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Ascona change de tempo

Locarno
Chiesa di San Francesco
09/18/2026 -  et 16 (Besançon), 17 (Basel) septembre 2026
Wolfgang Amadeus Mozart : Symphonie n° 36 en ut majeur « Linz », KV 425 – Grande Messe en ut mineur, KV 417a [427] – Ave verum corpus, KV 618
Marie Lys (soprano), Julia Lezhneva (soprano), Matthew Newlin (ténor), Nicolas Brooymans (basse)
Tölzer Knabenchor, Christian Fliegner (préparation), Kammerorchester Basel, Francesco Corti (direction)


(© Roberto Barra)


Les Settimane Musicali di Ascona changent de nom, mais surtout de dimension. Rebaptisée « classicAscona », la manifestation tessinoise entame une nouvelle ère sous la direction artistique de Christoph Müller, qui a façonné pendant près d’un quart de siècle le Festival Menuhin de Gstaad. Le changement est manifeste. Les anciennes Settimane Musicali reposaient avant tout sur une succession de grands concerts. Christoph Müller souhaite créer une marque artistique capable d’attirer de nouveaux publics tout en conservant l’exigence qui a fait la réputation des Settimane Musicali ; il veut mettre sur pied un véritable festival, plus dense, plus international et davantage connecté au territoire. Artistes en résidence, académie, classes de maîtres, concerts dans différents lieux du Tessin, rencontres et projets autour de la musique : classicAscona entend transformer le séjour musical en expérience globale. Avec une cinquantaine d’événements répartis sur trois semaines, le pari est ambitieux.


Pour le concert d’inauguration de sa première édition, Christoph Müller a choisi un programme qui résume assez bien ses ambitions : la Trente-sixième Symphonie « Linz », la Grande Messe en ut mineur et l’Ave verum corpus de Mozart, une affiche à la fois prestigieuse et exigeante, confiée à Francesco Corti et à l’Orchestre de chambre de Bâle. Le chef impose un Mozart vif, articulé et transparent. Dans la Symphonie « Linz », les attaques sont franches, les contrastes nettement dessinés et les tempi donnent à la musique une belle tension. Pas de Mozart empesé ici, la musique respire, avance, danse même. Dans la Messe, le chef privilégie la lisibilité des lignes et la précision du contrepoint. L’orchestre bâlois lui répond avec une remarquable netteté, des cordes incisives et des vents particulièrement présents. Un bémol toutefois : cette recherche permanente de transparence et d’élégance a tendance à brider quelque peu la puissance émotionnelle de la partition, qui manque par instants de cette part de vertige et de mystère qui fait basculer Mozart du côté du sublime. Le Tölzer Knabenchor constitue l’une des grandes réussites de la soirée. Homogénéité, précision, aigus lumineux, articulation impeccable, les voix d’enfants donnent à la Messe une clarté presque surnaturelle. Même dans les grands ensembles, chaque ligne demeure perceptible. Une véritable leçon de discipline chorale.


Mais le moment le plus intrigant du concert vient de la confrontation – ou plutôt de la complémentarité – entre Julia Lezhneva et Marie Lys. Julia Lezhneva semble appartenir à une autre planète vocale : aigus cristallins, vocalises d’une précision sidérante, émission légère et capacité à faire flotter le son avec une facilité déconcertante. Dans les passages les plus virtuoses, la technique paraît presque insolente de naturel. Mais cette perfection a son revers : la voix fascine davantage qu’elle n’émeut. Marie Lys propose exactement l’inverse. Plus chaleureuse, plus charnelle, plus directement expressive, elle inscrit davantage le texte dans la respiration et dans le sentiment. Là où sa collègue apporte la lumière et la virtuosité, elle fait entrer la matière et le lyrisme. Les interventions de Matthew Newlin, ténor clair et élégant, et de Nicolas Brooymans, basse solide et bien intégrée, complètent une distribution homogène et équilibrée. Après l’ampleur de la Messe, les quelques minutes de l’Ave verum corpus suffisent pour ramener Mozart à l’essentiel. Francesco Corti allège le geste, les voix du Tölzer Knabenchor prennent une luminosité presque irréelle et l’émotion naît précisément de cette économie de moyens.


Pour son premier concert, classicAscona a au moins réussi une chose essentielle : donner envie de voir jusqu’où Christoph Müller entend pousser le curseur.


Le site de classicAscona



Claudio Poloni

 

 

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