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Concert de rentrée réussi pour l’ensemble Atmosphères

Paris
Salle Cortot
10/09/2026 -  
George Enesco : Symphonie de chambre en mi majeur, opus 33
Pierre Boulez : Mémoriale
Diógenes Rivas : Concerto pour flûte alto (création)
Gabriela Lena Frank : Suenos de Chambi : Snapshots for an Andean album
Arnold Schoenberg : Symphonie de chambre n° 1, opus 9

Stathis Karapanos (flûte), Gaspard Thomas (piano)
Atmosphères, Ilyich Rivas (direction)


S. Karapanos (© George Arutinov)


Pour sa deuxième saison en résidence à la salle Cortot, l’Ensemble Atmosphères nous réserve, comme à son habitude, un programme aussi rare que réjouissant, encadré par deux symphonies de chambre du XXe siècle.

La première montre un George Enesco (1881-1955) apollinien, quand le juvénile Octuor à cordes opus 7 (1900) trahissait davantage l’emprise de Dionysos. Si le faisceau contrapuntique conserve sa densité, la Symphonie de chambre en mi majeur, achevée un an avant sa mort, estompe, en effet, les contrastes dynamiques. Elle s’apparente à un fleuve poursuivant sa route de manière inexorable, sans accident de parcours. La formation pour double sextuor (vents, cordes et piano) autorise plusieurs duos où transite un thème folklorique auquel le Roumain était très attaché ; il confère une teinte élégiaque et mélancolique à une musique qui, sans lui (et le soin que mettent les musiciens à le valoriser), aurait pu verser dans une forme d’abstraction un peu froide.


Auprès d’elle, la bouillonnante Première Symphonie de chambre (1908) d’Arnold Schoenberg (1874‑1951), également en mi majeur, fait valoir son insolente vitalité, doublée d’une polyphonie pleine de charme et de rebondissements. Nos oreilles suivent avec gourmandise le cheminement de cette intarissable poussée de sève au cours de laquelle le compositeur se plaît à placer des coins dans l’harmonie tonale (les quartes prennent l’ascendant sur les tierces). Ilyich Rivas adopte, certes, des tempos un peu prudents et une agogique un rien inhibée, mais l’ensemble Atmosphères, qui a gagné en cohésion avec le temps, défend valeureusement cette partition d’un dynamisme formel toujours aussi bluffant.


Entre les deux, on a pu apprécier le talent de Stathis Karapanos, à qui l’on doit une très belle intégrale de la musique pour flûte de Paul Hindemith (Ondine). Dans Mémoriale (1985), tombeau (plus qu’hommage) de Pierre Boulez (1925‑2016) à Lawrence Beauregard, le flûtiste grec déploie cette « méditation suspendue » dont parle la notice, cependant que les cordes, riches en tremolos fantomatiques, lui façonnent un arrière‑plan d’outre‑monde.


La création de la soirée revient au Vénézuélien (et grand‑oncle du chef) Diógenes Rivas (né en 1942). Son Concerto pour flûte alto (2024) a beau obéir au nombre d’or, le matériau a beau faire allégeance au sérialisme et ses labyrinthiques jeux spéculaires, l’oreille retient surtout le magnétisme, l’électricité qui se dégagent de ces textures subtiles au service de laquelle quatre percussionnistes agissent comme un conducteur désigné. Durant les quinze minutes que dure l’œuvre, Stathis Karapanos recourt à divers modes de jeu (slap, flatterzunge, bruits de clés, etc.) sans que ceux‑ci ne fassent écran à « la mélodie infinie » qui sous‑tend la partition.


Protégé de Claire Désert (et discrètement aux commandes de la partie de piano de la Symphonie d’Enesco), le jeune Gaspard Thomas donne la réplique au flûtiste dans Suenos de Chambi (2002) de l’Américaine Gabriela Lena Frank (née en 1972). Une suite de sept vignettes inspirées du photographe péruvien Martin Champi, dont les clichés témoignent des métamorphoses (paysages, villes) de son pays à l’orée du siècle dernier. Pour tonal qu’il soit, le langage musical séduit par son irrésistible élan chorégraphique. Cœur émotionnel du cycle, deux pièces aux infléchissements microtonaux réquisitionnent la flûte en sol. Ailleurs se font jour des types d’expression telles qu’une note grave entrecoupée par des lignes instables dans l’aigu, des traits rapides sautant d’un registre extrême à l’autre, enfin une abondance de figures en petites notes que Stathis Karapanos exécute avec beaucoup de spiritualité. Tour à tour vibratile ou percutant, le toucher de Gaspard Thomas épouse le caractère propre à chaque morceau. On n’oubliera pas, dans « Diablicos Puenos », ce rythme élémentaire dès les premières mesures au fond de l’instrument, et conservé au milieu des (redoutables) notes répétées, des soudaines roulades, ni la danse échevelée du final « Marinera », qui éclate en syncopes et contretemps, avant une ultime ponctuation en forme de trait d’humour.



Jérémie Bigorie

 

 

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