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Rigueur tchèque Lyon Auditorium Maurice Ravel 10/03/2026 - Georg Friedrich Händel : Dixit Dominus, HWV 232
Jan Dismas Zelenka : Missa votiva, ZWV 18 Tereza Zimková, Pavla Radostová (sopranos), Jonathan Mayenschein (alto), Ondrej Holub (ténor), Tomás Selc (baryton-basse)
Collegium Vocale 1704, Collegium 1704, Václav Luks (direction)
 V. Luks (© Petra Hajská)
L’Auditorium de Lyon consacre sa saison 2026-2027 à la musique tchèque, après avoir apporté un éclairage sur la Pologne l’an passé. Cet intérêt pour les cultures de l’Europe de l’Est permet d’approfondir la connaissance d’un répertoire considérable, qui s’étend du baroque à la musique contemporaine. Si les quatre grandes figures que sont Smetana, Dvorák, Janácek et Martinů viennent immédiatement à l’esprit, toute une constellation de noms moins renommés sera également à l’honneur, particulièrement dans les concerts de musique de chambre donnés à la salle Molière (Ve arrondissement). On pense par exemple au contemporain de Haydn, Josef Myslivecek, dont le film Il Boemo a révélé en 2023 le destin tragique au grand public. Côté symphonique, on peut s’interroger sur la présence conséquente de Mahler, retenu en raison de sa naissance en Bohème. A l’instar de Smetana, Mahler est issu d’une famille germanophone, mais contrairement au « père de l’opéra tchèque », il n’a jamais défendu cette identité, que ce soit au niveau linguistique ou pour contribuer à faire émerger une nation indépendante.
Quoi qu’il en soit, on ne peut que se réjouir de cette ouverture sur une culture dont l’influence dépasse largement les dimensions modestes du pays (d’une superficie équivalente à la région Nouvelle-Aquitaine). Cette richesse patrimoniale s’accompagne d’une vitalité tout aussi enviable s’agissant des interprètes, dont la réputation a depuis longtemps dépassé les frontières tchèques : c’est le cas précisément de l’ensemble sur instruments d’époque Collegium 1704 (et de son équivalent vocal du même nom), fondé en 2005 par le claveciniste Václav Luks.
On retrouve ces interprètes pour le premier concert de la saison tchèque, consacré aux contemporains Händel et Zelenka. Le concert débute avec le Dixit Dominus (1707), parmi les œuvres religieuses les plus éclatantes de son auteur. Les attaques sèches et les tempi enlevés dans les tutti caractérisent d’emblée le style de Václav Luks, qui gagnerait à davantage de respiration par endroits. Cette approche convient mieux aux pièces relativement courtes du Dixit, là où la Missa votiva (1739) de Zelenka fait davantage de place à l’expressivité et à la richesse harmonique. Rigueur rythmique et précision au cordeau donnent parfois l’impression d’une mécanique un peu froide, à mille lieux des épanchements romantiques dans ce type d’ouvrage. Parmi les sonorités étonnantes, la présence du basson en soutien de la ligne de basse marque plusieurs fois les esprits par ses interventions chaleureuses.
Au final, on reste surtout séduit par la maîtrise technique des musiciens, qui impressionne toujours autant, à l’instar des dix‑huit choristes, à la mise en place parfaite. Si les sopranos montrent une virtuosité et un engagement plus soutenus que ceux des autres pupitres, ce léger déséquilibre ne gâte pas l’impression globale, de très haut niveau. Parmi les solistes, les sopranos Tereza Zimková et Pavla Radostová se distinguent par leur aisance sur toute la tessiture, au service de timbres lumineux, le tout admirablement projeté. C’est précisément en ce dernier domaine que Jonathan Mayenschein (alto) montre quelques limites, mais il séduit par sa musicalité toujours à‑propos. Le ténor Ondrej Holub joue aussi la carte du raffinement sans ostentation, tandis que Tomás Selc (baryton-basse) montre davantage de brio, en un chant un rien trop musculeux.
Florent Coudeyrat
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