|
Back
Le Boléro en apothéose à Nîmes Nimes Arènes 07/10/2026 - et 12, 12, 13, 14, 15 (Boulogne-Billancourt), 19 (Strasbourg), 21 (Reims), 26 (Bordeaux), 28, 29 (Nantes) mars, 2 (Toulouse), 4 (Nice) avril, 19 juillet (Vienne) 2026
Béjart et nous Maurice Béjart (chorégraphie), Maurice Ravel (musique)
L’Oiseau de feu
Maurice Béjart (chorégraphie), Igor Stravinski (musique)
Joëlle Roustan, Roger Bernard (décors, costumes)
Boléro
Maurice Béjart (chorégraphie), Maurice Ravel (musique)
Dominique Roman (réalisation lumière)
Béjart Ballet Lausanne
 K. Chebykina (© Michel Racine)
Le Festival de Nîmes vient de proposer une superbe soirée de danse en accueillant le Béjart Ballet Lausanne (BBL) dans le cadre majestueux des arènes. Monument romain bimillénaire parmi les mieux conservés au monde, les arènes de Nîmes se transforment chaque été en un théâtre à ciel ouvert où se croisent musique, danse et grands spectacles. Depuis près de trente ans, le Festival de Nîmes fait dialoguer patrimoine et création contemporaine, invitant les plus grandes figures de la scène internationale dans un décor chargé d’histoire. Cette année, c’est l’univers de Maurice Béjart qui s’y est inscrit avec une force particulière.
Le programme, composé de Béjart et nous, L’Oiseau de feu et Boléro, retraçait l’immense richesse du répertoire de Maurice Béjart. Une soirée construite comme une montée en puissance, où chaque pièce semblait préparer la suivante jusqu’au sommet final. La soirée s’est ouverte avec Béjart et nous, conçu par le directeur artistique du BBL, Julien Favreau, comme une déclaration d’amour au répertoire du maître. Il s’agit d’une traversée de l’univers de Maurice Béjart à travers une succession de solos, de pas de deux et d’ensembles puisés dans plusieurs décennies de création, de Wien, Wien, nur du allein à Mozart‑Tango en passant par Brel et Barbara. Une mosaïque colorée, vivante et généreuse, où se lit l’éclectisme d’un chorégraphe qui n’a jamais voulu opposer culture savante et culture populaire, spiritualité et sensualité, lyrisme et théâtralité. Le risque d’un simple assemblage de morceaux choisis est réel. Il est heureusement évité grâce à une construction fluide où les extraits se répondent davantage qu’ils ne s’enchaînent. Le spectacle avance par contrastes, alternant lyrisme, humour, sensualité et énergie brute. Il trouve progressivement sa cohérence dans la vitalité des interprètes. Chaque extrait est abordé comme une miniature autonome, avec son langage, sa couleur, sa respiration propre. Les danseurs du BBL ne cherchent pas à reproduire un style figé ; ils en transmettent l’élan. Cette générosité demeure la signature la plus évidente de l’héritage béjartien.
Avec L’Oiseau de feu, sur la musique d’Igor Stravinski, le ton change radicalement ; la scène se charge d’une puissance presque rituelle. Maurice Béjart ne raconte pas le conte russe, il en retient le symbole. Celui de la renaissance, de la puissance vitale, de la révolte contre l’immobilisme. Les lignes deviennent plus tendues, les groupes de danseurs sculptent l’espace avec une vigueur presque martiale avant de se dissoudre dans une gestuelle plus organique. Sous le ciel de Nîmes, les derniers reflets du jour laissent place à une nuit chaude qui amplifie encore le caractère rituel de cette œuvre, l’une des plus emblématiques du répertoire de la compagnie.
Mais chacun sait que la soirée conduit inexorablement vers le Boléro. Rarement une œuvre aura suscité une attente aussi palpable. L’arrivée de la mythique table rouge, portée puis déployée par quatre techniciens, suscite déjà des applaudissements ! Puis, dès les premières notes répétitives de Maurice Ravel, le public retient son souffle. Près de soixante‑cinq ans après sa création, le Boléro demeure une expérience autant qu’un ballet. Maurice Béjart y transforme la répétition en montée inexorable du désir, de la pulsation et de l’énergie collective. Chaque reprise musicale ajoute une tension supplémentaire ; chaque regard, chaque bras levé, chaque torsion participent à une architecture hypnotique où le temps semble suspendu. La soliste, Kateryna Chebykina, a fait très forte impression avec son long corps filiforme, son énergie et sa forte présence scénique. Dans la chaleur de juillet, sous les pierres romaines, Maurice Béjart semblait, le temps d’une soirée, avoir retrouvé sa place naturelle : celle d’un chorégraphe populaire au sens le plus noble du terme, capable de réunir plusieurs milliers de spectateurs autour d’une même émotion.
Le site du Festival de Nîmes
Le site du Béjart Ballet Lausanne
Claudio Poloni
|