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Les Arts Florissants Paris Philharmonie 09/28/2026 - et 4 (Luxembourg), 6 (Versailles) octobre 2026 Jean-Philippe Rameau : Quam dilecta tabernacula – In convertendo Dominus
Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville : Dominus regnavit – In exitu Israel Song Hee Lee (dessus), Emmanuelle de Negri (dessus), Bastien Rimondi (haute‑contre), Constantin Goubet (taille), Ben Kazez (basse‑taille), Lisandro Abadie (basse)
Emmanuel Resche-Caserta (premier violon solo, assistant musical), Les Arts Florissants, William Christie (direction)
 (© Sébastien Gauthier)
Le motet est « une compofition de Mufique, fort figurée, & enrichie de tout ce qu’il y a de plus fin dans l’art de la compofition, à 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. & plus encore de Voix ou de Parties, fouvent avec des Inftruments, mais ordinairement, & prefque toujours, du moins avec une Baffe Continuë » écrivait Sébastien de Brossard dans son Dictionnaire de musique (6e édition, Amsterdam, p. 71). Genre religieux extrêmement important apparu dès le Moyen Age, le motet connut plusieurs évolutions à travers le temps dont le genre du grand motet, qui fait sans doute partie des principaux héritages musicaux du règne de Louis XIV, marque, en quelque sorte, à la fois l’aboutissement et l’apogée. Parfois également appelé « motet à grand chœur », le grand motet était une pièce solennelle, requérant des effectifs importants (tant instrumentaux que vocaux), et qui était une invention purement française. Lully et De Lalande en premier lieu, Du Mont, Desmarets, Charpentier également, nombre de compositeurs l’illustrèrent donc avec faste : le concert donné ce soir par Les Arts Florissants rendait à son tour hommage au grand motet en puisant son programme chez deux compositeurs qui en écrivirent également plusieurs, Jean‑Philippe Rameau (1683‑1764) et Jean‑Joseph Cassanéa de Mondonville (1711‑1772).
Alors, qui mieux que William Christie, véritable pape de la musique baroque française, et Les Arts Florissants pour servir ce répertoire ? Un disque de grands motets de Rameau (In convertendo, Quam dilecta, Deus Noster refugium avec notamment, excusez du peu, Sophie Daneman en dessus, Nicolas Rivenq en taille et le jeune Paul Agnew en haute‑contre !) et un de ceux de Mondonville (Dominus Regnavit, In exitu Israel et De Profundis avec de nouveau, entre autres, Sophie Daneman et Paul Agnew) publiés chez Erato au début des années 1990 témoignaient d’emblée des affinités existant entre ces œuvres et ces interprètes, ces deux disques figurant à l’évidence comme faisant toujours partie des plus belles réalisations du chef franco‑américain.
Ce soir, les vingt-cinq chanteurs (incluant les solistes) et les vingt‑quatre musiciens furent pleinement à la hauteur des quatre grands motets au programme. Dès le début de l’« Air. Tendrement » du premier motet de Rameau, Quam dilecta tabernacula, l’introduction des deux flûtes et des violoncelles nous entraîna dans un climat très arcadien, que l’on retrouva pleinement dans l’« Air. Gracieusement », où les deux flûtes illustrèrent avec beaucoup de justesse les passereaux et tourterelles qui y étaient évoqués. C’est un climat assez similaire que l’on retrouva ensuite dans l’autre motet de Rameau, In convertendo Dominus, où s’illustra le baryton Ben Kazez, révélation de la soirée : quel chanteur, qui fut également de tout premier ordre dans l’air virtuose « A facie domini » (dans le motet In exitu Israel de Mondonville) ! Le chœur des Arts Florissants fut exceptionnel de bout en bout, notamment dans le véhément In exitu Israel déjà cité : l’air « Jordanis conversus est retrorsum » fut tout particulièrement réussi. Si Song Hee Lee possède l’ingénuité requise par la partition, on saluera une nouvelle fois l’implication sans faille d’Emmanuelle de Negri, grande habituée de ce répertoire, le reste de l’équipe étant également à son meilleur (soulignons en particulier les très belles interventions du ténor Constantin Goubet).
Alternant comme à son habitude de grands gestes à la limite de l’emphase et une totale liberté laissée à l’orchestre pour jouer (mais il est vrai que le premier violon Emmanuel Resche-Caserta veillait quand même au grain), William Christie, arborant une nouvelle fois ses célèbres chaussettes cardinalices, dirige ces œuvres avec une évidente familiarité mais sans toujours suffisamment insister sur les contrastes. Une nouvelle fois, l’orchestre des Arts Florissants fut très bon, mais on regrettera parfois, de temps à autre, un certain manque de mordant (dans l’introduction du motet In exitu Israel, qui aurait justifié d’être joué plus serré, presque plus sec) et même un manque de véhémence : à ce titre, le « Elevaverunt flumina », passage exceptionnel du non mois génial Dominus regnavit, aurait mérité davantage de fougue, d’emportement, de débordement même, les deux flûtes nous ayant alors paru bien timides, en tout cas bien effacées par rapport à l’enregistrement auquel nous avons déjà fait référence.
Salués avec chaleurs par le public venu nombreux en ce lundi soir, William Christie et les siens lui offrirent pas moins de quatre bis : outre deux extraits issus de chacun des motets de Mondonville déjà entendus (en l’espèce les chœurs « Mare vidit, et fugit » et « Jordanis, conversus est retrorsum » issus d’In exitu Israel, le chœur « Elevaverunt flumina » extrait du Dominus regnavit), on aura ainsi pu entendre deux extraits de Castor et Pollux (« Kyrie eleison » et le quatuor « O amor, fons vivus ») de Rameau, concluant une soirée haute en couleurs qui aura parfaitement rendu hommage à la musique du Grand Siècle.
Le site de Bastien Rimondi
Le site de Ben Kazez
Le site de Lisandro Abadie
Le site d’Emmanuel Resche-Caserta
Le site des Arts Florissants
Sébastien Gauthier
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