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Daniel Hope, un nouveau souffle pour Gstaad

Gstaad
Tente du festival
08/21/2026 -  et 23 août 2026 (Baden-Baden)
Giacomo Puccini : La bohème
Benjamin Bernheim (Rodolfo), Carolina López Moreno (Mimi), Lodovico Filippo Ravizza (Marcello), Biagio Pizzuti (Schaunard), Gianluca Buratto (Colline) Sandra Hamaoui (Musetta), Roberto Abbondanza (Benoît, Alcindoro)
Chor der Bühnen Bern, Zsolt Czetner (préparation), Gstaad Festival Orchestra, Marco Armiliato (direction musicale)
Fabio Rickenmann (mise en espace)


(© Raphaël Faux)


Pour sa première édition à la tête du Festival Menuhin de Gstaad – qui fête cette année ses soixante‑dix ans et qui s’est ouvert le 16 juillet pour se terminer le 5 septembre – Daniel Hope joue la carte de la fidélité sans pour autant renoncer à l’ambition. Enfant de la maison, héritier direct de Yehudi Menuhin, le violoniste veut faire souffler un vent nouveau sur la manifestation. Avec, en ligne de mire, un projet majeur : remplacer la mythique tente par une salle en dur. Daniel Hope n’arrive pas à Gstaad en terrain inconnu. Il y revient, en quelque sorte, chez lui. Sa mère a été l’assistante de Yehudi Menuhin. Le jeune violoniste a personnellement connu le maître et fréquenté très tôt le festival. Une histoire personnelle qui donne à sa nomination une dimension particulière. Cette proximité avec Menuhin n’est pourtant pas synonyme de nostalgie. Au contraire, Daniel Hope entend s’appuyer sur cet héritage pour propulser Gstaad vers une nouvelle étape. Son credo tient en quelques mots : préserver l’esprit de Menuhin, mais éviter que la manifestation s’endorme sur ses lauriers.


Le nouveau directeur artistique dispose pour cela d’un atout considérable : son réseau. Violoniste international, producteur, pédagogue, personnalité médiatique et infatigable passeur, Daniel Hope connaît les grandes scènes et leurs artistes. Il peut ouvrir des portes, attirer de nouveaux noms, susciter des collaborations et donner davantage de visibilité internationale au Festival. Mais le défi est de taille. Après vingt‑quatre années pendant lesquelles son prédécesseur, Christoph Müller, a profondément ancré la manifestation dans le paysage musical international, il faut maintenant construire l’avenir.


Car le véritable grand chantier qui attend Daniel Hope ne se trouve pas sur les pupitres des orchestres, mais bien sous la tente. La célèbre tente de Gstaad fait partie du décor, presque du folklore du Festival. Mais elle est aussi devenue une limite. Infrastructure temporaire, contraintes techniques et climatiques, exigences acoustiques, conditions de travail : à l’heure où les ambitions artistiques grandissent, l’outil montre ses limites. Le projet d’une salle permanente constitue donc un tournant historique. Selon le calendrier annoncé, le chantier devrait démarrer en septembre 2027 et durer environ trois ans et demi. Si ce calendrier se confirme, Gstaad pourrait ainsi changer de visage au début des années 2030.


Depuis quelques années maintenant, le Festival Menuhin de Gstaad propose chaque été un opéra en version de concert sous la tente. Cette année, c’est La Bohème de Puccini qui était à l’affiche. Le spectacle a fait mouche, porté par un orchestre incandescent, un chœur remarquable et surtout un Rodolfo de luxe : Benjamin Bernheim, tout simplement royal. Seule réserve : une Mimi à la voix somptueuse mais au profil dramatique moins convaincant.


A la tête de l’Orchestre du Festival de Gstaad, Marco Armiliato dirige sans partition, tant il connaît son Puccini par cœur. Gestique précise, attention permanente aux chanteurs : le chef italien conduit l’œuvre avec une maîtrise impressionnante. L’orchestre se déploie avec des couleurs magnifiques, des contrastes aiguisés, une dynamique constamment renouvelée. Les passages intimes respirent ; les grands déferlements orchestraux prennent de l’ampleur ; la tension dramatique ne retombe jamais. Par moments, le volume frôle toutefois la saturation. Mais difficile d’en faire entièrement grief au chef : l’acoustique de la tente de Gstaad reste un partenaire capricieux, capable de magnifier certaines sonorités comme de les épaissir brutalement dans les ensembles. Le chœur, lui aussi, est excellent. Précis, homogène, vivant, il apporte aux scènes collectives cette énergie populaire qui fait respirer le Paris de Puccini.


Mais le véritable événement de la soirée porte un nom : Benjamin Bernheim. En Rodolfo, le ténor franco‑suisse est superbe. Le timbre est solaire, les aigus jaillissent avec une facilité insolente, le legato coule naturellement. Et surtout, il y a cette sensualité vocale qui donne immédiatement chair au personnage. Benjamin Bernheim ne force rien, il séduit par la beauté du son, par la ligne, par l’élégance du phrasé. Dans « Che gelida manina », il déploie un chant d’une évidence rare. L’aigu rayonne sans jamais paraître arraché. Mais c’est peut-être dans les moments plus tendres que son Rodolfo impressionne le plus : une voix qui sait aimer avant même de chercher à émouvoir.


On mentionnera également la très belle prestation de Gianluca Buratto dans le rôle de Colline, solide, profond et parfaitement intégré à l’ensemble. Son « Vecchia zimarra » apporte cette respiration mélancolique indispensable au troisième acte et confirme le haut niveau vocal de la distribution, avec un Schaunard efficace (Biagio Pizzuti) et un Marcello (Lodovico Filippo Ravizza) bien chantant et engagé dans son personnage, quand bien même le timbre manque quelque peu de puissance. On signalera aussi la Musette coquette et enjouée de Sandra Hamaoui, à l’abattage scénique impressionnant et à la musicalité évidente.


Pour ce qui est de la Mimi de Carolina López Moreno, le bilan est plus contrasté. Le matériau vocal est incontestablement somptueux : une voix opulente, riche, généreuse, dotée d’une belle matière, des aigus rayonnants, un médium charnu. Mais précisément, cette richesse semble parfois éloigner la chanteuse de l’essence du personnage. Mimi n’est pas une diva. Elle doit être fragile, presque vulnérable, avec quelque chose de tremblant et d’effacé. Ici, la voix impose davantage qu’elle ne suggère. Et surtout, l’interprétation mise beaucoup sur la séduction. Or Mimi n’est pas Musetta. Son charme vient de sa pudeur, de sa simplicité, de cette fragilité qui rend son destin tragique. Le contraste avec Benjamin Bernheim est dès lors particulièrement frappant. Lui trouve immédiatement le juste équilibre entre sensualité et émotion ; elle paraît parfois trop consciente de ses moyens vocaux. Ce n’est donc pas la beauté du matériau qui est en cause, mais son adéquation au personnage. On a hâte cependant d’entendre Carolina López Moreno dans d’autres rôles.


La mise en espace du très jeune Fabio Rickenmann constitue une bonne surprise. Sans chercher à fabriquer artificiellement un spectacle là où il n’y a qu’une version de concert, avec par exemple quelques tables et chaises pour suggérer le Café Momus du deuxième acte, elle suggère les situations, organise les déplacements et donne aux personnages une véritable présence scénique. Juste assez pour faire vivre l’action, sans jamais détourner l’attention de la musique. Une Bohème qui a fait mouche à Gstaad !


Le site du Festival Menuhin de Gstaad



Claudio Poloni

 

 

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