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Un festival est né, une ville s’émerveille La Chaux-de-Fonds Salle de musique 07/07/2026 - Wolfgang Amadeus Mozart : Sonate pour piano à quatre mains en ré majeur, K. 123a [381]
Claude Debussy : Petite Suite, L. 65
Dimitri Chostakovitch : Concertino pour deux pianos en la mineur, opus 94
Serge Rachmaninov : Danses symphoniques, opus 45 Martha Argerich, Nelson Goerner (piano)  M. Argerich, N. Goerner (© Rachel Collard/Festival de Musique de La Chaux-de-Fonds)
La Chaux-de-Fonds tient enfin son grand rendez-vous classique estival ! Depuis le 7 juillet et jusqu’au 12, la cité horlogère helvétique vibre au rythme de la première édition du Festival de Musique, un événement imaginé et cofondé par le virtuose argentin Nelson Goerner. La manifestation vient ainsi combler un vide historique avec, il faut bien le dire, une audace folle.
L’histoire commence par un coup de foudre. Le pianiste argentin Nelson Goerner, habitant Genève et habitué des plus grandes scènes mondiales, tombe amoureux de la légendaire Salle de musique de La Chaux‑de‑Fonds, considérée par les plus grands artistes comme l’un des meilleurs écrins acoustiques de la planète. Pourquoi un tel joyau n’aurait‑il pas son propre grand festival d’été ? Pour lui, le choix de cette ville est une évidence de cœur et d’histoire. C’est en effet à La Chaux‑de‑Fonds que Nelson Goerner a donné son tout premier récital en 1991 et tissé de profonds liens d’amitié avec les mélomanes locaux. L’idée a germé et mûri en secret dans l’esprit du pianiste pendant plusieurs années. Mais le véritable déclic s’est opéré récemment, lorsque le projet s’est structuré grâce à une alliance entre musiciens, mélomanes et la Société de Musique de La Chaux‑de‑Fonds, qui organise des concerts dans la célèbre Salle de musique depuis plus de cent ans. Annoncé officiellement au printemps dernier, l’événement a été conçu comme le prolongement estival naturel de la saison musicale de la ville. L’objectif ? Fédérer les forces locales tout en plaçant La Chaux‑de‑Fonds sur la carte internationale des festivals d’été.
Pour son baptême du feu, Nelson Goerner n’a pas fait les choses à moitié. La programmation mise sur le choc des générations et des complicités artistiques majeures. La soirée d’ouverture, le 7 juillet, a été un régal pour les oreilles : un splendide récital à quatre mains et à deux pianos réunissant Nelson Goerner et sa grande amie argentine, Martha Argerich, la marraine du festival, qui ne s’était plus produite à la Salle de musique depuis 1972. Renaud Capuçon leur a ensuite emboîté le pas, suivi par l’étoile montante sud‑coréenne Bomsori Kim puis par les jeunes prodiges de la Seiji Ozawa International Academy Switzerland, sous la direction de Kazuki Yamada, par l’ensemble Festival Strings Lucerne ainsi que par Annie Dutoit, sans oublier de nombreux musiciens locaux.
Le concert inaugural a mis en lumière la complicité fusionnelle entre Martha Argerich et Nelson Goerner, portée par l’acoustique légendaire du lieu. L’osmose artistique entre les deux pianistes argentins a reposé sur un équilibre subtil entre l’impétuosité incandescente de la « Lionne » et la clarté architecturale et rigoureuse de Nelson Goerner. Liés par une profonde amitié et une culture musicale commune, les deux pianistes n’ont jamais cherché à prendre l’avantage. Leur dialogue au clavier s’est traduit par une écoute mutuelle, une souplesse rythmique partagée et une respiration commune spontanée qui ont transcendé les difficultés techniques. Dans la Sonate pour piano à quatre mains en ré majeur de Mozart, un modèle d’élégance classique et de limpidité, les deux interprètes ont affiché une parité de toucher aérienne, avec des phrasés s’imbriquant avec une fluidité naturelle sans aucune rupture. Dans la Petite Suite de Debussy, le duo a fait preuve d’une finesse de nuances remarquable dans le fondu des timbres. Le Concertino en la mineur pour deux pianos de Chostakovitch a constitué le moment fort de la soirée, une bascule vers une énergie brute, nerveuse et incisive, avec un esprit de jeu devenant plus percutant, plein d’ironie et de contrastes dynamiques. Les deux pianos se sont répondu avec une précision chirurgicale et une vivacité athlétique, du grand art ! Dans les Danses symphoniques pour deux pianos de Rachmaninov, les forces combinées des deux artistes ont déployé une puissance monumentale, le lyrisme noble de Nelson Goerner canalisant et soutenant le feu sacré et l’élan volcanique de Martha Argerich. Une soirée mémorable, qui s’est terminée par des applaudissements enthousiastes et une ovation debout spontanée. Ce concert inaugural a fait salle comble. Il ne reste plus qu’à espérer qu’il en ira de même pour la suite de la programmation. Longue vie au Festival de Musique de La Chaux‑de‑Fonds !
Le site du Festival de Musique de La Chaux‑de‑Fonds
Claudio Poloni
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