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Champs enchantés Poitiers Sanxay (Théâtre gallo-romain) 08/08/2026 - et 10*, 12 août 2026 Wolfgang Amadeus Mozart : Die Zauberflöte, K. 620 Adrien Mathonat (Sarastro, Sprecher), Egor Zhuravskii (Tamino), Olivier Grand (Erster Priester, Zweiter Geharnischter Mann), Olivier Montmory (Zweiter Priester, Erster Geharnischter Mann), Lucie Kanková (Königin der Nacht), Lilit Davtyan (Pamina), Charlotte Bonnet (Erste Dame), Ahlima Mhamdi (Zweite Dame), Marie Gautrot (Dritte Dame), Danylo Matviienko (Papageno), Mélanie Boisvert (Papagena), Alfred Bironien (Monostatos), Bruno Haag, Emil Rosenkranz, Johan Alders (Drei Knaben)
Chœur des Soirées lyriques de Sanxay, Emmanuel Trenque (chef de chœur), Orchestre des Soirées lyriques de Sanxay, Moritz Gnann (direction musicale)
Andrea Tocchio (mise en scène, scénographie, création lumières), Christophe Blugeon-Lucquiaud (costumes)

Parvenues à leur vingt‑sixième édition, les Soirées lyriques de Sanxay, pour reprendre les mots de leur président, Dominique Hummel, qui rend un vibrant hommage aux quelques deux cent cinquante personnes se mobilisant pour que les trois représentations puissent se dérouler dans de bonnes conditions, continuent à réaliser un « travail de pros organisé par des bénévoles ». Leur contribution permet également de maintenir des tarifs raisonnables et l’on sent bien chez lui un bonheur intense quand, après avoir demandé au public, comme à l’accoutumée, qui vient pour la première fois à l’opéra, un nombre significatif de mains se lèvent : fidèle à son ambition originelle, cet « opéra des champs » continue d’attirer ceux qui, en particulier dans ces terres rurales, ne fréquentent pas les institutions lyriques – et ils ne le peuvent d’ailleurs pas dans l’ancienne région Poitou-Charentes, car elle est la seule à ne pas disposer d’un opéra permanent.
Dans l’ancien théâtre gallo‑romain, il n’y a pas que les grosses machines qui fonctionnent : malgré les contraintes inhérentes au plein air, à l’absence de sonorisation, aux dimensions de la scène et aux quelque 2 500 spectateurs que le site peut accueillir, Mozart, en particulier, est parvenu à s’imposer aux côtés de Verdi, Bizet et Puccini. Ainsi, après Don Giovanni en 2023, La Flûte enchantée, neuf ans après avoir été à l’affiche du festival, fait son retour en 2026 dans des conditions climatiques exceptionnelles et optimales, la chaleur continuant de dispenser ses bienfaits alors que généralement, il est prudent de prévoir de quoi se couvrir pour supporter la fraîcheur en fin de spectacle.
 O. Montmory, L. Davtyan, A. Mathonat, O. Grand (© Jean-Michel Piqué/Soirées lyriques de Sanxay)
Comme en 2024 pour La Bohème, Andrea Tocchio est responsable à la fois de la mise en scène, des décors et des lumières. Autrement plus consensuel et traditionnel que la production créée le mois dernier à Aix‑en‑Provence, son travail joue sans risque sur les oppositions habituelles : soleil et lune, blanc et noir. Dans le même esprit, pas un turban ne manque dans les costumes « orientaux » conçus par le directeur artistique des Soirées lyriques, Christophe Blugeon-Lucquiaud, et on a déjà souvent vu la Reine de la nuit et ses dames en guerrières d’heroic fantasy ainsi que, bien sûr, Papageno et Papagena vêtus d’un plumage multicolore.
Le metteur en scène italien débute avec une idée intéressante : pendant que se joue l’Ouverture, trois jeunes garçons de notre époque se plongent avec avidité dans un très grand livre dont un vieil homme leur a fait la lecture. Et quand ils reviennent au moment du lieto fine pour le refermer symboliquement, on croit donc comprendre que toute l’histoire doit être considérée comme un conte merveilleux. Pourquoi pas, mais cette idée n’interagit nullement avec le déroulement des deux actes, comme si elle était posée par‑dessus. Et il n’y en a guère d’autres – ce qui vaut peut‑être mieux quand l’une d’entre elles consiste, pour Monostatos, à mettre la tête sous la robe de Pamina pour se dissimuler de Papageno – hormis peut‑être l’intervention d’une petite troupe de tout jeunes danseurs, qui jouent au premier acte des singes attirés par la flûte de Tamino et au second l’abondante progéniture à venir de Papageno et Papagena. Et au dernier tableau, on ne comprend pas pourquoi tout le monde gambade joyeusement et danse la farandole, d’autant que les deux couples semblent avoir acquis le même statut initiatique, alors que seul l’un d’entre eux a passé les épreuves.
Les éléments de scénographie se limitent aux trois grandes portes du temple et, à jardin en léger surplomb, à l’arbre dénudé auquel Papageno a l’intention de se pendre. Un grand quartier de lune scintillant salue l’apparition de la Reine de la nuit et, sans être totalement exclus, les symboles et cérémoniaux maçonniques sont bien moins envahissants qu’on ne le voit parfois. Mais Papageno a sa cage, son cadenas et son carillon, Tamino sa flûte, et tout cela est parfaitement lisible, ce qui est essentiel dans ce cadre immense et pour des spectateurs pas nécessairement tous familiers de l’œuvre.
Si la dimension scénique n’est donc pas pleinement aboutie, la distribution, comprenant pas moins de six chanteurs dont c’est la première venue à Sanxay, offre en revanche d’amples satisfactions (malgré un allemand qui aura trop souvent paru insuffisamment idiomatique), jusqu’aux trois Garçons incarnés par des enfants de l’Académie chorale de Dortmund, aux voix bien vertes mais de grande qualité et plus homogènes que celles des trois Dames. Et c’est une joie que d’entendre les trois principaux rôles aussi bien servis : Adrien Mathonat en Sarastro (et, auparavant aussi, en Orateur), aux graves puissants, solides et veloutés ; Egor Zhuravskii en Tamino brillant par son timbre agréable et son sens du phrasé ; Lilit Davtyan, membre de la troupe de l’Opéra de Berlin, en Pamina de caractère et d’expressivité.
Lucie Kanková maîtrise les redoutables aigus de la Reine de la nuit, mais la texture de sa voix demeure assez abrasive. Danylo Matviienko est un excellent comédien et un chanteur agréable mais son Papageno pâtit d’un manque de projection. Mélanie Boisvert reprend avec succès le rôle de Papagena qui était déjà le sien en 2017, tandis que’Alfred Bironien force quelque peu le trait en Monostatos. Péparé par Emmanuel Trenque, le chœur fait bonne figure et l’orchestre a livré une prestation satisfaisante avec Moritz Gnann, dont la direction alterne épisodes dynamiques et excès de bonhomie.
Le site des Soirées lyriques de Sanxay
Le site de Lucie Kanková
Le site d’Ahlima Mhamdi
Le site de Marie Gautrot
Simon Corley
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