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Quand La Flûte enchantée retrouve le goût du merveilleux

Zurich
Opernhaus
09/20/2026 -  et 25* septembre, 6, 18, 21, 24, 30 octobre 2026, 2, 8, 18, 20, 23 avril 2027
Wolfgang Amadeus Mozart : Die Zauberflöte, K. 620
Magnus Dietrich*/Johan Krogius (Tamino), Regula Mühlemann*/Kathrin Zukowski (Pamina), Yannick Debus (Papageno), Jasmin Delfs*/Alina Wunderlin (Königin der Nacht), Tobias Kehrer*/Brent Michael Smith (Sarastro), Mariam Suleiman (Papagena), Nathan Haller (Monostatos), Hannah McKay (1. Dame), Karima El Demerdasch (2. Dame), Dominika Stefanska (3. Dame), Andrew Moore*/Evan Gray (Sprecher), Salvador Villanueva (2. Priester), Rafael Rojas (1. Geharnischter), Theodore McAlindon (2. Geharnischter), Solistes du Tölzer Knabenchor (Drei Knaben)
Chor der Oper Zürich, Klaas‑Jan de Groot (préparation), Orchester der Oper Zürich, Tarmo Peltokoski (direction musicale)
Daniele Finzi Pasca (mise en scène, lumières), Hugo Gargiulo (décors), Matteo Verlicchi (collaboration aux décors), Giovanna Buzzi (costumes), Maria Bonzanigo (chorégraphie), Roberto Vitalini (vidéo), Kathrin Brunner (dramaturgie)


(© Herwig Prammer)


Et si, pour retrouver la magie de La Flûte enchantée, il suffisait de recommencer à croire aux illusions ? Pour ouvrir sa saison 2026‑2027, l’Opernhaus de Zurich a confié l’ultime opéra de Mozart à Daniele Finzi Pasca, homme de théâtre autant que de cirque, passé par le Cirque du Soleil et les grandes cérémonies olympiques. Plutôt que de disséquer le livret de Schikaneder, ses symboles maçonniques et ses zones d’ombre, le metteur en scène a choisi de renouer avec le monde merveilleux de l’enfance. Et cela fonctionne, souvent avec éclat, parfois au prix d’une certaine superficialité.


Dès les premières mesures, le ton est donné. Tamino n’est pas un prince héroïque, mais un musicien qui arrive en retard, sa flûte à la main, avant de se retrouver happé dans un univers qui bascule dans une logique de rêve où tout peut se transformer : des animaux surgissent comme par enchantement, des oiseaux traversent l’espace, les objets semblent doués d’une vie propre. Daniele Finzi Pasca travaille comme un illusionniste, sans relecture conceptuelle, mais avec une succession de tableaux et de trouvailles visuelles. Les décors de Hugo Gargiulo, les costumes de Giovanna Buzzi, les vidéos de Roberto Vitalini et la chorégraphie de Maria Bonzanigo composent un théâtre d’images qui assume pleinement son caractère artisanal et poétique. Des œufs munis d’hélices, des trônes téléguidés, des oiseaux acrobates, des apparitions aériennes, le plateau ne cesse de bouger. La présence d’acrobates et de trapézistes n’est jamais un simple gadget mais prolonge l’idée d’un monde où les lois ordinaires de la gravité, comme celles de la raison, peuvent être momentanément suspendues. Et c’est probablement là que réside la plus grande réussite de cette production : elle ne cherche pas à expliquer la magie, elle la fabrique sous les yeux des spectateurs. Les changements de perspective sont rapides, les couleurs fortement contrastées, les apparitions soigneusement réglées. Le royaume de la Reine de la Nuit se pare de bleu et d’or ; celui de Sarastro devient au contraire un univers minéral et monumental. Le spectacle vise aussi un public familial et revendique une forme d’accessibilité immédiate. Il y réussit même si certaines séquences finissent par donner l’impression d’un magnifique album d’images plus que d’une véritable lecture dramatique de l’ouvrage de Mozart.


Le plateau vocal est de haute volée. A commencer par le Tamino de Magnus Dietrich, à la voix claire, lumineuse et juvénile. Le ténor épouse admirablement l’idée d’un homme ordinaire projeté dans un univers qui le dépasse avant de trouver, peu à peu, sa place et sa maturité. Face à lui, Regula Mühlemann est une Pamina des plus attachantes. La soprano suisse possède cette luminosité vocale qui convient idéalement à Mozart, mais surtout une capacité à faire entendre les métamorphoses intérieures du personnage. Sa Pamina commence dans la fragilité avant de conquérir progressivement son autonomie. Mais la révélation de la soirée est peut‑être Yannick Debus. Son Papageno possède exactement ce mélange de drôlerie, de naïveté, de vitalité et de tendresse qui fait le prix du personnage. Le baryton allemand bénéficie d’une présence scénique naturelle, d’un sens impeccable de la verve comique et d’une voix sonore, souple et chaleureuse. Jasmin Delfs impose une Reine de la nuit spectaculaire et incisive, tandis que les trois dames et surtout les trois jeunes garçons apportent une fraîcheur bienvenue à l’ensemble, de même que l’espiègle Papagena de Mariam Suleiman. Le Chœur de l’Opernhaus se montre homogène et précis. La seule réserve concerne le Sarastro de Tobias Kehrer. Le rôle réclame autorité et profondeur, mais l’incarnation manque ici de présence, avec de surcroît chez le chanteur un timbre nasal.


La grande surprise de cette ouverture de saison vient cependant de la fosse. A seulement 26 ans, le Finlandais Tarmo Peltokoski – un nom à retenir – aborde La Flûte enchantée avec une maturité qui force l’attention. Sa direction respire, ménage les contrastes, soigne les articulations et laisse circuler avec naturel les multiples registres de la partition. L’orchestre lui répond avec une remarquable précision.



Claudio Poloni

 

 

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