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Rossini à Wildbad ou le pari de la rareté Bad Wildbad Königliches Kurtheater 07/24/2026 - et 28, 29, 31 juillet, 2 août 2026 Gioachino Rossini : L’occasione fa il ladro Timóteo Bene Júnior (Don Eusebio), Ilaria Monteverdi (Berenice), Davide Zaccherini (Conte Alberto), Filippo Morace (Don Parmenione), Gaja Vittoria Pellizzari (Ernestina), Giovanni Accardi (Martino)
Filharmonia im. Karola Szymanowskiego w Krakowie, Antonino Fogliani/José Miguel Pérez‑Sierra* (direction musicale)
Jöchen Schönleber (mise en scène, décors), Eleonora Calabrò (costumes), Marcel Hahn (lumières)
 I. Monteverdi (© Patrick Pfeiffer für Rossini in Wildbad)
En Allemagne existe un festival consacré à un célèbre compositeur. Bayreuth ? Non, pas celui‑là, mais un autre, moins exclusif et moins prétentieux : « Rossini à Wildbad », qui se tient à Bad Wildbad, une petite ville thermale de la Forêt noire. Comme Rossini a composé plus d’ouvrages que Wagner, et comme la direction ne programme pas chaque année Le Barbier de Séville pour facilement remplir les caisses, chaque édition retient l’attention. Ce festival permet ainsi d’entendre des opéras qui ne sont pas si souvent montés, comme cet Occasione fa il ladro (1812), un opéra‑bouffe en un acte dont l’effectif et la durée conviennent au petit Kurtheater, un des deux principaux lieux de représentation.
L’intendant du festival, Jörgen Schönleber, reprend sa mise en scène, créée il y a neuf ans, et pour ce quiproquo, il ne va pas chercher très loin. La scénographie se limite à quelques accessoires, un divan, une estrade, des valises, puisque tout part d’un échange de bagages, dans une auberge, entre celui du Comte Alberto et celui de Don Parmenione. Si l’essentiel réside dans la direction d’acteurs, elle se distingue toutefois par de jolis éclairages et de plaisants jeux d’ombres. Rien d’original, donc, mais le metteur en scène joue la carte du bouffe, en respecte l’esprit, sans tomber dans la facilité, ni dans la vulgarité, bien que certains interprètes tendent à surjouer leur personnage, au risque du cabotinage. C’est juste plaisant, poussif, parfois, et nous attendions en vain l’une ou l’autre idée vraiment drôle ou décapante. Une seule petite trouvaille retient l’attention : ce portrait de Conchita Wurst, au lieu de celui de Berenice, la femme que le Comte Alberto a l’intention d’épouser sans l’avoir rencontrée. Comme il fallait s’y attendre, Don Parmenione prend l’identité d’Alberto, tandis que Berenice échange son identité avec celle de sa serveuse, Ernestina. Tout se termine dans la joie, les couples se forment naturellement, Alberto avec Ernestina, Parmenione avec Berenice, tout est pardonné et il est question de mariage.
Les chanteurs interprètent habilement leur rôle, et tous possèdent les moyens vocaux que ce répertoire exige. Ilaria Monteverdi et Gaja Vittoria Pellizzari, dont les coiffures se ressemblent, ce qui facilite le quiproquo, forcent le trait, mais les voix présentent de nombreuses qualités, surtout celle de la première. Davide Zaccherini se démarque par la justesse de son chant et l’attrait de son timbre : un excellent Alberto, apparié à l’impeccable Don Parmenione de Filippo Morace, baryton‑basse bouffe idéal, alliant présence comique et souplesse vocale, bien que le personnage autorise un jeu plus délirant encore. Il faudrait retrouver Timóteo Bene Júnior dans un autre rôle : le personnage de Don Eusebio, l’oncle de Berenice, n’intervient que ponctuellement, mais le ténor a su se distinguer par sa tenue élégante et son chant stylé. Giovanni Accardi, quant à lui, exploite au maximum, et admirablement, le rôle de Martino, le serviteur de Don Parmenione.
Deux habitués de ce festival officient aux commandes de l’Orchestre de la Philharmonie Szymanowski de Cracovie : José Miguel Pérez‑Sierra dirige la première représentation, tandis qu’Antonino Fogliani se charge des quatre autres. Les musiciens polonais jouent cette partition avec vitalité et précision, et si les sonorités paraissent parfois sèches, elles demeurent le plus souvent savoureuses, et agréablement légères, tandis que Gianluca Ascheri accompagne les récitatifs avec imagination.
Pour revenir aux chanteurs, encadrés par l’expérimenté Filippo Morace, ils effectuent un stage de perfectionnement à l’Akademie BelCanto, attachée à ce festival. C’est dans ce cadre que nous les retrouvons le lendemain, à 11 heures 15, sur la même scène, en récital, accompagnés au piano par Gianluca Ascheri, une nouvelle fois excellent. Trois d’entre eux affichent beaucoup de potentiel, et montrent une fois de plus leur capacité à incarner un personnage, à le caractériser, à se mettre en scène, tout en conciliant les dimensions théâtrales et vocales du rôle : Davide Zaccherini, Giovanni Accardi et Ilaria Monteverdi, dans des extraits de L’Elixir d’amour (de Donizetti, preuve que le festival s’ouvre à d’autres compositeurs, contrairement à Bayreuth), L’Italienne à Alger et Don Giovanni. La prestation de Gaja Vittoria Pellizzari laisse sceptique : malgré de solides moyens, dont la mezzo‑soprano donne la mesure dans un air de Rosine du Barbier de Séville, avec le concours complice du très motivé et convaincant Davide Zaccherini, le timbre peine à séduire. Timóteo Bene Júnior ne chante qu’un air, extrait du Turc en Italie, laissant une impression aussi bonne que la veille : un autre air lui aurait peut‑être mieux convenu, compte tenu de la tessiture assez centrale de ce ténor. Les contributions des autres chanteurs convainquent moins : certains doivent encore mûrir dans le répertoire italien, comme Erwan Fosset, Juliette Amirault et Fabiola Galati, assez prometteuse dans son air de La Somnambule, tandis que Dmytro Voronov, que nous aurions aimé entendre davantage, prouve de réelles aptitudes scéniques et vocales dans la cavatine de Figaro. Tous les chanteurs de l’académie se réunissent à la fin autour du pianiste pour le final du Barbier de Séville.
Le site du festival Rossini à Wildbad
Sébastien Foucart
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