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La musique l’emporte sur la scène

Bad Wildbad
Kurhaus
07/25/2026 -  et 30 juillet, 1er août 2026
Gioachino Rossini : La gazza ladra
Matteo Torcaso (Fabrizio Vingradito), Gaja Vittoria Pellizari (Lucia), Patrick Kabongo (Giannetto), Claudia Muschio (Ninetta), Emmanuel Franco (Fernando Villabella), Nathanaël Tavernier (Gottardo, Podestà), Francesca Di Sauro (Pippo), Davide Zaccherini (Isacco, Il pretore), Timóteo Bene Júnior (Antonio), Giovanni Accardi (Giorgio)
Chór Filharmonii im. Karola Szymanowskiego w Krakowie, Filharmonia im. Karola Szymanowskiego w Krakowie, José Miguel Pérez‑ Sierra (direction musicale)
Jochen Schönleber (mise en scène, décors), Lars Werneke (décors), Katarzyna Coufal (costumes), Marcel Hahn (lumières)


(© Patrick Pfeiffer für Rossini in Wildbad)


Le public n’a pas été volé. Le festival Rossini à Wildbad, du 23 juillet au 2 août, a créé une nouvelle production de La Pie voleuse (1817), un opéra aujourd’hui surtout connu pour son Ouverture, dans une mise en scène de son intendant, Jochen Schönleber. Le compositeur pose de redoutables défis aux musiciens, dans les versants tant comique que dramatique de son catalogue. Cet opéra semiseria a ceci de particulier qu’il combine ces deux aspects, en plus de comporter de nombreux rôles, au point d’en rendre l’intrigue difficile à suivre, et de durer trois heures. Il demeure donc rarement monté, malgré son intérêt, et réunir une distribution adéquate ne constitue sans doute pas une tâche facile. Au terme de cette longue soirée, les spectateurs expriment chaleureusement leur enthousiasme, et ils ont raison de témoigner de la sorte leur reconnaissance aux interprètes.


Pour notre part, la mise en scène ne nous enthousiasme guère, la scène du Kurhaus paraissant même par moments étroite pour cet ouvrage destiné, par ses dimensions, à un grand théâtre. Elle demeure sommaire, quasiment dépourvue d’un véritable travail sur les lumières. Le dispositif suggère simplement un lieu, comme un intérieur bourgeois ou une salle de tribunal, et une époque, manifestement, à en juger par les costumes, par les années 1940 et 1950. Mais la scénographie paraît visuellement cohérente, et la direction d’acteur n’a pas été négligée : elle caractérise soigneusement chaque protagoniste et les chanteurs interagissent naturellement. L’intérêt premier de cette production ne réside donc pas dans la mise en scène, et il ne faut pas se rendre à Bad Wildbad en quête de propositions scéniques originales et innovantes, le festival se concentrant surtout sur la musique.


La distribution comporte des solistes expérimentés mais aussi cinq jeunes de l’AkademieBelCanto, dans des rôles secondaires, ceux-ci s’étant produits la veille dans L’occasione fa il ladro et aussi le matin en récital, avec d’autres stagiaires ; ils ne sont pas en vacances dans cette petite station thermale de la Forêt noire. Commençons par les interprètes chevronnés. Matteo Torsaco, sans signer la prestation la plus mémorable, campe un Fabrizio élégant. Le timbre de Patrick Kabongo, un habitué du festival, ne manque pas de séduire, et le métier est celui d’un artiste expérimenté dans ce répertoire, mais son Giannetto manque d’éclat pour susciter une adhésion totale. Claudia Muschio, malgré quelques duretés dans les aigus, possède les ressources nécessaires pour donner vie à Ninetta, en plus de l’aptitude par son intelligence scénique à faire évoluer les sentiments de la servante. Quant à la voix, elle impressionne plus d’une fois par sa puissance et sa virtuosité. Emmanuel Franco retient également l’attention en Fernando, le père de Ninetta : un personnage remarquablement caractérisé, vocalement saisissant par moments. Nous préférons cependant le Gottardo de Nathanaël Tavernier qui arbore une moustache à la Tom Selleck dans Magnum : il impose une stature autoritaire et arrogante, servie par un chant de haute tenue, droit et mordant. Malgré les mérites de Claudia Muschio, parmi les interprètes féminines, c’est la mezzo‑soprano Francesca Di Sauro qui signe l’incarnation la plus accomplie, en alliant, à un rare degré de naturel, maîtrise parfaite du chant et présence charismatique. Aucune de ses interventions en Pippo ne passe inaperçue.


De beaux seconds rôles, endossés par les boursiers de l’académie, complètent le tableau. Davide Zecchini, qui interprète Isacco et le magistrat, et Giovanni Accardi, en charge de celui de Giorgio, confirment leur valeur, même si le second a moins à chanter que le premier. Timóteo Bene Júnior se démarque une nouvelle fois par la noblesse de son chant en Antonio, tandis que Gaja Vittoria Pellizari, costumée en une espèce de vilaine Cruella, trouve en Lucia un emploi qui lui correspond, compte tenu de ses moyens et de son jeu scénique.


A la tête d’un orchestre compétent et concerné, José Miguel Pérez‑Sierra prend toute la mesure de la double dimension comique et dramatique de cet opéra, sans sacrifier les détails au profit des ensembles. Le chef livre ainsi une lecture convaincante et contrastée de cet opéra semiseria, sans atteindre une finesse et une transparence idéales. Il réussit autant les grands ensembles que les scènes intimistes, ainsi que les irrésistibles montées en puissance à la fin de chacun des deux longs actes. Quant aux choristes, rigoureusement préparés, ils contribuent à la réussite de cette représentation.



Sébastien Foucart

 

 

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