 11 septembre et pour finir une symphonie de Prokofiev écrite en 1944. Le résultat, bien qu’inégal, fut spectaculaire.
La pièce de Zosha Di Castri (née en 1985), Invisible House, donnée ici en création européenne après la création mondiale à New York le 16 septembre dernier, est d’une très grande force dans sa partie initiale avant de s’évanouir progressivement. Elle utilise la puissance légendaire de l’orchestre américain, au volume impressionnant saturant presque l’acoustique pourtant à toute épreuve de la salle Pierre Boulez. Gustavo Dudamel dirige, avec la partition et la précision qu’on lui connaît, cette œuvre contrastée mais sévère, toutefois bien accueillie par un public qui salue chaleureusement la compositrice.
Place ensuite à John Adams et à Sur la transmigration des âmes, pièce commandée dans les suites du 11 septembre 2001 et créée le 19 septembre 2002 par Lorin Maazel, alors directeur musical de l’orchestre. Pour l’occasion, le chœur Orfeó Català, assez rare à Paris mais qui collabore régulièrement avec Gustavo Dudamel, a été sollicité. Il est ce soir en grand effectif (chœur d’adultes, chœur de jeunes filles, chœur d’enfants), occupant toute la partie basse de l’arrière‑scène. L’œuvre fait appel à une bande‑son multicanal préenregistrée et diffusée par de petits haut‑parleurs situés à l’avant de la scène. Elle est naturellement sombre et austère et permet à l’Orfeó Català de montrer une belle homogénéité et un vrai investissement. Cela ne suffit pas à faire de cette œuvre une pièce phare dans le corpus de John Adams.
Le sommet de cette soirée fut donc incontestablement la Cinquième Symphonie de Prokofiev, déjà donnée, hasard de la programmation, il y a quelques jours par l’Orchestre royal du Concertgebouw et le chef finlandais Santtu‑Matias Rouvali. Gustavo Dudamel, qui dirige par cœur, pousse dans ses retranchements la magnifique machine qu’est l’Orchestre philharmonique de New York. Le résultat est rutilant et impressionnant de tension et d’engagement – on pense notamment au final des deux premiers mouvements qui déclenche des applaudissements. La musique circule, on entend tout, les pupitres rivalisent d’engagement (les altos !) de beauté sonore et d’homogénéité – ainsi d’un pupitre de violoncelles de toute beauté, de la clarinette hors pair d’Anthony McGill et de l’impressionnant timbalier Markus Rhoten. Une magnifique machine orchestrale mais oreilles fragiles s’abstenir.
L’accueil triomphal réservé aux artistes par une salle debout augure décidément bien de l’ère Dudamel à New York. Et l’orchestre est apparu en pleine forme et heureux de jouer. On se réjouit par avance de la suite de l’aventure.
Gilles Lesur
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