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Voyage d’été

Montignac
Saint-Léon-sur-Vézère (Eglise Saint-Léonce)
08/16/2026 -  et 27 novembre 2025 (Berlin), 21 avril (Paris), 14 août (Névache), 11 septembre (Sceaux), 16 octobre (Paris) 2026, 12 mars 2027 (Gent)
Franz Schubert : Winterreise, D. 911
Samuel Hasselhorn (baryton), Ammiel Bushakevitz (piano)


Dernière journée pour la quarante‑quatrième édition Festival du Périgord noir, intitulée « Voyages – Tout un monde lointain... » : même si l’été bat son plein et qu’il fait donc très chaud en l’église Saint‑Léonce de Saint‑Léon-sur‑Vézère, la programmation ne pouvait omettre Le Voyage d’hiver, d’autant que l’œuvre a déjà fait les beaux jours du festival, avec une liste impressionnante de chanteurs que son président, Jean‑Luc Soulé, doit éprouver quelque légitime fierté à rappeler les noms dans son propos introductif.


Sans surprise, Samuel Hasselhorn, invité du festival dès 2014 suite au prix du lied qu’il avait remporté en 2013 au concours Lili et Nadia Boulanger, se sera révélé à la hauteur de ses illustres prédécesseurs. Sans surprise, car en récital et au disque, le baryton allemand (né en 1990) s’est fait une spécialité de Schubert, un répertoire dans lequel il excelle, en successeur de Hotter, Fischer‑Dieskau, Prey, Quasthoff et Goerne, sans pour autant ressembler à l’un ou l’autre et encore moins l’imiter.


La démonstration technique est stupéfiante : stabilité de la voix sur l’ensemble de la tessiture ; maîtrise du souffle ; puissance sans forcer ; parcimonie du vibrato ; clarté de la diction ; justesse impeccable ; pas la moindre note fausse ou même simplement détimbrée et, à vrai dire, pas une note qui ne soit magnifiquement timbrée ; jeu sur la couleur, du chant jusqu’au quasi parlé. Voilà qui lui permet d’aborder le recueil en toute sérénité, comme un vieux routier.


Certains s’en contenteraient, voire se laisseraient aller aux tentations de l’hédonisme ou du maniérisme. Mais on en est loin : plutôt que de faire un sort à chaque mot, quelques‑uns sont spectaculairement mis en lumière, comme le glaçant « Grabe » (tombeau) dans « Le Corbeau ». On se situe également aux antipodes des interprétations expressionnistes et hallucinées : avec Hasselhorn, les effets dramatiques sont d’autant plus saisissants qu’ils sont employés avec parcimonie – silences appuyés, légères inflexions du tempo. Le propos avance, sans précipitation, mais sans faire oublier que c’est d’un parcours qu’il s’agit, et certains lieder sont donc enchaînés attaca. Et si le phrasé est particulièrement soigné, ce n’est jamais une fin en soi : nul ne pourra prétendre que l’expression (« Sur le fleuve », « Solitude ») et la profondeur (« Le Poteau indicateur ») ne sont pas au rendez‑vous. Encore plus fort : il parvient à faire naître l’émotion avec une grande retenue, une admirable simplicité, comme si le seul énoncé du poème se faisait évidence (« Le Joueur de vielle »).


Face à une telle prestation vocale, il faut un pianiste à la hauteur. Hasselhorn donne plus ou moins régulièrement le cycle avec Philippe Bianconi, Florian Caroubi et Philippe Cassard, mais c’est avec son plus fidèle partenaire, Ammiel Bushakevitz (né en 1986), qu’il se produit ici. Un musicien inventif, jouant beaucoup sur les nuances, sachant poser le décor, si brève l’introduction soit elle, comme les quatre mesures de « La Tête du vieillard », mais aussi un complice évident, les deux artistes n’ayant visiblement aucun mal à avancer de pair, comme dans les à‑coups de « Feu follet ».


Un moment d’exception que les Franciliens pourront partager soit le 11 septembre à l’Orangerie du parc de Sceaux, soit le 16 octobre au Théâtre des Champs‑Elysées.


Le site de Samuel Hasselhorn
Le site d’Ammiel Bushakevitz



Simon Corley

 

 

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