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ADN Prades Codalet (Abbaye Saint-Michel de Cuxà) 08/01/2026 - Dimitri Chostakovitch : Trio avec piano n° 1, opus 8
Claude Debussy : Trio avec piano
Piotr Ilyitch Tchaïkovski : Trio avec piano « A la mémoire d’un grand artiste », opus 50 José Gallardo (piano), Alexandra Soumm (violon), Michiaki Ueno (violoncelle)

Succédant en 2021 à Michel Lethiec, directeur artistique durant trente‑huit ans, Pierre Bleuse a bien sûr apposé sa marque sur le Festival Pablo Casals de Prades, mais la soixante‑quatorzième édition montre que l’ADN de la manifestation pyrénéenne n’a pas fondamentalement évolué.
On le voit tout particulièrement en cette année où le sesquicentaire du fondateur, né le 29 décembre 1876 à El Vendrell, est célébré avec éclat. Jamais sans doute le violoncelle n’aura autant été l’instrument roi à Prades, à en juger par la liste de ses éminents représentants à l’affiche du 28 juillet au 8 août : Eric‑Maria Couturier, Pablo Ferrández, Sol Gabetta, Anastasia Kobekina, Jean‑Guihen Queyras, Kian Soltani et Lisa Strauss, auxquels on ne manquera pas d’ajouter un autre illustre Catalan, Jordi Savall, à la basse de viole. Et comme il n’y en a quand même pas que pour les violoncellistes, on remarque également la présence de personnalités aussi différentes que Nelson Goerner ou Théo Ould ainsi que la venue de l’Ensemble intercontemporain, dont Bleuse est le directeur musical depuis 2023.
L’ADN de Prades, c’est également la transmission. L’Orchestre du Festival associe chefs de pupitres expérimentés et jeunes musiciens qui se produisent en outre dans la série de six concerts « Jeunes Talents & Friends », pour la plupart dans les belles églises (romanes) des environs. En outre, le Chœur d’enfants Pau Casals, dirigé par Cyprien Sadek, est destiné « à des enfants qui n’ont pas un accès privilégié à la musique classique » : ce « plan choral » de dix‑huit mois a trouvé son aboutissement dans la programmation de cette édition avec deux représentations de Brundibár de Krása.
Et ce qui est probablement le plus caractéristique de l’ADN du festival, c’est ce génie du lieu rassemblant autour d’un idéal esthétique commun des artistes qui, souvent, n’avaient pas encore eu l’occasion de jouer ensemble. Ainsi de ce trio formé par José Gallardo, Alexandra Soumm et Michiaki Ueno, qui a proposé au public toujours aussi attentif de l’abbaye Saint‑Michel de Cuxà un programme assez ambitieux et original.
En première partie, ce sont en effet deux partitions de (prime) jeunesse assez rarement jouées. Eclipsé par le célébrissime Second, le Premier Trio (1923) en un unique mouvement est l’œuvre d’un Chostakovitch de 16 ans, qui hésite encore entre tradition romantique russe et esprit provocateur des années 1920. Dans ces pages de caractère hybride, où l’on peut néanmoins déjà entrevoir parfois ici ou là le futur style du compositeur, apparaissent d’emblée la qualité de l’entente entre les musiciens et leur remarquable finesse instrumentale.
Alors professeur de piano pour les enfants de Mme von Meck, la protectrice de Tchaïkovski, Debussy, pour sa part, a 18 ans quand il écrit son Trio (1880). Plus encore que chez Chostakovitch, il est difficile de déceler le style de la maturité, car on n’entrevoit tout au plus ici que la Suite bergamasque. Roublard et sûr de ses effets, l’auteur n’a sans doute pas la même ambition que Chausson ou d’Indy dans leurs trios contemporains, mais cette musique au charme et à l’élégance un peu salonards conserve beaucoup de tenue et d’allure quand elle est jouée avec subtilité comme en cette occasion.
Après l’entracte, les musiciens s’attaquent au gigantesque Trio (1882) de Tchaïkovski, « à la mémoire d’un grand artiste » (en français dans le texte), le compositeur et pianiste Nikolaï Rubinstein, et relèvent les défis posés par son ampleur exceptionnelle. Défi physique, d’abord, au vu de sa durée et du peu de pauses qu’il ménage, mais aussi de la chaleur qui règne encore en cette soirée. Défi interprétatif, surtout, avec la nécessité d’éviter tout excès de pathos et de ne pas engager tout de go l’ensemble des moyens expressifs pour foncer tête baissée : point de gros son des cordes ni de tapage pianistique, même si le violoncelliste, benjamin de cette soirée, demeure légèrement en retrait par rapport à ses deux partenaires.
Pour le bis, qu’Alexandra Soumm dédie aux sapeurs-pompiers, on en revient à un tout jeune compositeur, âgé de 17 ans, avec l’arrangement (1912) par Alexandre Krein (1883‑1951) de l’Etude en ut dièse mineur, première des Trois Pièces pour piano de l’Opus 2 (1889) de Scriabine.
Le site du Festival Pablo Casals de Prades
Le site de José Gallardo
Le site d’Alexandra Soumm
Le site de Michiaki Ueno
Simon Corley
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