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Comme des anches au paradis Paris Hôtel de Soubise 07/22/2026 - Alexandre Tansman : Suite pour trio d’anches
Sándor Veress : Sonatine pour hautbois, clarinette et basson
Charles Huguenin : Trio d’anches n° 1, opus 30
Ange Flégier : Trio pour hautbois, clarinette et basson
Alexandre Ouzounoff : Oulan-Bator (création)
Jean-Baptiste Robin : Sur un sommet : 1. « Jubilations », 2. « Nuit » & 5. « Postlude » Le Paradis des Anches : Joana Soares (hautbois), Anaïde Apelian (clarinette), Camille Rocher (basson)

Nous sommes en juillet 2026 après Jésus-Christ : tous les concerts ont déserté Paris. Tous ? Non ! Car un festival peuplé d’irréductibles musiciens résiste encore et toujours à la torpeur estivale. Pour sa vingt‑sixième édition, du 5 au 25 juillet, le Festival européen Jeunes Talents, c’est, une fois de plus, quatorze concerts à tarif modique et sept gratuits, parmi lesquels deux dans des hôpitaux franciliens, deux en Seine‑et‑Marne et un 14 juillet en hommage à l’Ukraine, auxquels s’ajoutent des répétitions publiques à entrée libre à l’heure du déjeuner. Le quartier général de la manifestation demeure l’hôtel de Soubise, et plus précisément, pourvu que la météo le permette, la cour des Grands Dépôts qui, dans une acoustique satisfaisante et à l’abri des bruits de la ville – mais pas du vent venant régulièrement soulever les pages des partitions –, offre le luxe rare du plein air à Paris.
Même si certains commencent déjà à se faire un nom, tels la soprano Anne‑Lise Polchlopek ou le pianiste Gabriel Durliat, le festival donne la possibilité à des artistes en tout début de carrière de se produire en public. Public qui continue apparemment de préférer les valeurs sûres à des propositions plus originales, à en juger par les rangs quelque peu clairsemés, malheureusement, pour la prestation des musiciennes du Paradis des Anches. Joana Soares, hautbois solo de l’Orchestre national de Bretagne, Anaïde Apelian, clarinette solo de l’Orchestre Victor Hugo, et la bassoniste Camille Rocher s’inscrivent dans la tradition d’excellence des bois français et, plus spécifiquement, dans le chemin ouvert voici près d’un siècle par le Trio d’anches de Paris : constitué en 1927 par Myrtil Morel, Pierre Lefebvre et Fernand Oubradous, il a donné ses lettres de noblesse à cette formation et suscité un abondant répertoire.
 J. Soares, C. Rocher, A. Apelian (© Jeunes Talents)
Pour autant, le court programme, intitulé « L’art de la conversation » et comprenant pour l’essentiel des œuvres brèves formées elles‑mêmes de mouvements miniatures que les musiciennes présentent au public de façon trop succincte et décousue, n’inclut aucune partition écrite à l’instigation de ces pionniers, même si les deux premières auraient fort bien pu l’avoir été. La Suite (1949) d’Alexandre Tansman (1897‑1986) n’en est pas moins de qualité, dans un esprit néoclassique, avec son « Dialogue » gracieux et archaïsant, son « Scherzino » léger et un peu narquois, son « Aria » qui n’aurait pas déparé dans Le Tombeau de Couperin et son « Finale » ludique et rythmé qui laisse place à une péroraison lyrique. La Sonatine (1931) de Sándor Veress (1907‑1992) est un peu plus astringente, deux mouvements rapides entre robuste folklore et énergie des années 1920 encadrant un Andante dont le caractère lyrique est dominant.
Les deux œuvres suivantes montrent que le trio d’anches avait déjà suscité l’intérêt de compositeurs au tournant du siècle précédent. Le Suisse Charles – et non Claude comme indiqué dans le programme – Huguenin (1870‑1939), par ailleurs violoniste et éditeur de musique, a ainsi écrit deux Trios (1896) : nanti de la mention « Style ancien » en première page, le Premier use d’un langage anachronique, presque comme un pastiche, à l’instar de sa « Marcietta » à la manière d’une sérénade XVIIIe ou de sa « Sicilienne » un peu mélancolique. Elève d’Ambroise Thomas, le Marseillais Ange Flégier (1846‑1927), qui connut une grande célébrité pour avoir mis en musique Le Cor de Vigny, fait preuve de davantage d’ambition dans son Trio (1897), dédié à Massenet et quasi contemporain de celui d’Huguenin mais au langage plus élaboré, dont le charme s’apparente à celui de la Petite Symphonie de Gounod.
En présence du compositeur est ensuite donnée la création d’Oulan‑Bator d’Alexandre Ouzounoff (né en 1955), qui évolue de la monodie, avec des mélopées et ornements pouvant évoquer les régions suggérées par le titre, vers des pages à la fois plus contrapuntiques et plus rapides. Quoique de façon sans doute moins elliptique et subtile, l’altitude et le froid sont également au cœur de Sur un sommet de Jean‑Baptiste Robin (né en 1976). Il est vrai que ces cinq mouvements, composés à l’occasion des 30 ans de l’Orchestre des Pays de Savoie et retraçant l’ascension du Mont‑Blanc par trois de ses musiciens, affichent une visée plus descriptive, comme une petite Symphonie alpestre. Mais les spectateurs n’auront malheureusement eu droit qu’aux trois mouvements les plus courts, soit seulement un tiers de l’ensemble, frustrant ainsi ceux qui auront apprécié ces aphorismes tour à tour volubiles et suspendus.
Le Paradis des Anches prend congé après avoir mis tout le monde dans sa poche avec son bis, le célébrissime Tico‑Tico no Fubá (1917) de Zequinha de Abreu (1880‑1935).
Le site du Festival européen Jeunes Talents
Le site d’Alexandre Ouzounoff
Le site de Jean-Baptiste Robin
Simon Corley
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