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Mémorable Chant de la Terre

Paris
Philharmonie
10/07/2026 -  et 8* octobre 2026
Wolfgang Amadeus Mozart : Concerto pour violon n° 4, K. 218
Gustav Mahler : Das Lied von der Erde

Karen Cargill (mezzo), Andrew Staples (ténor), Iris Scialom (violon)
Orchestre de Paris, Esa-Pekka Salonen (direction)


E.-P. Salonen (© Franck Ferville)


Programme viennois et triomphe public pour le premier concert dirigé par Esa‑Pekka Salonen cette saison à la tête de l’Orchestre de Paris, dont il sera le chef principal dès la saison prochaine. Et un saut de deux siècles avec Mozart et Mahler !


Les concertos pour violon de Mozart sont moins souvent au programme des orchestres symphoniques que ceux avec piano. Le Quatrième, qui date de la période salzbourgeoise du compositeur, n’avait pas figuré à un concert de l’Orchestre de Paris depuis 2001, avec Julia Fischer dirigée par Kurt Sanderling. Donné « à froid » pour ouvrir un concert moins peuplé que ceux du début de saison et en ce premier soir de fraîcheur de l’automne, il ne réchauffait pas vraiment l’atmosphère ! Très rigoureux dans sa direction, le chef finlandais en donnait une lecture assez raide et la jeune violoniste française Iris Scialom, peut‑être intimidée par des débuts aussi prestigieux, jouait avec une sonorité si mince que son jeu parvenait à grand peine dans les hauteurs de la salle. Les trois cadences du concerto (de même que le bis, tiré des Impressions d’enfance d’Enesco) laissaient davantage entendre une sonorité très mince et une virtuosité impeccable mais pas assez pour sauver d’une certaine morosité ce concerto, dont seul le rondeau final est éclatant.


Après l’entracte on passait à l’autre extrême... On a rarement entendu l’Orchestre de Paris aussi survolté et une direction aussi foisonnante et passionnante dans ce chef‑d’œuvre de Mahler. La précision et la souplesse féline légendaires de Salonen guidaient l’orchestre dans cette « symphonie de lieder » (selon l’expression d’Henry‑Louis de La Grange) et faisait briller de mille feux la phalange, notamment les pupitres des vents, cuivres et bois, dont tous les musiciens rivalisaient de beauté sonore et de poésie. On n’est pas près d’oublier l’âpreté et la noirceur de la couleur orchestrales dans l’« Abschied » final.


Quoique bons, les solistes ne se hissaient pas à la hauteur de la prestation phénoménale de l’orchestre. Le ténor britannique Andrew Staples a le volume et la solidité requis de sa partie dans les redoutables sauts du « Trinklied », qui l’oblige dès le début de l’œuvre à des acrobaties vocales. Le raffinement de son interprétation de ces délicates poésies chinoises était remarquable. De même pour la mezzo‑soprano britannique Karen Cargill, très poétique dans son chant mais dont la voix trop claire n’est pas celle d’alto rêvée par le compositeur pour cette œuvre. La voix, parfaite pour les parties hautes de « Der Einsame im Herbst » ou « Von der Schönheit », ne parvenait pas à projeter les parties les plus graves et sombres de l’« Abschied », notamment les « Ewig » finaux, trop noyés dans la masse orchestrale. On s’étonne que Salonen n’ai pas choisi l’option baryton (encore plus chère à Mahler) comme il l’a fait dans son enregistrement avec le Philharmonique de Los Angeles, Bo Skovhus et Plácido Domingo en ténor (Sony)...


Esa-Pekka Salonen reviendra diriger l’Orchestre de Paris les 14 et 15 octobre prochain, dans les deux concertos pour piano de Ravel (avec Bertrand Chamayou), Tumblebird Contrails de Gabriella Smith et la Suite du Mandarin merveilleux de Bartók.



Olivier Brunel

 

 

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