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Kantorow et Hrůsa au diapason de la finesse

Montpellier
Corum (Opéra Berlioz)
07/16/2026 -  
Piotr Ilitch Tchaïkovski : Roméo et Juliette
Serge Prokofiev : Concerto pour piano et orchestre n° 3 en do majeur, opus 26
Dimitri Chostakovitch : Symphonie n° 1 en fa mineur, opus 10

Alexandre Kantorow (piano)
Philharmonique de Radio France, Jakub Hrůsa (direction)




Pour sa quarante et unième édition, le Festival de Radio France Occitanie Montpellier a la bonne idée d’inviter Jakub Hrůsa (né en 1981), l’un des chefs les plus en vue du moment, directeur musical du Covent Garden de Londres, puis en 2028 de la Philharmonie tchèque. Le Philharmonique de Radio France peut également se targuer de lui avoir offert l’une de ses premières fonctions prestigieuses, en qualité de chef assistant en 2005 et 2006, au terme d’une sélection haute en couleur.


Depuis, il est revenu à plusieurs reprises diriger le « Philhar’ », à chaque fois pour défendre des programmes originaux (voir notamment en 2010, 2017 et 2023), avant son retour les 5 et 6 décembre prochain à Paris avec la même formation pour fêter Brahms, Dvorák et Janácek. En attendant, on le retrouve dans une salle comble à Montpellier pour une soirée russe très attendue.


L’Ouverture-fantaisie Roméo et Juliette (1869/1880) de Tchaïkovski débute dans un climat étonnamment serein, aux phrasés délibérément déliés et mesurés. La transparence et l’élégance des lignes donnent un ton presque désabusé, qui contraste ensuite avec la violence des tutti, comme des déflagrations. La volonté d’écarter tout pathos est une constante de bout en bout, avec une propension à jouer sur les variations de tempo, ralenti dans les passages mesurés pour mieux s’accélérer dans les verticalités. Le soin apporté aux transitions permet ces changements incessants d’atmosphère, qui révèlent quelques subtilités d’orchestration, tout en mettant souvent les groupes d’instruments sur le même plan, sans privilégier la mélodie principale. La fin très sombre, avec son roulement obstiné de timbales mis en avant, sonne comme autant de coups du destin, implacables et saisissants.



J. Hrůsa (© Alyssa Leroy)


Après cette entrée en matière particulièrement réussie, on montre sur des cimes encore plus hautes avec l’entrée du pianiste français Alexandre Kantorow, qui n’a pas son pareil pour nous embarquer dans la fulgurance des premières mesures du Troisième Concerto (1921) de Prokofiev. Si Hrůsa semble d’abord se mettre en retrait pour privilégier son soliste, il chauffe ensuite à blanc ses troupes dans les tutti, en un geste volontiers rageur. De superbes couleurs, telles que les interventions radieuses de la clarinette solo ou les scansions inquiétantes des contrebasses, viennent soutenir le chant admirable de raffinement de Kantorow, toujours aussi passionnant dans son alternance de virtuosité et d’attention portée à des détails inattendus. Hrůsa se régale de la pulsation rythmique avec une légèreté bondissante, embrassant les différents styles entremêlés, alliant ironie mordante, élan motorique et lyrisme d’inspiration classique. En bis, Alexandre Kantorow interprète le Liebestod de Wagner transcrit par Liszt au piano, en un mélange de fougue et de poésie. Sous les tonnerres d’applaudissements on entend la réflexion cocasse d’une spectatrice, manifestement aussi étonnée que ravie : « Wagner comme ça, ça va ! ».


Après l’entracte, le concert se poursuit avec la Première Symphonie (1926) de Chostakovitch, composée à l’issue de ses études au conservatoire. On ne peut qu’admirer cette réussite précoce, d’une vitalité étourdissante, dont Hrůsa allège les textures en un élan chambriste. Ce geste n’évite pas un aspect séquentiel par endroits, mais maintient l’intérêt par sa vélocité très théâtrale, sans sentimentalisme. Plus déroutant dans ses variations de climat, le Finale s’embrase dans les différents tutti, évitant heureusement tout triomphalisme pompier.


Le site du Festival de Radio France Occitanie Montpellier
Le site de Jakub Hrůsa
Le site d’Alexandre Kantorow



Florent Coudeyrat

 

 

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