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Soirée d’exception

Paris
Palais Garnier
09/28/2026 -  et 29, 30 septembre, 1er*, 4, 7, 8, 12, 13, 14, 15, 18, 19, 20, 21, 22, 26, 27, 28, 29, 30 octobre 2026
L’Histoire de Manon
Kenneth MacMillan (chorégraphie, mise en scène), Jules Massenet (musique), Martin Yates (arrangements, orchestration)
Amandine Albisson/Bleuenn Battistoni/Léonore Baulac/Dorothée Gilbert*/Sae Eun Park/Bianca Scudamore (Manon), Guillaume Diop/Lorenzo Lelli/Germain Louvet/Hugo Marchand*/Paul Marque/Marc Moreau (Des Grieux), Thomas Docquir*/Antoine Kirscher/Jérémy Loup Quer/Andrea Sarri (Lescaut), Camille Bon/Héloïse Bourdon/Célia Drouy/Bianca Scudamore*/Silvia Saint‑Martin/Nine Seropian (La maîtresse de Lescaut), Matthieu Botto*/Léo de Busserolles/Cyril Chokroun/Max Darlington/Florimond Lorieux (M. de G. M.), Laure-Adélaïde Boucaud*/Katherine Higgins/Sofia Rosolini (Madame), Matthieu Botto/Alexander Maryianowski*/Osiris Onambele Ngono/Fabien Revillion (Le geôlier), Ballet de l’Opéra national de Paris
Orchestre de l’Opéra national de Paris, Martin Yates (direction musicale)
Nicholas Georgiadis (décors, costumes), Jacopo Pantani (lumières)


D. Gilbert (© Maria-Helena Buckley/Opéra national de Paris)


Reprise au Palais Garnier d’une des plus belles et célèbres chorégraphies de Sir Kenneth MacMillan (1929‑1992) d’après le roman de l’Abbé Prevost. Elle marque à la fois son entrée dans sa deuxième centaine de représentations à Paris et les adieux à la scène de la danseuse étoile Dorothée Gilbert.


L’Histoire de Manon, créée par le Royal Ballet à Londres en 1974 et entrée au répertoire du Ballet de l’Opéra national de Paris en 1990 sous le directorat de Patrick Dupond, est une des cinq chorégraphies de Kenneth MacMillan à faire partie du répertoire de cette compagnie. Il en est probablement un des plus beaux joyaux qu’on ne se lasse jamais de revoir, au même titre que les meilleures chorégraphies de Rudolf Noureev et que certaines créations plus récentes telles Le Parc d’Angelin Preljocaj ou certaines pièces de John Neumeier.


Librement adapté du roman L’Histoire du chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut de l’Abbé Prévost (1731), il a pour substrat musical une partition très habilement confectionnée sur un patchwork d’extraits d’œuvres de Massenet par le compositeur anglais Leighton Lucas, réarrangées et orchestrées par le chef d’orchestre Martin Yates, qui dirige ces représentations à la tête de l’Orchestre de l’Opéra national de Paris. La particularité de cette partition est de ne comporter aucun fragment de l’opéra homonyme de Massenet et d’inspirer et accompagner la danse de façon constamment dramatique.


La chorégraphie, qui est probablement la meilleure de MacMillan, est, dans les décors et costumes de Nicholas Georgiadis à la fois somptueux et efficaces, réussit à combiner une suite ininterrompue de figures d’une difficulté extrême et d’un effet toujours très théâtral pour les protagonistes principaux et un incessant mouvement tout aussi valorisant pour les seconds rôles, silhouettes et figurants. Le spectacle est magnifique d’un bout à l’autre, un chef‑d’œuvre de raffinement aussi bien dans les rutilances des scènes de genre, comme celle de l’auberge qui ouvre le ballet, que sa poignante conclusion dans le bayou de La Nouvelle-Orléans qui le clôt.


On n’avait pas depuis longtemps connu telle perfection sur la scène du Palais Garnier où, tant le corps de ballet que les solistes et l’orchestre rivalisaient pour donner une représentation d’exception. Beaucoup d’émotion bien sûr, occasionnée par le fait que ce sont les dernières à donner à voir danser le couple mythique formé par les deux étoiles, Dorothée Gilbert et Hugo Marchand, qui ont illustré le couple Manon/Des Grieux pendant tant d’années. On ne peut que s’extasier devant l’incarnation de l’une dans la trajectoire tragique de cette héroïne et l’élégance de l’autre dans le déroulé de son poignant destin. Et devant l’excellence technique de leur danse, qui surmonte les périlleux et spectaculaires portés inventés par MacMillan, les quatre bouleversants duos et l’intégration à l’ensemble, qui comporte notamment à l’hôtel particulier de Madame des scènes aussi complexes que saisissantes.


Magnifiques aussi les prestations du couple formé par Lescaut, frère de Manon et sa maîtresse, dansé par Thomas Docquir, dernier danseur étoile nommé de la compagnie, hallucinant de vérité dans sa scène vertigineuse d’ébriété au salon de Madame, et Bianca Scudamore, maniant avec virtuosité ingénuité et précision.


Personne ne voudra manquer la soirée des adieux à la scène de Dorothée Gilbert, le jeudi 15 octobre à 19 heures 30, qui sera bien heureusement retransmise en direct sur la chaîne de streaming Paris Opera Play, où elle restera disponible pendant un mois.



Olivier Brunel

 

 

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