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Berlin, la perfection sous contrôle Lucerne Centre de la culture et des congrès 08/26/2026 - et 21 (Berlin), 23 (Salzburg), 29 (Edinburgh) août, 2 septembre (London), 10 (New York), 14 (Bogotá), 19 (São Paulo), 22 (Buenos Aires) octobre 2026 Edward Elgar : Variations sur un thème original « Enigma », opus 36
Piotr Ilyitch Tchaïkovski : Symphonie n° 4 en fa mineur, opus 36 Berliner Philharmoniker, Kirill Petrenko (direction)  (© Lena Laine)
Cinq jours après Berlin et trois après Salzbourg, l’Orchestre philharmonique de Berlin a donné le même concert à Lucerne, sous la baguette de son chef titulaire, Kirill Petrenko. Et comme à Berlin, la soirée s’est terminée par une ovation debout et sous les acclamations enthousiastes d’un public ravi d’avoir entendu cette fabuleuse phalange que sont les Berliner, tellement impressionnante techniquement. La prestation musicale de la formation et du chef ayant déjà été analysée en détail ici, on n’y reviendra pas. On mentionnera seulement que la précision acoustique légendaire de la célèbre salle de Lucerne, conçue par Jean Nouvel, a permis d’entendre la formation moins comme une masse orchestrale somptueuse que comme une formidable machine à détails. Dans Enigma, les portraits des différentes variations sont apparus très nettement, chaque pupitre ayant son espace. Densité des cordes, moelleux des bois, profondeur des graves, puissance des tutti, on ne savait qu’admirer le plus. Si on veut absolument chercher la petite bête, on pourrait dire qu’une telle somptuosité peut éloigner l’œuvre de cette élégance britannique plus mate et plus pudique que l’on associe à Elgar.
Dans Tchaïkovski, la transparence de la salle a rendu parfaitement perceptible la construction extrêmement contrôlée de Kirill Petrenko. Le chef a cherché à débarrasser l’œuvre de tout sentimentalisme sans la déshumaniser, il n’a pas « dramatisé » artificiellement, il a libéré l’énergie accumulée. Discipline extrême, transparence des plans, refus du pathos, précision rythmique, importance des bois et des vents, capacité à faire fonctionner l’immense machine comme un orchestre de chambre démultiplié, voilà la patte Petrenko, quitte à ce que cette perfection puisse parfois devenir trop contrôlée. Lucerne aura donc confirmé, plus que révélé, le Philharmonique de Berlin de Kirill Petrenko: une machine orchestrale d’une précision sidérante, capable des plus grandes flamboyances comme des raffinements les plus ténus. Mais à force de vouloir tout contrôler, Kirill Petrenko ne risque‑t‑il pas parfois de retenir cette part d’imprévisible et de liberté qui transforme une interprétation parfaite en soirée inoubliable ? Pour le reste, difficile de nier l’évidence : sept ans après son arrivée, Kirill Petrenko semble avoir définitivement trouvé les clés de Berlin.
Claudio Poloni
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