About us / Contact

The Classical Music Network

Paris

Europe : Paris, Londn, Zurich, Geneva, Strasbourg, Bruxelles, Gent
America : New York, San Francisco, Montreal                       WORLD


Newsletter
Your email :

 

Back

A tombeaux ouverts

Paris
Philharmonie
09/01/2026 -  et 26 août 2026 (London)
Richard Strauss : Der Rosenkavalier, opus 59 : Suite (réalisation Artur Rodzinski) – Salomé, opus 54 : Scène finale – Ein Heldenleben, opus 40
Elza van den Heever (soprano)
The Met Orchestra, Yannick Nézet‑Séguin (direction)


E. van den Heever (© Jiyang Chen)


A Yannick Nézet-Séguin l’honneur d’inaugurer ces Prem’s 2026, version parisienne des Proms londoniens, dans une salle où sept cents places ont été aménagées au parterre, proposées à un prix très modique.


Il dirige son Orchestre du Met, machine américaine impeccablement huilée. Mais le chef canadien, peut‑être trompé par une acoustique qu’a modifiée la disparition des fauteuils, n’en canalise pas la rutilante sonorité, donnant l’impression, dans la Suite du Chevalier à la rose concoctée par Artur Rodzinski – à ne pas confondre avec la Suite de valses de Strauss lui‑même –, de ne chercher qu’à briller. Le lyricomane, de toute façon, se sent toujours frustré à l’écoute de cette Suite, où il a tendance à superposer intérieurement les voix aux instruments qui les remplacent. Ainsi, la présentation de la rose, au début du II, le trio final ne créent pas la même magie que la version originale chantée – et la péroraison tapageuse, correspondant à la piteuse sortie d’un baron Ochs ridiculisé, s’enchaîne fort mal aux dernières mesures du trio. Yannick Nézet‑Séguin dirige à tombeaux ouverts, prodigue et virtuose. Mais la luxuriance occulte la poésie sensuelle de certaines pages et l’on ne le qualifiera pas de roi de la valse, ce qu’avait d’ailleurs montré son concert du Nouvel an viennois.


C’est un bonheur d’entendre la scène finale de Salomé à partir de « Es ist kein Laut zu vernehmen », un des passages les plus audacieux de la partition, avec cette déclamation anticipant le Sprechgesang sur un obstiné si bémol aigu de la contrebasse solo : elle commence souvent par l’explosion de « Ach, du wolltest nicht deinen Mund küssen lassen ». On sait, pour l’avoir vue à Bastille, quelle formidable Salomé peut être Elza van den Heever, surtout dans cette scène finale. Mais seul le fascinant aigu émerge vraiment d’une masse orchestrale débondée, qui avale souvent la voix du médium au grave – la faute à l’acoustique, une fois de plus, la soprano sud‑africaine n’étant dépourvue ni de l’un ni de l’autre. Elle joue, de surcroît, autant qu’elle chante, monstre innocent, les bras levés à la fin, crucifiée par l’orgasme. Certes pas tout à fait insensible à l’érotisme sulfureux de la musique, Yannick Nézet‑Séguin en exalte d’abord la prophétique modernité. Beaucoup moins convaincant, de part et d’autre, sera « Zueignung » donné à l’issue du programme, exprimant cette fois l’extase de l’amour partagé.


La sonorité de l’orchestre s’avère beaucoup mieux canalisée pour Une vie de héros, même si la direction reste assez démonstrative, plus attachée à l’éclat qu’à la profondeur. « Le Héros » initial cherche un peu sa trajectoire, mais le chef révèle assez vite son instinct de conteur, avec des transitions bien négociées. On aimerait cependant une respiration plus libre dans « La Compagne du héros », aux voluptés un rien corsetées – magnifique violon de Benjamin Bowman en tout cas. « Le Champ de bataille », on s’en doute, attise tous les feux de son orgie sonore. « Les Œuvres de paix du héros » et « La Retraite et l’Accomplissement du héros », où il ne s’agit plus de briller, creusent enfin la musique sans s’abstraire des suggestions du programme, laissant affleurer l’émotion.



Didier van Moere

 

 

Copyright ©ConcertoNet.com