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Des marchands et de la musique

Aveyron
Conques-en-Rouergue (Abbatiale Sainte-Foy)
08/09/2026 -  
Joseph Bodin de Boismortier : Concerto a 5 en mi mineur, PB 441, opus 37 n° 6 – Concerto pour violoncelle en ré majeur, PB 377, opus 26 n° 6
Antonio Vivaldi : Concertos pour flûte à bec, hautbois, violon, basson et basse continue en sol mineur, RV 105 et RV 107
Johann Christian Bach : Quintette pour flûte, hautbois, violon, violoncelle et clavecin obligé en ré majeur, W B76, opus 22 n° 1
Georg Philipp Telemann : Concerto pour flûte, hautbois violon et basse continue en la mineur, TWV 43:a3

Les Passions - Orchestre baroque de Montauban : Jean‑Marc Andrieu (flûte à bec, direction), Xavier Miquel (hautbois), Laurent Le Chenadec (basson), Flavio Losco (violon), Etienne Mangot (violoncelle), Yvan Garcia (clavecin)




Il en est de l’abbatiale Sainte-Foy (XIIe) de Conques‑en‑Rouergue, merveille de l’art roman sur le chemin de Saint‑Jacques inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco et rendue encore plus remarquable depuis l’adjonction de vitraux conçus par Soulages (1994), comme de tous les grands sites touristiques : elle produit de spectaculaires aberrations économiques. Dans le village médiéval, un hôtel (?) au prix correspondant à son classement en trois étoiles des prestations dignes d’établissements de rang inférieur ; un restaurant (?) recommandé par le même hôtel tarifie à des niveaux très élevés des spécialités locales à faire honte à tout Aveyronnais normalement constitué et à faire frémir à l’idée que certains font connaissance avec ce patrimoine gastronomique dans des conditions aussi lamentables ; les boutiques de souvenirs en tout genre pullulent, mais les marchands du temple ne s’arrêtent pas là, car la terrasse d’un troquet occupe la moitié du parvis de l’abbatiale, pendant que sur le côté, un producteur vend son marcillac au verre.


Heureusement, les forces de l’esprit n’ont pas encore complètement abdiqué : outre – évidemment – une vie religieuse intense, il y a une saison culturelle au sein de laquelle s’inscrivent depuis 1983 les Musicales de Conques – nom donné depuis cette année aux Rencontres musicales : le conseiller artistique en est désormais Christopher Gibert, chef de l’ensemble vocal Dulci Jubilo et directeur artistique de l’association Anima Nostra, à laquelle la production exécutive du festival est intégralement confiée. L’édition 2026 propose six événements, dont un le 30 mai (récital « De Ferré à Ferrat ») et un le 20 décembre (une version réduite du Messie avec La Chapelle rhénane de Benoît Haller), les quatre autres dates étant concentrées entre le 24 juillet et le 9 août.


C’est dans ce cadre que, venu en voisin, Les Passions - Orchestre baroque de Montauban reprend un programme de six œuvres en forme de joute concertante entre quatre compositeurs du XVIIe. A la flûte à bec, le fondateur et directeur musical de l’ensemble, Jean‑Marc Andrieu, est entouré de cinq de ses musiciens et, palliant l’absence de document écrit pour les spectateurs, présente successivement, non sans humour mais de façon parfois difficilement audible, les pages qui se succèdent durant cette courte soirée.


S’épanouissant dans l’acoustique un peu trop généreuse de l’abbatiale, le Concerto en mi mineur (1732) de Boismortier constitue une excellente mise en bouche, mettant en valeur tous les « solistes (flûte à bec, hautbois, basson et violon) dans un style élégant et léger, mais pas superficiel, avec même une écriture assez élaborée. On sent ensuite une influence italienne plus nette dans ce qu’Andrieu présente comme le « premier concerto pour violoncelle » français (1727), défendu avec feu par Etienne Mangot.


Mais qui dit concerto baroque dit forcément Vivaldi, avec deux concertos en sol mineur pour flûte à bec, hautbois, basson, violon et basse continue. Le RV 105 frappe par son inventivité par rapport à Boismortier, tant dans le traitement des instruments que par la diversité de l’expression. On remarque ainsi le mouvement central, duo entre la fûte et le basson, sans la basse, dont le contour thématique et l’atmosphère pourraient évoquer ceux d’un autre Largo en mi bémol, celui du Concerto « L’Hiver ». Le RV 107, après une belle Sicilienne centrale, s’étourdit dans le tournoiement très rapide et virtuose de l’Allegro final, qui est bissé.


Point de concerto avec Jean‑Chrétien Bach, mais un quintette où, comme on a avancé dans le temps (vers 1780), le clavier s’est émancipé, même si ses quatre partenaires – flûte traversière (mais ici toujours à bec), hautbois, violon, violoncelle – demeurent davantage sollicités : la proximité avec Mozart du « Bach de Londres » s’entend nettement et l’Allegro assai final est très en verve.


Flûte, hautbois et violon (mais basse continue renforcée par le basson) pour un concerto en la mineur de Telemann en quatre mouvements alternant tempi lents vifs, avec des climats très variés, de la densité du premier Adagio au brio vivaldien du Vivace final en passant par le caractère fugué de l’Allegro et pastoral du second Adagio.


Des œuvres excellement choisies et interprétées, même si la réverbération tend à émousser la clarté et le mordant dont ces musiques auraient pu bénéficier dans un autre lieu.


Le site des Musicales de Conques
Le site des Passions - Orchestre baroque de Montauban



Simon Corley

 

 

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