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A Gstaad, Mahler entre fragilité et fulgurance Gstaad Tente du festival 08/28/2026 - Alma Mahler : Laue Sommernacht – Ich wandle unter Blumen – Die stille Stadt
Gustav Mahler : Rückert-Lieder – Symphonie n° 5 en do dièse mineur
Thomas Hampson (baryton)
Royal Philharmonic Orchestra, Vasily Petrenko (direction)
 T. Hampson, V. Petrenko (© Menuhin Festival Gstaad/Bailey Davidson)
Une soirée à hauts et à bas, mais une soirée profondément humaine. A Gstaad, le Royal Philharmonic Orchestra et Thomas Hampson (qui dirige désormais l’Académie vocale du festival) avaient placé Mahler au cœur de leur programme : des mélodies d’Alma Mahler pour commencer, puis les Rückert‑Lieder et, pour terminer, la Cinquième Symphonie. Une affiche somptueuse qui aura surtout révélé les vertus de l’engagement lorsque la perfection technique fait défaut.
Thomas Hampson était indisposé. Et cela s’est immédiatement entendu. La voix, d’ordinaire si riche en couleurs et en nuances, est apparue blanche, mate, parfois dévitalisée. Le souffle s’est fait plus court, avec des difficultés perceptibles dans les longues phrases mahlériennes. Certaines lignes semblaient devoir être conquises au prix d’un effort supplémentaire. Et pourtant, impossible de réduire cette interprétation à ces fragilités vocales. Car le baryton, immense connaisseur du répertoire allemand, a compensé ce que l’instrument ne pouvait momentanément offrir par une présence et une intelligence musicale remarquables. La diction, admirable de netteté, faisait vivre chaque mot. Le texte de Rückert n’était pas simplement chanté : il était pensé, pesé, habité, et c’est là que résidait toute la force de cette interprétation. Dans « Ich bin der Welt abhanden gekommen », Thomas Hampson a su installer cette atmosphère de retrait, de solitude et d’apaisement qui constitue le cœur du cycle. Peu de séduction vocale, certes, mais une émotion à vif. Chaque inflexion semblait venir de l’intérieur. Le chanteur ne cherchait jamais à masquer son indisposition ; il la transcendait par l’expression.
Trois lieder d’Alma Mahler ont entamé cette parenthèse intimiste. Sans atteindre la puissance ni la profondeur des sommets mahlériens, ces mélodies se sont révélées intéressantes par leur atmosphère et leur écriture sensible. Thomas Hampson en a surtout fait ressortir les climats : mélancolie, sensualité, trouble, délicatesse, sachant raconter une histoire en quelques phrases, installer une couleur psychologique, créer une tension presque théâtrale. Il a aussi rappelé qu’un grand chanteur ne se mesure pas seulement à la splendeur de son timbre, mais à sa capacité à faire surgir du sens lorsque l’instrument est momentanément en retrait.
La Cinquième Symphonie allait malheureusement confirmer les difficultés de la soirée. Le Royal Philharmonic Orchestra, placé sous la baguette de Vasily Petrenko, a abordé l’œuvre avec une certaine lourdeur, peinant à trouver d’emblée la tension et l’élan qui doivent parcourir cette partition monumentale. Dès les premières mesures, la trompette solo a multiplié les fausses notes, donnant à l’ouverture une entrée en matière particulièrement laborieuse. D’autres interventions ont connu des approximations, fragilisant la cohésion de l’ensemble. Mahler ne pardonne guère ces flottements. Sa Cinquième est une mécanique extrêmement exposée : chaque pupitre, chaque solo, chaque changement de climat compte. Ici, les aspérités instrumentales ont parfois empêché la construction dramatique de prendre véritablement son envol. La progression s’est ainsi révélée plus sinueuse qu’irrésistible. Les contrastes et les ruptures semblaient parfois davantage juxtaposés qu’organisés en une grande trajectoire. Puis vint l’Adagietto, et soudain tout a changé. Le temps s’est suspendu. Les cordes ont trouvé une respiration, une profondeur et une douceur qui avaient jusque‑là fait défaut. L’orchestre a enfin laissé parler Mahler sans surcharge ni précipitation, dans une lecture à la fois ample et suspendue. La tension n’était plus extérieure : elle venait du silence entre les phrases, de la fragilité des cordes, de cette sensation de musique qui avance en apesanteur. Un instant de grâce qui a presque fait oublier les errements précédents.
Claudio Poloni
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