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La Provence en osier Lausanne Opéra 10/04/2026 - et 6, 9, 11 octobre 2026 Charles Gounod : Mireille Vannina Santoni (Mireille), Thomas Bettinger (Vincent), Géraldine Chauvet (Taven), Andrea Cueva Molnar (Vincenette), Jean‑Kristof Bouton (Ourrias), Matthieu Lécroart (Ramon), Nathanaël Tavernier (Ambroise), Maxence Billiemaz (Andreloun), Lily Blanchard (Clémence), Corentin Bournon (Le Passeur), Hannah Blaser (Une voix céleste)
Chœur de l’Opéra de Lausanne, Anass Ismat (préparation), Orchestre de Chambre de Lausanne, Jean‑Marie Zeitouni (direction musicale)
Bruno Ravella (mise en scène), Florimond Plantier (assistant à la mise en scène), Barbara de Limburg (décors), Gabrielle Dalton (costumes), François Thouret (lumières), Jo Meredith (chorégraphie)
 (© Carole Parodi/Opéra de Lausanne)
Après avoir inauguré son mandat à la tête de l’Opéra de Lausanne avec Guillaume Tell en 2024, hommage appuyé à la Suisse, Claude Cortese revient à ses propres racines. Marseillais d’origine, le directeur a choisi, pour ouvrir la saison 2026‑2027, Mireille de Gounod, une plongée dans une Provence fantasmée par Frédéric Mistral. La boucle est pour ainsi dire bouclée. Pour sa troisième ouverture de saison à Lausanne, il fait une nouvelle fois appel à Bruno Ravella. Après ses deux spectacles précédents, le metteur en scène semble ici avoir choisi la voie de l’économie maximale. Entrées, sorties, quelques déplacements, mais pour le reste, les chanteurs sont bien souvent priés de rester alignés au bord du plateau, comme s’il s’agissait avant tout de leur trouver une place dans le cadre. La direction d’acteurs est réduite à sa plus simple expression. Le décor n’arrange rien : paniers en osier (Vincent, l’amoureux de Mireille, est vannier) pour la première scène, mais l’osier reviendra constamment par la suite, que ce soit sous forme de soleil, de portique pour les Saintes-Maries-de-la-Mer, d’une énorme tête de taureau ou encore d’arcs pour le tableau des rives du Rhône, sans parler d’une immense poupée de paille. Pour la scène des arènes et la farandole, ce sont d’immenses guirlandes qui envahissent le plateau, avec des boules multicolores évoquant davantage un sapin de Noël qu’une Provence solaire. L’ensemble finit par donner l’impression d’un opéra en costumes et accessoires de grand‑papa, vaguement folklorique et sans véritable regard sur l’œuvre. On peut difficilement imaginer traitement plus littéral d’un ouvrage qui aurait pourtant besoin d’être interrogé plutôt qu’illustré.
Peut-être Bruno Ravella n’a-t-il pas trouvé dans le poème de Mistral de quoi nourrir son imagination. Il faut reconnaître que Mireille pose aujourd’hui quelques problèmes : l’innocence pastorale, les rivalités de familles, les codes sociaux et sentimentaux ont pris beaucoup de rides. Même auréolé du Nobel de littérature en 1904, Mistral n’échappe pas à cette distance historique. Heureusement, il reste la musique de Gounod. Créé à Paris en 1864, Mireille occupe une place singulière dans le catalogue du musicien. Composée en grande partie lors d’un séjour en Provence, auprès de Mistral justement, l’œuvre s’éloigne du grand opéra spectaculaire pour privilégier une écriture lyrique, descriptive et intimement liée aux paysages et aux traditions méridionales. La partition mêle fraîcheur mélodique, raffinement orchestral et scènes chorales, avec notamment la farandole, les épisodes pastoraux et le magnifique tableau fantastique du troisième acte. L’ouvrage n’a d’ailleurs cessé d’être remanié après sa création : cinq actes à l’origine, puis trois, puis diverses transformations destinées à satisfaire les goûts du public et les exigences des interprètes. La version originale, longtemps malmenée, possède aujourd’hui une véritable valeur patrimoniale.
Le chef Jean-Marie Zeitouni en révèle justement les qualités. A la tête de l’Orchestre de Chambre de Lausanne, il soigne les couleurs, les respirations et la délicatesse de cette musique qui réclame moins de puissance que de lumière. L’orchestre apporte à la partition une transparence bienvenue, tandis que le Chœur de l’Opéra de Lausanne se montre à la hauteur, notamment dans les pages collectives où Gounod fait véritablement respirer la Provence.
La distribution, elle, laisse une impression plus contrastée. Vannina Santoni compose une Mireille touchante, engagée, avec une vraie générosité émotionnelle. Les aigus, cependant, ne sont pas toujours au même niveau que le reste de la prestation. Thomas Bettinger possède, certes, les moyens du rôle de Vincent, mais il doit lui aussi lutter avec une tessiture aiguë redoutable ; surtout, la ligne de chant manque parfois de continuité. Jean‑Kristof Bouton campe un Ourrias autoritaire, brutal et volontiers menaçant. Le personnage gagne ainsi en impact ce qu’il perd en nuances. Géraldine Chauvet apporte au contraire à Taven une présence grave, profonde, presque tellurique, parfaitement en phase avec la dimension mystérieuse du personnage. Les deux pères (Matthieu Lécroart et Nathanaël Tavernier), enfin, tiennent solidement leur rôle. A Lausanne, la saison commence donc sur une note en demi‑teinte : la musique de Gounod avait le soleil, mais la mise en scène lui a surtout offert de l’osier.
Claudio Poloni
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