About us / Contact

The Classical Music Network

Zürich

Europe : Paris, Londn, Zurich, Geneva, Strasbourg, Bruxelles, Gent
America : New York, San Francisco, Montreal                       WORLD


Newsletter
Your email :

 

Back

Quatre tempéraments et un tango

Zürich
Tonhalle
10/03/2026 -  
Astor Piazzolla : Tangazo
Ludwig van Beethoven : Concerto pour violon en ré majeur, opus 61
Carl Nielsen : Symphonie n° 2 «Les Quatre Tempéraments», opus 16

Anne-Sophie Mutter (violon), Orchestre de l’Opéra de Zurich, Lina González-Granados (direction)

Cette soirée est la première de la série des concerts philharmoniques de la saison 2026/2027 qui donne la possibilité à l’Orchestre de l’Opéra de Zurich de sortit de sa fosse et de se produire sur la scène de la Tonhalle.


Tangazo, composé en 1969 et créé à Washington l’année suivante, est un tango pour orchestre symphonique, sans bandonéon. L’œuvre, fascinante, est assez construite. L’introduction, confiée aux contrebasses révèle des couleurs orchestrales inattendues. L’épisode fugué qui occupe le centre de la partition n’est pas sans rappeler la Fuga y misterio de l’opéra María de Buenos Aires, écrite un an plus tôt. Le bandonéon est certes absent, mais les traits des violons, vifs et coupants, en restituent le mordant. Certains tuttis sont un peu déséquilibrés au profit des percussions. Les bois, en revanche, livrent de belles interventions. Lina González-Granados communique à l’ensemble une énergie certaine. Voici une découverte attachante.


Anne-Sophie Mutter célèbre cette année le cinquantième anniversaire de ses débuts. Lina González-Granados, cheffe colombo-américaine est depuis 2022 Resident Conductor de l’Opéra de Los Angeles et a déjà joué avec la violoniste allemande en 2025.


Dans le Concerto pour violon de Beethoven, la performance instrumentale d’Anne-Sophie Mutter est remarquable: rondeur de la sonorité, largeur de la dynamique, élégance du vibrato. Peu de violonistes disposent aujourd’hui d’un tel instrument et d’une telle maîtrise.


Mais la lecture de ce concerto est une déception. Les deux premiers mouvements sont trop lents. La pulsation beethovénienne fait défaut, un rubato permanent est trop présent. On entend avec plaisir un passage cantabile au milieu du développement du premier mouvement, mais il ne dure que quelques instants, avant que l’on ait un nouveau ralentissement et une perte de la ligne. L’orchestre, de son côté n’est pas sans une certaine lourdeur, à l’opposé de ce Beethoven marqué par les relectures des musiciens historiquement informés auxquels nous sommes maintenant habitués. Le rondo final, à l’inverse, est pris trop vite et souffre de trop nombreuses variations de tempo. Anne-Sophie Mutter a enregistré ce concerto à seize ans avec Herbert von Karajan en 1979, puis à nouveau avec Kurt Masur en 2002: n’a-t-elle pas simplement trop joué cette œuvre ?


C’est d’autant plus regrettable que la violoniste dispose d’un répertoire très vaste. Elle en donne la démonstration avec un bis pour violon seul, Likoo, que lui a dédié la compositrice néerlandaise d’origine iranienne Aftab Darvishi en avril 2025. Ces cinq minutes de musique, conçues en hommage aux victimes du mouvement «Femme, Vie, Liberté», frappent par la beauté des couleurs, l’originalité des lignes mélodiques et l’intensité du jeu de la soliste.


La Deuxième Symphonie de Nielsen, rareté dans les programmes, bénéficie de davantage d’homogénéité et d’un travail plus abouti. Composée en 1901 et 1902, l’œuvre n’est pas de la musique pure : Nielsen y transpose quatre caricatures des tempéraments (colérique, flegmatique, mélancolique et sanguin) découvertes dans une auberge de campagne du Seeland. Les attaques sont plus franches, la caractérisation de chaque mouvement plus nette. Lina González-Granados restitue une certaine théâtralité de cette partition. Les tuttis sont encore, par moments, un peu déséquilibrés, cette fois au profit des cuivres, mais les cordes font preuve de plus de tenue et les bois, à nouveau, se distinguent.


Ce premier rendez-vous ouvre une série de sept programmes philharmoniques qui permettent à l’orchestre d’exister en dehors de la fosse. Gianandrea Noseda et Sol Gabetta suivront le 7 novembre, Daniil Trifonov le 16 janvier, Oksana Lyniv le 14 février et Tarmo Peltokoski le 18 avril.


Antoine Lévy-Leboyer

 

 

Copyright ©ConcertoNet.com