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Il dolce far niente Vienna Musikverein 10/04/2026 - et 2 (Locarno), 5 (Basel) octobre 2026 Joseph Haydn : Symphonies n° 21, n° 51 et « Pour l’Espagne », Hob. deest
Gregor Joseph Werner : 6 Fugues : 5. Adagio ma poco
Gioachino Rossini : Sonate en quatuor n° 1 Il Giardino Armonico, Giovanni Antonini (direction)
 G. Antonini (© Marco Borggreve)
Avec soixante-treize symphonies au compteur, Giovanni Antonini poursuit son aventure haydnienne : on retrouve la débauche d’énergie habituelle du chef et la recherche de détails de musiciens qui savent renouveler le langage sans en bousculer les équilibres.
Le programme suit les principes du projet « Haydn 2032 », associant les symphonies à des œuvres contemporaines de Haydn. Pour une fois, le titre ,Il dolce far niente, doit se comprendre intellectuellement plus qu’il ne s’entend. Gregor Joseph Werner, prédécesseur aigri par l’arrivée de Haydn à la cour Esterházy, se plaignit du laisser‑aller du nouveau venu, allant jusqu’à envoyer une lettre de réclamation durant l’année de la composition de la Vingt et unième Symphonie. D’où la présence de cette fugue au contrepoint rigoureux, mise en valeur par le quatuor de solistes des pupitres de l’ensemble Il Giardino Armonico. Haydn, pas revanchard pour un sou, publiera le recueil de ces six fugues après la mort de l’ancien Kapellmeister.
On mesure le chemin stylistique parcouru par Haydn durant la demi‑douzaine d’années qui séparent les deux symphonies du catalogue Hoboken. Si la première regorge de trouvailles, depuis un Adagio qui s’écoule comme une quasi‑improvisation jusqu’à un finale riche en effets stéréophoniques et en ruptures spectaculaires, la seconde atteint une ampleur et une maturité tout autres. Elle semble décupler les effectifs et le dramatisme, tout en concentrant les traits les plus typiques de l’humour haydnien, notamment l’ambitus d’une étendue cocasse imposé aux cornistes dans le deuxième mouvement – une performance technique qui offre un contrepied savoureux à la facilité suggérée par le titre du programme.
La sonate de Rossini, instrumentée pour deux violons, violoncelle et contrebasse, n’a pas de lien direct avec Haydn, si ce n’est l’intense admiration du jeune compositeur italien pour le maître autrichien et les traits d’humour qui traversent leurs partitions. Ces pièces auraient été conçues en quelques jours de vacances, à l’âge de 12 ans, illustrant l’insolente facilité juvénile de Rossini. Il n’aurait pas été inutile de confier cette sonate une fois encore aux solistes plutôt qu’à l’ensemble complet, pour rendre pleinement honneur à la légèreté et à la virtuosité volubile de cette musique.
Principale curiosité de la soirée, une symphonie absente du catalogue Hoboken, redécouverte et intégrée au corpus en 2013, et qui n’a, à notre connaissance, été enregistrée qu’une seule fois. Haydn fit preuve d’efficacité (ou de nonchalance), pour cette œuvre commandée par un prince d’Espagne, réutilisant des mouvements d’opéras et de musiques de scène déjà écrits. La richesse thématique, le remarquable étagement des voix et les modulations inattendues offrent des moments de grâce qui valent à cette symphonie bien plus qu’un statut d’obscur opus sans numéro.
Un concert pleinement satisfaisant, dont le bis, reprenant le finale de la Cinquante et unième Symphonie avec une verve bien plus débridée que durant la première lecture, laisse toutefois entrevoir qu’un surcroît de fantaisie aurait pu transformer la soirée en expérience remarquable.
Dimitri Finker
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