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L’Impératrice La Roque Parc du château de Florans 07/18/2026 - Ludwig van Beethoven : Concerto pour piano n° 5 en mi bémol majeur « L’Empereur », opus 73 – Symphonie n° 7 en la majeur, opus 92 Lise de la Salle (piano)
Orchestre de chambre de Paris, Kristiina Poska (direction)
 L. de la Salle (© Franck Denis)
Pour sa première soirée avec orchestre, l’édition 2026 du Festival de La Roque‑d’Anthéron propose un programme on ne peut plus traditionnel, mais qui permet de remplir les gradins du Parc de Florans jusqu’au dernière siège. Même auprès d’un public de connaisseurs, concertos et symphonies de Beethoven font davantage recette que les sonates de Schubert ou les méditations de Liszt, c’est ainsi. Habitué des lieux de longue date, l’Orchestre de chambre de Paris est ainsi convié à donner son dernier concert avant ses vacances estivales (reprise le 27 août au Festival Berlioz de La Côte-Saint-André), mais c’est surtout la soliste du soir qu’on a hâte d’entendre, dans l’un des concertos les plus brillants du répertoire.
Dès l’ouverture du premier mouvement (Allegro maestoso), on le sait, Beethoven rompt avec éclat avec toutes les conventions du genre, en faisant entrer en scène le soliste après un seul accord orchestral. En en voyant Lise de la Salle se lancer à corps perdu dans cette première cadence, on saisit aussitôt que cette artiste de grand style s’apprête à nous offrir une interprétation mémorable : la vélocité et l’élégance avec laquelle elle fait étinceler les traits de la virtuosité beethovénienne, tout en en polissant avec soin les détails témoignent de la classe exceptionnelle de la pianiste française, dont la prise de risques est totale et la maîtrise sans défaut. Par contraste, l’énoncé du thème principal par l’orchestre sonne de manière bien prosaïque, avec une cohérence pour le moins hasardeuse des cordes et un fondu approximatif des sonorités. L’animation martiale du motif n’est pas exempte de lourdeur, mais qu’importe : la gamme chromatique ascendante avec laquelle la soliste reprend la parole est extraordinaire de netteté, de même que sa réexposition du thème dans un pianissimo de rêve. Elle impressionne tout autant par la puissance et la précision de ses attaques dans le crescendo du développement. Après avoir ainsi empoigné le public, Lise de la Salle ne le lâche plus et maintient son autorité et son enthousiasme tout au long du mouvement, ornant la partie soliste de sa sonorité d’or. On songe à Maurizio Pollini en admirant ce mélange de contrôle et d’abandon, tandis que les fusées pianistiques viennent éclater dans la conque de Florans jusqu’à une cadence électrique, et l’on fait abstraction, à l’instar la pianiste elle‑même, de la rusticité des réponses de l’orchestre.
Il en va de même dans l’Adagio un poco mosso, où, après une introduction orchestrale un peu laborieuse, le piano fait une entrée magique, faisant chanter chaque note sans jamais perdre de vue la ligne d’ensemble. Captivé par un jeu aussi noble et dense, on est tenté de murmurer à l’orchestre ce que Lili Kraus disait à ses (médiocres) partenaires du Vienna Festival Orchestra lors des séances d’enregistrement des concertos de Mozart : « il faut jouer moins fort, il faut jouer moins fort ! ». Après une transition bien menée, dans laquelle l’Orchestre de chambre de Paris semble mieux à l’écoute de la pianiste, cette dernière entonne avec le même alliage de verve et d’élégance le Rondo final. Sans aucune concession, ni aucun calcul, et toujours avec la même allure olympienne, Lise de la Salle emmène ses partenaires et son public à travers les épisodes de ce morceau de bravoure jusqu’à une conclusion pleine de panache. Et l’on savoure jusqu’au dernier trait ce jeu pianistique tout en moirures et en fulgurances.
Le bis permet d’en profiter encore quelques instants : entre vocalité schubertienne et assise pianistique lisztienne, Ständchen est joué avec les épaules et les bras relâchés, les poignets haut levés et les doigts abandonnés avec souplesse sur les touches, de sorte que tout y chante sans la moindre crispation, de la profondeur des basses au cristal des aigus, en passant par un médium aux teintes cuivrées. Ainsi prend‑on congé d’une impératrice du piano, dont la prestation constitue indéniablement le temps fort de ce début de festival.
En seconde partie, l’exécution de la Septième Symphonie vient confirmer les qualités et les défauts de l’Orchestre de Chambre de Paris et de sa cheffe du soir, l’Estonienne Kristiina Poska. Cette dernière n’est certes pas la dirigeante d’orchestre la plus subtile, ni la plus attentive à l’équilibre, mais elle possède une qualité éminemment beethovénienne, celle d’avoir de l’énergie à revendre. En dépit de l’abattage et de la vigilance de Deborah Nemtanu, réellement admirable au poste de Konzertmeisterin, l’homogénéité et la justesse des cordes s’avèrent parfois problématiques, entraînant la nécessité de se réaccorder précipitamment avant le troisième mouvement. Au rebours d’une petite harmonie de belle qualité, on note de même que les cuivres sonnent de manière stridente et peinent à se fondre dans la sonorité d’ensemble, ce qui conduit à une interrogation plus fondamentale quant à la nature de cet orchestre. Formation de chambre à l’ancienne, mais employant pourtant cors et trompettes naturels, l’Orchestre de chambre de Paris ne semble guère disposé à tirer leçon des approches « historiquement informées » de l’interprétation beethovénienne : en témoigne cette vision compacte d’une symphonie qui devrait aspirer à être une « apothéose de la danse ». On n’y trouve ici qu’un entrain un peu villageois et bruyant, jusqu’à un final mené à tombeau ouvert par des musiciens qui semblent prendre plaisir à suivre la battue hachée de la cheffe et à y répondre à grands coups d’archet. En cette veille de vacances, l’ensemble prend l’allure d’un gala de fin d’année scolaire, impression que confirme en bis une Ouverture des Noces de Figaro elle aussi un peu expédiée.
Le site de Lise de la Salle
Le site de Kristiina Poska
Le site de l’Orchestre de chambre de Paris
François Anselmini
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